Le Nouveau Moyen-Orient ou le chaos en Irak

Encore une fois le peuple irakien traverse une tourmente effroyable qui a démarré il y a quelque trente-quatre ans de cela avec la guerre Iran-Irak qui a fait des centaines de milliers de morts dans les camps. C’était le premier conflit réorganisateur avant la lettre du Moyen-Orient. Bien avant les prophéties de Samuel Huntington, les conflits religieux chiite- sunnite étaient savamment entretenus par l’Occident qui avait deux fers au feu. Il ne faut jamais oublier que ce sont les Américains qui ont vendu des armes aux Iraniens (fameux Irangate, avec le lieutenant-colonel North) et dans le même temps la France livrait des Mirages à Saddam Hussein.

Irak_des_djihadistes_de_l_eiil© Welayat Salahuddin/AFP photos/HO

Des djihadistes de l’EiiL en Irak

« Nous avons amené la torture, les bombes à fragmentation, l’uranium appauvri, d’innombrables assassinats commis au hasard, la misère, la dégradation et la mort au peuple irakien, et on appelle ça apporter la liberté et la démocratie au Proche-Orient. »

~ Harold Pinter, prix Nobel de littérature

Les mêmes Mirages qui lui ont servi à gazer les Kurdes à Hallabja et qui ont été invoqués comme motif pour son ignominieuse pendaison un jour de l’Aïd El Adha sous le règne sanguinaire et actuel de Nouri Al Maliki. L’Irak, berceau de la civilisation sumérienne (IIIe millénaire av. J.-C.), chez laquelle on retrouve les cités-États de Mésopotamie, en particulier Babylone. Au viie siècle, Baghdad devient la capitale du califat islamique et une des plus grandes villes du monde, au grand rayonnement intellectuel. Au cours de la Première Guerre mondiale, l’Irak est conquis par les Britanniques. Le partage de Sykes-Picot est en train d’être remis en cause par les peuples. Un nouveau Moyen-Orient va émerger.

Le Nord sunnite de l’Irak aux mains de l’Eiil

L’avancée fulgurante de l’Eiil a fait l’objet d’un surdimensionnement médiatique. Il est vrai qu’il avance sans opposition : « Dans tout le Nord sunnite de l’Irak écrit Christophe Ayad, c’est la débandade. L’armée et la police fuient sans même combattre devant un ennemi dix fois inférieur en nombre.

L’Eiil s’est emparé de dépôts d’armes lourdes et même d’hélicoptères et d’avions de chasse. L’armée s’est retranchée dans la capitale, Baghdad, dont les djihadistes sont à moins de 100 km et qui semble être leur objectif. Ce groupe, formé en 2007, est en passe de réussir son pari qui consiste à prendre le contrôle de la partie sunnite de l’Irak pour en faire un califat « islamiquement pur » au coeur du Monde arabe. (…) »

Christophe Ayad en exégèse parle d’un Califat : « Lorsque le dernier soldat américain quitte l’Irak fin 2011, l’Eiil repasse à l’offensive (…) Implanté dans les deux pays (Syrie et Irak), l’Eiil est en train de s’y tailler un « Sunnistan », entre le Nord kurde et le Sud chiite de l’Irak. Ce « pays », qui dispose de ressources pétrolières propres, s’étend de l’autre côté de la frontière syrienne, jusqu’à Alep, Rakka et Deir ez-Zor. Ce nouveau califat ne manquerait pas d’être une menace mortelle pour l’Arabie Saoudite. Il inquiète également la Turquie. »(1)

Les réactions

La plus inattendue est celle de l’Iran qui curieusement se trouve du côté occidental pour combattre des Sunnites et donc indirectement elle est contre l’Arabie Saoudite qui, elle, est protégée par les Américains ! Le président Hassan Rohani a indiqué, jeudi, que l’Iran « luttera contre la violence et le terrorisme » des rebelles djihadistes sunnites, sans donner toutefois de détails sur les actions que pourrait entreprendre son pays. Les rebelles « se considèrent comme des musulmans et appellent leur combat ´´la guerre sainte´´ », a regretté le président iranien lors d’un discours retransmis à la télévision d’Etat, dénonçant les « actes sauvages » contre la population perpétrés par « un groupe extrémiste et terroriste ». Mercredi, le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, avait condamné et apporté le soutien de l’Iran « au gouvernement et au peuple irakien pour lutter contre le terrorisme ».

