Préparez-vous à un nouveau Tchernobyl en Ukraine….

Je vous donne, grâce à Christelle Néant de DoniPress, l’évolution de la situation en Ukraine. J’ai souvent parler des centrales ukrainiennes, vieilles, mal entretenues et du risque lié à l’utilisation d’un combustible américain inadapté, s’il y avait manque de carburant dans ces centrales conçues sous l’ère soviétique. Le conflit qui est en cours dans ce pays n’aide pas.

Avec le début de l’hiver et la pression croissante sur le système énergétique ukrainien, la menace d’une nouvelle catastrophe nucléaire en Europe centrale devient plus qu’un simple danger théorique. Selon les analystes de Energy Research & Social Science (ERSS), il y a une probabilité de 80% qu’un «accident grave» dans l’une des centrales nucléaires ukrainiennes se produise avant 2020. Cela est dû à la charge accrue des centrales nucléaires à cause de de la fermeture généralisée des centrales thermiques ukrainiennes (la matière première qu’elles ont consomment – le charbon du Donbass – a atteint un seuil critique de pénurie), ainsi que la sévère détérioration physique de leurs équipements nucléaires de l’ère soviétique et le sous-financement catastrophique de cette industrie.

Au cas où un tel incident se produirait, l’UE serait non seulement confrontée aux conséquences environnementales potentielles, mais aussi – compte tenu de l’introduction récente du régime sans visa – un exode massif d’Ukrainiens en provenance des zones contaminées.

Commençons par faire un bref tour d’horizon de l’industrie nucléaire ukrainienne :

 

L’Ukraine dispose actuellement de quatre centrales nucléaires en exploitation :

⇒ La Zaporijia (la plus grande d’Europe, avec six réacteurs et une puissance combinée de 6 000 MW)

⇒ La Rivne (quatre réacteurs et une puissance combinée de 2 880 MW)

⇒ Le Khmelnitskiy (deux réacteurs et une puissance combinée de 2 000 MW)

⇒ l’Ukraine du Sud (trois réacteurs et une puissance combinée de 3000 MW)

La centrale de Tchernobyl avec ses quatre réacteurs a finalement été définitivement fermée en 2000.

Sur les 15 réacteurs nucléaires actuellement en service en Ukraine, 12 ont été mis en service à l’époque soviétique avant 1990. Tous s’appuient sur le type classique de réacteurs nucléaires VVER conçu dans les années 1960 et 1970 à l’Institut Kurchatov de Moscou. Ces réacteurs devaient avoir une espérance de vie maximale de 30 ans. Mais à ce jour, 10 des 15 réacteurs opérant en Ukraine ont déjà dépassé leur durée de vie prévue.

En tout état de cause, la crainte de l’effondrement des réacteurs de l’Ukraine est en constante augmentation en raison de la baisse spectaculaire de la disponibilité des réserves d’anthracite du Donbass pour les centrales thermiques du pays (à la mi-2017, la production d’électricité des centrales thermiques ukrainiennes avait presque chuté de moitié par rapport à la production de 2013, à peine plus de 50 milliards de kWh par an). Selon Energoatom, la société d’État qui gère les centrales nucléaires ukrainiennes, ces usines ne fonctionnaient qu’à 65,5% de leur capacité totale en 2016, mais en janvier 2017 elles ont atteint 77,6%. Au cours du premier semestre de 2017, les centrales nucléaires ukrainiennes ont produit plus de 45 milliards de kWh d’électricité (en hausse de 13% par rapport à 2016), ce qui signifie qu’elles représentent 58% – une part sans précédent – de la matrice énergétique totale du pays.

Aujourd’hui, l’Ukraine tente désespérément d’extraire les dernières gouttes qu’elle peut tirer de l’utilisation de ses installations nucléaires décrépites de l’ère soviétique

La situation est aggravée par les responsables ukrainiens de l’énergie, qui subissent des pressions politiques pour trouver un substitut au combustible nucléaire fabriqué par la société russe TVEL. Ainsi, dans un certain nombre de réacteurs, ils ont tenté à plusieurs reprises d’utiliser à la place un produit fabriqué par Westinghouse Electric Company, une société américano-japonaise.

Il est étonnant que les Ukrainiens aient totalement ignoré l’expérience douloureuse des Tchèques. En 1996, la centrale nucléaire tchèque Temelín (construite par l’Union Soviétique) avait signé un contrat avec Westinghouse. Après l’alimentation des réacteurs de la centrale avec un combustible américain conçu pour imiter le produit du russe TVEL, la centrale a été obligée de ravitailler les réacteurs à plusieurs reprises, car les assemblages américains présentaient des fuites et des défauts structurauxLes scientifiques de Westinghouse n’avaient pas pu corriger le problème. En plus de la menace d’un accident nucléaire, les assemblages combustibles défectueux augmentaient considérablement les coûts de production d’électricité, puisque les réacteurs devaient être continuellement fermés pour remplacer les pièces américaines. En conséquence, après un autre accident majeur survenu en janvier 2007, la République tchèque a refusé d’acheter d’autres carburants aux États-Unis et, en 2010, Temelín revenait pleinement à l’utilisation des produits russes TVEL.

