Pour Chevènement, Hollande doit sortir des sentiers de Maastricht

Une interview assez intéressante qui va en faire réagir plus d’un. Faut-il comme Chevènement le souhaite « ouvrir largement les voies de la naturalisation à ceux qui souhaitent acquérir la nationalité française »? Plus conforme à la tradition et surtout plus respectueux de la notion de citoyenneté en France selon lui… Quand à ses propos sur la charia qui est une voie à suivre pour la modernisation des pays musulmans, validant en même temps les actes et propos de BHL…. Je reste circonspect…. Bref, l’interview, même si au final est plus une pub politique pro-Hollande qu’autre chose, mérite quand même d’être lue.

Pour Chevènement, Hollande doit sortir des sentiers de Maastricht

Pensez-vous que les deux premiers mois de campagne de François Hollande sont à la hauteur des attentes des électeurs ?
L’élection a lieu en avril-mai, dans quatre mois. Nous n’en sommes qu’aux hors d’œuvre. La campagne ne prendra vraiment figure qu’à la fin du mois de janvier, voire début février. François Hollande est aujourd’hui lesté par le programme socialiste élaboré il y a un an dans un autre contexte et par l’accord PS-Verts dont il essaie à juste titre selon moi de se défaire. J’imagine que certains de ses camarades ne lui rendent pas la tâche facile. Pour moi, François Hollande doit s’autonomiser car quand on est candidat à la présidence de la République, il faut être libre de ses mouvements vis-à-vis des Français. J’espère que le parti socialiste le comprendra. Cela n’enlève rien à la responsabilité de François Hollande, qui est d’ouvrir de claires perspectives en parlant un langage de vérité dans une situation de crise qui n’a probablement pas de précédent depuis 1945. Contrairement à ce qui se dit à gauche mais aussi à droite, la monnaie unique ce n’est pas l’Europe. La Grande Bretagne, la Scandinavie, la Pologne, la Suisse sont en Europe sans être dans la monnaie unique. Celle-ci prend l’eau elle est un vrai tonneau des Danaïdes pour les finances publiques.

Personne ne sait que nous avons déjà investi 200 milliards d’euros dans son sauvetage qui est loin d ‘être acquis. Il est temps de faire preuve de plus d’imagination et de sortir des sentiers balisés par le Traité de Maastricht il y a 20 ans.
Il faut reconnaître toutefois que la tâche est difficile pour François Hollande car il a été, tout comme Nicolas Sarkozy d’ailleurs, l’un des soutiens de Maastricht en 1992, du projet de  constitution européen en 2005 et du traité de Lisbonne en 2008. Il a pour lui une intelligence certaine mais il lui faudra beaucoup de détermination pour trouver le juste équilibre entre les intérêts vitaux de la France et la poursuite sur des bases renouvelées du dessein européen qui lui tient justement à cœur.

A l’inverse des analystes de Terra Nova, vous pensez que la gauche doit reconquérir l’électorat des classes populaires.  Qu’est ce qui est le plus important pour y parvenir ? Le programme ou le discours ? Quand Bayrou gifle un sauvageon qui voulait lui faire les poches, n’est ce pas plus parlant qu’un long discours sur l’école républicaine ?
Je n’ai pas eu besoin de gifler un sauvageon, il m’a suffi de le nommer pour être aussitôt plus crédible aux yeux de ces millions de Français pour qui la sécurité au sens large est la préoccupation principale. On ne peut pas faire l’économie d’un discours cohérent pour donner à la France qui travaille – 60% des actifs sont des ouvriers et des employés –  le sentiment que leur avenir et celui de leurs enfants sera mieux assuré par un gouvernement de gauche républicain que par un gouvernement de droite libérale.

A propos du vote des immigrés, vous n’avez pas pris part au vote organisé au Sénat. Pourquoi ne pas avoir voté contre si telle est votre position ? Un républicain peut-il s’abstenir ?
Je me suis abstenu de prendre part au vote, parce que je n’aime pas les effets de mise en scène. Ce texte n’est pas conforme à celui qui a été voté en 2001. Il n’y a donc aucune chance qu’il soit adopté avant les échéances. C’est du cinéma. Or, pour moi la politique et le cinéma sont des choses différentes.  J’ajoute que ce droit de vote accordé aux étrangers aux élections municipales me paraît quelque chose d’assez dérisoire  et probablement contreproductif par rapport à l’immense problème que constitue l’intégration à la France de tous ceux qui veulent la rejoindre. Je préfère ouvrir largement les voies de la naturalisation à ceux qui souhaitent acquérir la nationalité française. Cà me paraît plus conforme à notre tradition et surtout plus respectueux de la notion de citoyenneté. Celle-ci ne se laisse pas découper en tranches : le citoyen c’est une parcelle du souverain. La république n’est forte que de sa cohérence.

