Discours de Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, prononcé à l’occasion de la remise des insignes de Commandeur de l’ordre de la légion d’honneur à Hervé Bourges

Ça, c’est juste pour énerver un peu le monde… Monsieur Bouygues, grand ami d’un moins grand homme, grand serviteur de « la cause » dans le grand nettoyage neuronal des foules (télévision boite à cons), a reçu une distinction (méritée?) de la part de notre ministre bien-aimé de la culture, il rejoint donc ainsi la longue liste des commandeurs blablabla etc… Une découverte quand même sur ce ministre de la culture, un point commun qu’il a avec la première dame de France Carla Bruni Sarkozy, lui aussi il a posé à poil! Cela devient une condition sine qua non pour réussir?

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Cher Hervé Bourges,

En 1972 lors d’une conférence à Yaoundé vous apparentez le rôle du
journaliste à celui des « veilleurs d’antan, chargés de scruter l’horizon et de
signaler les dangers qui menaçaient la communauté… ».

Cette mission de vigie, vous en avez toujours gardé l’esprit, jusque dans
les plus hauts postes de l’audiovisuel français.

Le grand patron des radios et des télévisions incarne aujourd’hui la cause
de la diversité des médias. C’est d’ailleurs le Maghreb qui bénéficiera de
vos premiers combats politiques et journalistiques. En rejoignant
l’hebdomadaire Témoignage chrétien, qui prend clairement parti pour la
décolonisation, et dont vous assumez la fonction de rédacteur en chef,
vous signez vos premiers articles sur l’Algérie. Pendant votre service
militaire en Algérie vous êtes chargé de l’encadrement de la jeunesse et
vivez ainsi la réalité coloniale de l’autre côté du miroir. De retour en
France, vous rejoignez le cabinet d’Edmond Michelet, ministre de la
Justice du Général de Gaulle : vous avez pour mission de maintenir le lien
avec les chefs historiques de la Révolution algérienne emprisonnés. Après
l’indépendance, Ahmed Ben Bella vous appelle à ses côtés, au plus haut
niveau de l’appareil de la jeune République Algérienne où vous serez
conseiller du Président, conseiller du ministre de la jeunesse, puis
directeur de la Jeunesse et de l’Éducation populaire auprès d’Abdelaziz
Bouteflika et collaborateur du ministre de la Communication Bachir
Boumaza. C’est toute la première génération de journalistes algériens que
vous contribuez à former.

Former aux métiers de l’information, c’est l’une des lignes de force de vos
engagements. Je pense aux cours que vous dispensez comme maître de
conférence à l’Université Paris II, au département d’études sur l’information
dans les pays du tiers-monde dont vous prenez la direction à l’Institut
français de la presse, à la création en 1970 de l’École supérieure
internationale de journalisme de Yaoundé au Cameroun que vous dirigez
pendant 6 ans, ou encore à l’École supérieure de journalisme de Lille, où
vous aviez été étudiant, et dont vous assurez la direction de 1976 à 1980.

Ces multiples engagements en matière de formation et des structuration
du champ de l’information dans les pays en développement vous amènent
à rejoindre le cabinet d’Amadou Mahtar M’Bow, directeur général de
l’UNESCO, dont vous êtes le porte-parole, avant de devenir en 1980 le
directeur de l’Office de l’information du public de la prestigieuse
organisation internationale, auprès de laquelle vous serez d’ailleurs plus
tard, en 1994 et 1995, le Délégué permanent de la France.

Fort de cette expérience, vous revenez sur des horizons plus nationaux, et
entamez votre remarquable chemin parmi les dirigeants des médias
français. Vous entrez chez Radio France Internationale en qualité de
directeur général, puis prenez la tête de TF1 jusqu’à la privatisation de la
chaîne en 1987. Après avoir été à l’origine de la création de Canal +
Horizons, après avoir été également à la tête de Radio Monte Carlo, vous
retrouvez le service public, en prenant d’abord la direction générale des
sociétés nationales Antenne 2 et FR3, avant d’assumer la présidence du
groupe France Télévisions.

Autant dire que vous avez été de toutes les révolutions dans le panorama
de l’audiovisuel français, public comme privé, ce qui vous vaut en 1995
d’être nommé par le Président de la République membre du Conseil
Supérieur de l’Audiovisuel, dont vous exercez la présidence jusqu’en
2001.

France Télévisions et l’ensemble du paysage audiovisuel français doivent
être la télévision de tous les Français. Aussi bien en terme de contenus,
de programmes, de visibilité, d’équipes que de gestion interne de
l’entreprise, la diversité est désormais une exigence prioritaire du groupe
France Télévisions, qui s’est fixé comme objectif d’être exemplaire dans
ce domaine, afin de pouvoir refléter au mieux une France plurielle.

Les deux rapports que vous avez remis au nom du Comité permanent de
la diversité constitue un baromètre indispensable pour une tâche ardue.
En dressant un état des lieux et en proposant des ambitions nouvelles,
ces rapports sans concession pointent les retards et favorisent la prise de
conscience sans laquelle la diversité et l’égalité des chances, que France
Télévisions doit promouvoir et valoriser, resterait lettre morte.

Avec les rapports du Club Averroès, de la Commission « Médias et
Diversités », le rapport de la HALDE, les propres travaux du CSA, les
rapports du Comité permanent de la diversité de France Télévisions
apportent une contribution majeure à cette révolution des perceptions et
des engagements des dirigeants des médias dans ce domaine. Je tiens
d’ailleurs à rappeler que le Contrat d’objectifs et de moyens que nous
avons signé avec le Président de France Télévisions Rémy Pflimlin prend
en compte, pour la première fois, la représentation de la diversité dans les
objectifs fixés à toutes les antennes de France Télévisions, avec la
présence d’un médiateur social au sein du groupe, la mise en place d’un
répertoire recensant les spécialistes et les acteurs issus de la diversité, ou
encore des dispositions concernant les castings d’animateurs et de
journalistes. Nous savons tout ce que ces initiatives doivent à votre
impulsion et à vos recommandations, et vous êtes le premier à nous
rappeler que le chemin sera encore long, pour faire en sorte que ces
enjeux soient naturellement intégrés dans le fonctionnement de nos
chaînes.

Parce que dans votre métier de journaliste et de dirigeant, vous avez
toujours défendu les valeurs républicaines avec conviction et exigence,
parce que vous êtes le meilleur avocat d’une exemplarité du service public
de l’audiovisuel, cher Hervé Bourges, au nom du Président de la
République, et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous
faisons Commandeur de la Légion d’honneur.

Source: culturecommunication.gouv.fr

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