La centrale nucléaire tchèque de Temelin s’était effectivement débarrassée du carburant contrefait de Westinghouse en 2010

L’Ukraine expérimente depuis 2005 des clones américains d’assemblages combustibles russes. C’est l’année où Energoatom avait livré six assemblages TVS-WR fabriqués par Westinghouse à la centrale nucléaire de l’Ukraine du Sud et avait entamé son inspection de pré-installation. À la suite de ces expériences, il avait été conclu que les assemblages de combustible américains étaient défectueux. Ils avaient néanmoins décidé de passer à l’étape suivante de l’expérience – la charge annuelle du réacteur utilisant ce combustible. En 2008, Energoatom et une filiale suédoise de Westinghouse ont signé un accord pour fournir à la centrale nucléaire de l’Ukraine du Sud suffisamment de combustible américain pour le ravitaillement partiel annuel prévu pour les trois réacteurs de 2011 à 2015.

Cependant, dès avril 2012, des dysfonctionnements dans les assemblages américains ont été constatés dans les réacteurs de la centrale nucléaire de l’Ukraine du Sud. Dans une procédure d’urgence, tous les assemblages TVS-WR ont été complètement déchargés des réacteurs après que l’on ait constaté qu’ils étaient endommagés, principalement en raison de défauts de structure dans les grilles d’espacement. En conséquence, en 2013, à la suite d’une inspection approfondie, l’Inspection nationale de la réglementation nucléaire de l’Ukraine a institué une interdiction totale de l’utilisation du combustible américain dans les centrales nucléaires ukrainiennes.

Mais la victoire de la Révolution de la Dignité a une fois de plus ouvert la voie à l’utilisation des TVS-WR américains en Ukraine. En avril 2014, Kiev a soigneusement recollé les morceaux de son ancien contrat déchirés qu’il avait signé avec Westinghouse et a décidé de recommencer. Les médias ont rapporté que le combustible américain a ensuite été chargé dans le réacteur no. 3 de la centrale nucléaire de l’Ukraine du Sud (mars 2015), le réacteur no. 5 de la centrale nucléaire de Zaporizhia (juin 2016) et le réacteur no. 2 de la centrale nucléaire d’Ukraine du Sud (août 2017). Les conséquences en ont été très vite évidentes.

En février 2016, un arrêt d’urgence du réacteur no. 3 de la centrale nucléaire de l’Ukraine du Sud « en raison d’une augmentation du niveau de liquide de refroidissement dans le générateur de vapeur. »  Comme l’ont rapporté les résidents locaux sur les médias sociaux, la zone située aux abords de la centrale nucléaire a été immédiatement bouclée par l’armée. Et le 23 mars 2016, les opérations sur la centrale nucléaire de South Ukraine ont été complètement suspendues pendant toute une journée !

La centrale nucléaire de Zaporizhia a déjà subi une dizaine d’arrêts d’urgence de ses réacteurs depuis 2014. Par exemple, en novembre 2015, les troupes militaires de la région de Zaporijia avaient renforcé leurs mesures de sécurité après que les réacteurs de la centrale nucléaire eurent subi une perte de puissance jusqu’au niveau d’alerte ; les soldats et les officiers avaient reçu un équipement spécial pour les protéger contre les radiations et les produits chimiques. Mais aucun commentaire officiel n’avait été publié sur l’incident.

Curieusement, le Guardian avait publié en mai 2015 une bombe sous forme de rapport, affirmant que plus de 3 000 barres de combustible nucléaires usées étaient entreposées dans des fûts métalliques dans une cour à ciel ouvert sur le site de la centrale nucléaire de Zaporizhia. Apparemment, il s’agissait d’assemblages TVEL russes qui avaient été stockés à la hâte après avoir été remplacés par les TVS-WR. Cela semble indiquer que des expériences visant à introduire les barres de combustible défectueuses dans les cœurs du réacteur de la centrale nucléaire de Zaporizhia étaient en cours bien avant le lancement officiel du réacteur en utilisant le combustible américain en juin 2016.

Cela étant, la chronologie des accidents à la centrale nucléaire de Zaporizhia peut être vue sous un autre angle :

⇒ 28 novembre 2014 – Un arrêt d’urgence du réacteur no. 3 après l’activation du système automatique qui prévient les dommages au noyau.

⇒ 18 juillet 2015 – Un arrêt d’urgence du réacteur no. 1 en relation avec l’arrêt automatique de la pompe responsable du refroidissement du réacteur nucléaire.

