Imbécilisation de l’espèce, le passage à l’Idiocène

Auteur(s) Teresita Dussart, pour FranceSoir

Pour illustration/123.rf

CHRONIQUE – Entre toutes les menaces existentielles, il en est une absente de tous les agendas. Et pourtant elle détermine le futur de notre espèce. Il s’agit du déclin global du coefficient intellectuel (QI). De lui dépend le devenir de la science, de la culture, de la capacité à comprendre le monde. Le consensus sur ce déclin est désormais inéquivoque. Toutes les études psychométriques dans le monde démontrent une baisse du coefficient intellectuel depuis 2000. Plus le niveau du QI national est haut, plus la chute est importante. Indépendamment des études psychométriques, l’empirisme le démontre également. Un adolescent de 14 ans comprend en moyenne ce qu’aurait compris un enfant de 10 ans né avant 1975. Un des symptômes de cette régression est la déperdition de vocabulaire, signalée par de nombreuses études depuis 2017. Le vrai drame que révèle cet appauvrissement est celui de la difficulté à mémoriser pour les générations qui montent.

Le film Idiocracy (Mike Judge, 2007) constitue de ce point de vue une parabole prophétique. Le script raconte l’histoire d’un couple enregistrant un QI remarquable de 130 chacun, lequel attend pour se reproduire d’avoir concrétisé tous ses objectifs professionnels et matériels. Ce n’est jamais le moment. Jusqu’au jour où ils décident finalement de franchir le pas. Mais ils doivent alors faire face à l’horloge biologique de l’un et la démission de la libido de l’autre. L’ingénierie de fertilité assistée arrive trop tard pour eux. Pendant ce temps, les cas sociaux se reproduisent exponentiellement et finissent par conformer une combinaison de tares héréditaires. Tous inaptes à régler les questions les plus élémentaires à la survie de l’espèce, comme la gestion de la collection des résidus. Dans cette société idiotisée, l’obésité est devenue la norme, les gens ne buvant que des boissons sucrées. L’État est incapable de résoudre des questions simples, telle que l’irrigation des terres ou la gestion des résidus. La pornographie a rang de culture et les locaux de sexe rapide succèdent aux locaux de nourriture rapide. Les élites sont constituées par des contre-élites. Un peu comme dans le système scolaire actuel, où les premiers de classe sont perçus comme des perdants. Les décisions politiques sont toutes plus funestes et contre-productives les unes que les autres.

Les coïncidences avec notre réalité sont troublantes, quoique l’hyper fertilité de pauvres est un cliché du XXe siècle. La baisse de la fertilité dans les pays riches atteint désormais toutes les classes sociales. À cela, il convient d’ajouter que les classes socio-économiques ne sont que partiellement corrélées au niveau socioacadémique. Mais l’association pauvreté-fertilité repose sur un ressort anthropologique qui a eu sa raison d’être. Dans une famille pauvre et/ou traditionnelle, la principale ressource est humaine, en tant que source de travail, de pouvoir, d’identité. C’est encore le cas dans nombre de pays émergents, même si le déclin de la fertilité s’observe partout. 

Certains spécialistes proches des thèses eugénistes qualifient de fertilité dysgénique l’hyper reproduction entre « pauvres ».  L’existence d’un marqueur de différence génotypique (intelligence héritée) n’a pourtant pas été définitivement démontré. En revanche, l’intelligence phénotypique ou intelligence acquise est, elle, mesurable. Et c’est celle-là qui a explosé avec les notables améliorations de la qualité de vie, à partir de la révolution industrielle.

Ce saut qualitatif du sapiens se doit à l’effet Flynn, du nom de l’économiste néo-zélandais, James Flynn. Il s’agit d’une augmentation continue du coefficient intellectuel grâce à la conjonction de la sécurité alimentaire, de l’accès à l’instruction et, en général, d’un climat propice au développement cognitif. L’entrée dans le XXIe siècle marque un coup d’arrêt pour le développement de l’intelligence humaine. Au Danemark, où le QI des conscrits est enregistré depuis 1959, il a été observé qu’entre 1959 et 1989 celui-ci augmentait de 3 points par décennie. Cependant, entre 1989 et 1998, ce même QI marque une première régression divisant pratiquement par deux sa progression à + 1,6 points. À partir de 1998, le déclin est de – 2,7 par décennie. Cette étude et d’autres convergent vers le fait que l’effet Flynn est en panne. Les sociétés prospères ont cédé en très peu de temps le pas à une dynamique involutive.