Commentaire : Selon Thierry Meyssan dans l’interview accordée il y a quelques mois, le président Rohani souhaitait dès son investiture se rapprocher de l’Occident, notamment en ne renouvelant pas les différents contrats commerciaux établis avec la Syrie. La politique extérieure de l’Iran a changé de visage avec l’arrivée de Rohani au pouvoir, qui, selon Thierry Meyssan, pense pouvoir trouver des solutions avec les États-Unis.

Selon le Times, l’Iran a envoyé des forces spéciales et des troupes d’élite pour renforcer les troupes irakiennes mises en déroute par l’Eiil. Alors que les positions des djihadistes de l’Etat islamique en Irak et au Levant (Eiil) se renforçaient vendredi 13 juin en Irak, le président américain Barack Obama a fait un point sur la situation depuis la Maison-Blanche. Des attaques ciblées par des drones font partie des options envisagées. Présents à moins de 100 km de Baghdad, les djihadistes avançaient vers une ville aux rues quasi-désertes et aux commerces fermés, à partir de la province d’Al-Anbar à l’ouest, de celle de Salaheddine au nord et de celle de Diyala à l’est.(2)

Avec la débandade des forces armées, des milliers de djihadistes ont réussi à prendre depuis mardi Mossoul et sa province Ninive, Tikrit et d’autres régions de la province de Salaheddine, ainsi que des secteurs des provinces de Diyala et de Kirkouk. Ils contrôlent depuis janvier Fallouja, à 60 km de Baghdad. (…) Nouri Al-Maliki, un chiite honni par les rebelles sunnites et dénoncé comme un autocrate par ses détracteurs sunnites et même chiites, a appelé les tribus « à former des unités de volontaires » pour venir en aide à ses forces. Le chef de la diplomatie irakienne, Hoshyar Zebari, a par ailleurs admis que les forces de sécurité s’étaient « effondrées », notamment à Mossoul : « C’est la même débandade que ce qui s’est produit dans les rangs de l’armée irakienne lorsque les forces américaines sont entrées en Irak [en 2003]. Les soldats ont enlevé leurs uniformes militaires, enfilé des habits civils et sont rentrés chez eux, abandonnant leurs armes et leurs équipements. »

Que vont faire les Américains ?

« Les Etats-Unis vont-ils se réengager en Irak ? » écrit Corrine Lesnes. Barack Obama n’a exclu « aucune option »,. L’Irak va avoir besoin de plus d’aide de la part des Etats-Unis et de la communauté internationale. Notre équipe de sécurité nationale étudie toutes les options. » M.Obama a souligné qu’il y a « un enjeu » pour les Etats-Unis à « assurer que ces djihadistes ne s’installent pas de façon permanente en Irak, ou en Syrie d’ailleurs ». ((…) Les huit années de guerre ont fait plus de 4 400 morts américains pour un coût de 800 milliards de dollars (590 milliards d’euros). Lorsqu’il était candidat à la Maison-Blanche, M.Biden avait été critiqué pour avoir suggéré la partition de l’Irak en décembre 2006. (…) Depuis dix ans, l’Irak est le noeud de divergences irréconciliables entre ceux qui étaient favorables à l’invasion et ceux qui estiment que les Etats-Unis ont assez donné. Ceux-là trouvent que M.Maliki, en refusant de partager le pouvoir avec les sunnites, a creusé sa propre tombe.

« Pourquoi faudrait-il encore sauver Maliki ? », a interrogé un ancien officier sur CNN. (…) Chef de file démocrate à la Chambre des représentants, Nancy Pelosi s’est déclarée opposée à des bombardements. « Et quoi, après ?, s’est-elle interrogée. C’est la politique erronée qui nous a menés sur ce chemin il y a onze ans. » (3)

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