⇒ 11 avril 2016 – Un arrêt d’urgence du réacteur no. 6 de la centrale nucléaire de Zaporizhia dans le cadre de la dépressurisation du système de gaz du turbogénérateur. Les médias locaux ont signalé une multiplication par 10 des niveaux de radiation autour de la station.

⇒ 18 mai 2016 – Arrêt d’urgence du réacteur no. 4 en raison de dommages du transformateur.

⇒ 14 août 2016 – Le réacteur no. 5, le premier de Zaporizhia à avoir été chargé avec le produit Westinghouse knockoff, a été envoyé en réparation.

⇒ 20 septembre 2016 – Le réacteur no. 6 a été mis hors service pour « maintenance programmée » (au tout début de la saison de chauffage d’hiver!).

⇒ 24 octobre 2016 – Un arrêt d’urgence du réacteur no. 2, seulement deux semaines et demie après avoir été révisé.

⇒ En mars 2017  – au plus fort de la crise de l’énergie, ce même réacteur devait à nouveau être déconnecté.

⇒ 18 avril 2017 – Il y a eu un autre arrêt d’urgence du réacteur no. 6.

⇒ Début août 2017, le réacteur no. 4 a été mis hors service pour des « travaux d’entretien programmés ».

En conséquence, seuls deux des six réacteurs de la centrale nucléaire de Zaporizhia sont actuellement pleinement utilisables. Dans l’ensemble, le taux d’accidents dans les centrales nucléaires ukrainiennes a augmenté de 400% depuis 2010 !

Le rapport d’Energy Research & Social Science mentionné ci-dessus soulignait également qu’en Ukraine, par exemple, la plupart des accidents et incidents liés à l’énergie nucléaire n’ont pas été enregistrés dans les bases de données ces dernières années, bien que les médias d’Etat aient confirmé leur présence.

En plus de l’utilisation de carburants de substitution, la principale raison de l’augmentation du nombre d’incidents dans les centrales nucléaires en Ukraine a été le sous-financement chronique de l’industrie. Au cours des 25 années qui se sont écoulées depuis l’effondrement de l’URSS, pas un centime n’a été investi dans ce secteur. Mais entre-temps, les réacteurs qui ont dépassé leur durée de vie de 30 ans doivent soit être fermés (ce qui coûterait de l’argent à Energoatom) ou prolonger leur durée de vie. Naturellement, les Ukrainiens poursuivent la deuxième option. Idéalement, lorsque la durée de vie d’une centrale nucléaire est prolongée, cela devrait impliquer une refonte majeure et des mises à jour. Les coûts estimés pour prolonger la durée de vie d’un seul réacteur vont de 150 à 180 millions de dollars. Mais ni Energoatom ni le gouvernement ukrainien n’ont cet d’argent-là, et ils ne s’attendent pas à le trouver de sitôt, ce qui fait que l’autorisation prolonger le fonctionnement des réacteurs est une pure formalité. A en juger par des rapports accessibles au public, des prolongements réguliers de 10 ans de la durée de vie des réacteurs nucléaires ukrainiens sont accordés facilement et sans arguments. Cependant, des documents internes d’Energoatom qui ont été publiés cette semaine par Cyber-Berkut donnent une image tout à fait différente.

Documents Cyber-Berkut

Cyber-Berkut a eu accès aux documents des bureaux gouvernementaux d’Autriche, de Roumanie, de Moldavie, de Biélorussie, de Greenpeace et de l’ONG Bankwatch network of environmental datant de l’été 2017 qui tirent la sonnette d’alarme sur les projets d’Energoatom de vouloir prolonger l’exploitation de ces anciens réacteurs.

Le plus instructif de ces derniers est un tableau établi par les Ukrainiens énumérant tous les griefs mis en avant par leurs partenaires étrangers, ainsi que leurs propres réponses (le document a été initialement rédigé en ukrainien).

Le premier fait qui ressort est que Kiev a arbitrairement décidé de prolonger l’exploitation des réacteurs en 2015, mais ce n’est qu’en 2017 – après coup – qu’elle a envoyé ce programme (pré-approuvé) de mise à jour des centrales nucléaires aux pays voisins et aux organisations environnementales internationales pour étude.

Ce fut une violation simultanée de deux conventions des Nations Unies qui exigent des signataires d’obtenir l’approbation du public et des organisations intergouvernementales avant (et non après) de commencer à travailler avec une centrale nucléaire : la Convention sur l’évaluation de l’impact sur l’environnement (Convention d’Espoo de 1991) et la Convention sur l’accès à l’Information, la participation du public au processus décisionnel et l’accès à la justice en matière d’environnement (convention d’Aarhus de 1998). Jan Haverkamp, ​​expert reconnu dans le domaine de l’énergie nucléaire et membre de Greenpeace, écrit sur cette question en particulier :

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Source APHADOLIE

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