USA – Où vont les eaux usées et les déchets du gaz de schiste ?

Puisque la France mais également d’autres pays comme l’Algérie entre autres pays va voir la fracturation imposée, le mieux est d’en savoir le maximum sur le sujet. Ce gaz de schiste nous est présenté comme étant une alternative au pétrole, il n’en est rien, ce n’est ni une alternative, ni une solution, c’est une technique dangereuse, destructrice, dont l’impact s’avère majeur autant pour l’environnement que pour les populations, et qui ne rapporte même pas réellement puisque l’ensemble des acteurs du domaine sont au coeur d’une bulle qui va finir par exploser à un moment ou à un autre! La plupart ont plus perdu d’argent qu’ils n’en ont gagné, mais ce n’est pas l’enjeu principal semble-t-il… Le gaz de schiste est également au centre d’une guerre du pétrole comme vous pouvez le relire ici.

Et la question du jour est simple, où vont les déchets et les eaux usées? Bienvenu dans l’un des cercles des enfers, la réponse s’en rapprochant tristement…

Gaz de schiste: la liste des composants chimiques publiée

La fracturation hydraulique est au coeur de la contestation du gaz de schiste. Les multiples risques associés à cette technique de forage ont fait couler beaucoup d’encre, mais ils ne représentent à bien des égards que la partie émergée de l’iceberg. De l’extraction de sable et d’eau en amont à la gestion des eaux usées et des déchets en aval, c’est toute la filière du gaz de schiste qui pèse sur l’environnement et les territoires. Des milliards de litres d’eaux usées issues du fracking sont injectés dans le sous-sol de l’Ohio, avec les mêmes risques de pollution et de séismes que la fracturation hydraulique elle-même. Troisième volet de notre reportage à Youngstown.

Malgré ses conséquences bien réelles pour les riverains et pour les ressources en eau (voir les deux premiers volets de cette enquête ici et là), la fracturation hydraulique proprement dite n’est sans doute pas le principal problème de Youngstown. La majorité des forages de gaz de schiste du gisement d’Utica sont d’ailleurs situés davantage au sud de l’Ohio (voir la carte ci-dessous). En revanche, la ville et ses environs accueillent depuis plusieurs années des opérations d’« injection » souterraine des eaux usées issues de la fracturation hydraulique. « L’Ohio est unique au sens où nous avons décidé de faire tout à la fois : de la production d’hydrocarbures par fracturation hydraulique, de l’injection des déchets liquides dans le sous-sol, et du retraitement des déchets solides issus du ’fracking’, explique Ted Auch, de FracTracker. Nos voisins de Virginie occidentale et de Pennsylvanie envoient tous leurs déchets dans l’Ohio. »
« Ils viennent mettre leurs déchets chez les noirs et les pauvres »

La technologie de la fracturation hydraulique consiste à injecter à haute pression dans le sous-sol un mélange de sable, d’eau et de produits chimiques pour fissurer les formations schisteuses et faire remonter le pétrole ou le gaz qu’elles contiennent. Une petite partie de ce mélange remonte à la surface, souvent après s’être chargée de particules toxiques ou radioactives supplémentaires dans le sous-sol. Ces eaux usées ne peuvent pas être retournées directement au milieu naturel, et – comme l’a démontré l’expérience de Pittsburgh (voir le deuxième volet de cette enquête) – les installations de traitement existantes sont généralement insuffisantes pour en retirer tous les éléments toxiques. D’où la solution consistant à les faire disparaître en les « injectant » dans le sol. Peu connue en Europe, où les controverses restent largement focalisées sur la fracturation hydraulique elle-même et ses impacts, cette pratique de la réinjection des eaux usées dans le sous-sol est elle aussi source de risques majeurs.

Les eaux usées du schiste sont rarement réinjectées à proximité de la zone de forage. Elles voyagent beaucoup, et certaines régions se sont spécialisées dans cette industrie un peu particulière. Contrairement à l’Ohio, la Pennsylvanie voisine, dont le territoire couvre une bonne partie des formations d’Utica et de Marcellus (l’autre grand gisement de gaz de schiste de la région), est régulée directement par l’Agence fédérale de protection de l’environnement (EPA), non par une agence d’État, encore plus perméable aux intérêts pétroliers. La Virginie occidentale, de son côté, a renforcé ses propres régulations. De sorte que l’Ohio, et en particulier ses régions les plus défavorisées comme celle de Youngstown, s’est imposé comme la destination de choix des déchets du fracking. « C’est dégueulasse, ils choisissent délibérément de venir mettre leurs déchets chez les pauvres et les noirs », fulmine Raymond Beiersdorfer, professeur de géologie à l’université locale et opposant au gaz de schiste.

Selon les chiffres collectés par FracTracker, 90% des eaux usées injectées dans le sous-sol de l’Ohio proviennent de l’extérieur de l’État. Entre le troisième trimestre 2010 et le premier trimestre 2015, entre 9,8 et 12,8 milliards de litres d’eau usées issues de la fracturation hydraulique ont été injectés dans le sous-sol de l’Ohio, et le chiffre continue d’augmenter de trimestre en trimestre : rien que pour le premier trimestre 2015, l’Ohio en a injecté 1,69 milliards de litres. L’arrivée de cette industrie a parfois été présentée comme une opportunité de développement économique, mais selon les calculs de Ted Auch, elle n’a contribué qu’à 0,001% du budget de l’État [1].