Lorsque vous étiez Ministre de l’Intérieur, l’Etat procédait en moyenne à 1 00 000 régularisations de titres de séjour par an. Depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir, ce chiffre a doublé. Est-ce à dire que la politique de l’immigration de la droite est plus laxiste que celle de la gauche ou bien est-ce dû à votre vigilance particulière sur le sujet ?
J’ai pris connaissance de ces chiffres. La politique de la gauche a été plus généreuse dans deux domaines : la régularisation sur critères d’intégration que j’ai opérée en 1998 (80 000 sur 140 000 demandeurs) et par ailleurs dans le domaine de l’octroi des visas de circulation.  Je pense qu’il vaut mieux être libéral en matière de circulation pour favoriser nos relations avec les pays du Maghreb et stricts sur le séjour. Par exemple, le nombre de visas accordé aux Algériens qui était de 50 000 par an en 1998, est passé à 250 000 trois ans plus tard. Cela se justifie car vous avez 2 à 3 millions d’Algériens ou de Franco-algériens installés en France et il existe d’intenses liens familiaux, commerciaux et intellectuels. Il me parait dans l’intérêt de la France de favoriser leur développement. De même qu’il me paraît ridicule d’interdire l’exercice d’une activité professionnelle qualifiée en France à des étudiants qui y ont obtenu leurs diplômes et qui pourraient revenir dans leur pays d’origine avec une expérience qui valoriserait leurs études. Et si tel n’était pas le cas, la France n’aurait sans doute pas à y perdre.

De nombreux intellectuels, autrefois fermes défenseurs de la laïcité, tels Bernard Henri Lévy ou d’autres, sont aujourd’hui partisans d’une grande tolérance, notamment à l’égard de la charia. Qu’en pensez-vous ?
S’agissant de BHL, les islamistes lybiens lui sont grandement redevables. Il est temps pour lui de faire évoluer son discours, par souci de cohérence. Je suis un républicain laïque mais j’admets que chaque pays ait son propre chemin à inventer pour trouver la voie d’une sécularisation qui est la condition d’une modernisation réussie.

Vous aviez, en 1995, conditionné votre ralliement à la majorité plurielle de Lionel Jospin à son engagement à imposer quatre conditions à l’adoption du Pacte de stabilité.
Je n’étais pas d’accord avec le Pacte de stabilité. J’ai fait noter, lors du Conseil des ministre du 18 juin 1997, les réserves qui étaient les miennes. Ceci dit, la position des socialistes avait évolué avant même les élections législatives de 1997. Ils avaient introduit l’idée d’une zone euro élargie aux pays de l’Europe du sud, ce que la politique du dollar fort et par conséquence l’envol de croissance qu’il a permis en Europe avait facilité. Lionel Jospin avait parlé de « super-Maastricht ». L’euro n’en avait pas encore cours à l’époque. Il n’est devenu une monnaie scripturale, avec pièces et billets qu’en janvier 2002. On pouvait craindre que le Pacte de stabilité ne vienne empêcher une politique de relance en France. Ca n’a pas été le cas dans les trois premières années. Encore une fois du fait de la politique du dollar fort qui a été une aubaine pour la gauche plurielle, mais plus généralement pour la création de l’euro : partout la croissance a gommé les déficits. .
Dans le contexte actuel il faut non seulement prendre note de la nécessité de la croissance telle que l’affirme François Hollande, mais aussi convenir des moyens qui permettront de l’organiser à l’échelle européenne : fin de la surévaluation de l’euro, rôle actif de la banque centrale, emploi européen, eurobonds, et à défaut, mise à l’étude de la mutation de l’euro de monnaie unique en monnaie commune. On ne peut pas s’enfermer comme Nicolas Sarkozy, dans la perspective d’une austérité à perpétuité.

(1) Sortir la France de l’impasse, octobre 2011 ? Fayard.

Source: marianne2.fr