Plus de 1000 séismes dans l’Ohio depuis 2011
L’industrie de la réinjection ne ressemble guère à celle de la fracturation hydraulique. Les firmes pétrolières fortement capitalisées et ayant pignon sur rue qui gèrent les puits de gaz et de pétrole de schiste ne s’occupent généralement pas elles-mêmes des déchets que génèrent leurs activités. Ce sont des petites entreprises qui se chargent de transporter les eaux usées dans des camions, puis d’autres petites entreprises qui gèrent les puits d’injection. Selon Ted Auch, ces puits sont généralement conçus pour des volumes et des niveaux de pressions largement inférieurs à ceux auxquels ils sont effectivement soumis, ce qui renforce les risques d’incidents ou de pollutions. De manière générale, le secteur ne semble pas extrêmement précautionneux dans ses pratiques environnementales, d’autant que les propriétaires des firmes concernées peuvent facilement échapper aux poursuites en organisant leur faillite du jour au lendemain. Des dizaines de témoignages anecdotiques suggèrent, par exemple, que lorsque les chauffeurs de camion ne trouvent pas de puits où laisser leur cargaison d’eaux usées ou qu’ils cherchent simplement à « s’alléger » pour faire baisser leurs coûts, ils se contentent souvent d’en déverser discrètement une partie dans une rivière.

Youngstown a été l’une des premières villes à faire l’expérience directe des risques de l’injection à grande échelle dans son sous-sol d’eaux usées issues de la fracturation hydraulique. Le 31 décembre 2011, elle a subi un tremblement de terre de magnitude 4 sur l’échelle de Richter. Plusieurs autres séismes avaient été ressentis dans la ville au cours des semaines et des mois précédents, mais ils n’avaient pas été officiellement reconnus par l’administration, en dépit des régulations en vigueur. C’est la présence fortuite d’une équipe de l’université Columbia qui a permis de confirmer les séismes intervenus dans les derniers jours de 2011 et la proximité de leur épicentre avec un puits d’injection.

En tout, selon une compilation réalisée par Raymond Beiersdorfer, l’Ohio – un État jusqu’alors quasi totalement épargné par les séismes – a connu plus de 1000 tremblements de terre entre 2011 et février 2014 (en majorité de faible ampleur), dont plus de la moitié à Youngstown même. Le puits d’injection Northstar 1, situé en pleine ville à quelques dizaines de mètres de l’usine de Vallourec, a été officiellement reconnu comme la source de la plupart des séismes survenus à Youngstown – mais ceux-ci ont continué bien après que le puits ne soit mis à l’arrêt forcé. Même si de nouvelles régulations ont été introduites par les autorités de l’État suite à ces événements pour encadrer la pratique de la réinjection, ces règles paraissent confuses et mal appliquées. Les entreprises pétrolières sont désormais obligées d’installer des sismographes à côté de leurs puits… mais elles restent propriétaires des données.

Déversements sauvages
La même entreprise qui gérait Northstar 1 (appartenant à un homme d’affaires local) a ensuite été prise sur le fait, grâce à un lanceur d’alerte, en train de déverser des eaux usées issues de la fracturation hydraulique dans la rivière Mahoning. Les autorités estiment que des centaines de milliers de litres de substances toxiques et radioactives auraient ainsi été déversées à au moins 24 reprises entre fin 2012 et début 2013 dans cet affluent de la rivière Ohio, qui s’écoule vers la Pennsylvanie voisine. Le patron de l’entreprise et l’employé qu’il avait poussé à se débarrasser ainsi de son trop-plein d’eaux usées ont été condamnés à des peines de prison ferme. Le coût du nettoyage a été chiffré à trois millions de dollars.

Un autre déversement de substances toxiques a eu lieu en mars 2015 dans une zone humide dans la localité de Vienna, à quinze kilomètres de Youngstown. Les déchets provenaient d’un puits d’injection appartenant à l’entreprise Kleese. Constatant que son terrain et les cours d’eau qui le traversaient avaient été dévastés et que toute trace de vie y avait disparu, le propriétaire a tenté d’alerter les autorités de l’État, qui ont refusé de se déplacer pendant plusieurs semaines, en prétendant qu’il n’y avait rien d’anormal. Il a fallu qu’il contacte les militants locaux anti-gaz de schiste et les médias pour obtenir une réaction – laquelle a surtout été de faire venir des camions pour nettoyer la zone au plus vite et enterrer l’affaire. La firme qui s’est vue confier la tâche de dépolluer le site a sous-traité le travail à des prisonniers, venus de l’État de Géorgie, à plusieurs centaines de kilomètres de là. Selon les témoignages des militants anti-gaz de schiste, ces prisonniers – chargés de remplir et évacuer des sacs pleins de cadavres de poissons, de tortues et d’autres animaux – ne disposaient que d’un équipement de protection rudimentaire, sans protection respiratoire.

Autant d’incidents qui ne sont en rien des exceptions : selon une compilation réalisée par Associated Press, forcément incomplète puisque aucune donnée n’est disponible pour certains États comme la Pennsylvanie, près de 700 millions de litres d’eaux usées issues de l’extraction de pétrole et de gaz ont été déversées dans la nature depuis 2009 aux États-Unis, par accident ou de manière délibérée.

Article complet+photos sur Mondialisation.ca

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