L’imbécilisation serait multifactorielle. Le rôle des disrupteurs endocrinologiques provoque des effets neurologiques. Cela est prouvé. La massivité des métaux lourds dans l’alimentation y compris l’alimentation bio, l’air respiré provoqueraient des maladies du cerveau.  Il y aurait aussi dans les sociétés riches, des matrices de conduite installées, tel que le retard de l’entrée dans la vie adulte par la disparition des rites de passage et toute une série de prescriptions psychologisantes consistant en l’allongement du temps de l’enfance. En bref, toute une forme d’éduquer tournée vers la régression produisant une forme structurelle de retard maturatif, donc intellectuel.

Et puis, il y a la coïncidence de la baisse de l’intelligence humaine concomitante au transfert de ses compétences vers l’intelligence de la machine. Le confinement de l’humain en 2020 aura marqué le déconfinement de l’intelligence artificielle. Ce qui restait d’opérations mentales encore à charge des humains lui ont été retirées. Une fonction parmi d’autres, fondamentale, la spatialisation est morte.  Le GPS « éteint des parties du cerveau », décrit une étude de l’University College of London (UCL) publiée par Nature Communications le 21 mars 2017. Nicholas Carr, expert en technologie de l’information, prétend dresser dans son livre la liste de « tout ce qu’Internet fait à votre cerveau » (The Shallows: what the Internet is doing to our brains, Éditions Norton & Company, 2020). À cela, il faut ajouter l’effet hypnotique des outils addictifs comme celui des chaines de streaming, la confusion entre fiction et réalité, la baisse de la capacité de concentration en lecture, etc. Il serait très ingénu de penser que tout cela n’engendre pas de cicatrices évolutives.

Face à un tel pilonnage du cerveau humain, l’école devrait être une forteresse. Mais c’était sans compter sur l’imposition de deux années de désertion ou semi-désertion scolaire pour cause de confinement. Il aurait été permis d’espérer que les enfants des pays émergents, moins exposé à la consommation d’outils technologiques, représentent un réservoir de cerveaux non abîmés. Mais la politique de paupérisation est passée par là. En février 2021, un rapport de la Banque mondiale diagnostiquait : « La crise du covid exacerbe l’augmentation des prix de la nutrition pour les populations les plus pauvres du monde ». « Tout au long de l’année dernière, le Covid-19 a désarmé la sécurité économique, sanitaire, et alimentaire, poussant 150 millions de personnes vers l’extrême pauvreté », peut-on lire. Par Covid-19, il faut comprendre non pas le virus en tant que tel, mais les mesures irresponsables dont il a servi de prétexte à la mise en oeuvre.   

Un mois avant, un rapport du même organisme chiffrait le coût de l’abandon scolaire en part du PIB pour les pays pauvres. Rapport, qui n’a pas davantage prospéré en termes de conscientisation : « Dû aux processus d’apprentissage et à l’augmentation de l’abandon scolaire, cette génération d’étudiants va perdre un milliard d’euros de revenus, plus ou moins 10% du PIB global, et les pays chuteront, sans possibilités de rattrapage, au regard de leur objectif de réduction du Learning Poverty, au risque d’augmenter potentiellement de 63% la pauvreté. ».  Learning Poverty est un outil statistique mis au point par l’UNESCO pour mesurer les niveaux d’analphabétisme dans les pays de moyen à bas revenus. Et les nouvelles ne sont pas bonnes. Carlos Felipe Jaramillo, vice-président de la Banque mondiale pour l’Amérique latine, estimait le 3 juin dernier que la crise éducative en Amérique latine est sans précédent : la prochaine génération « sera moins productive et aura moins d’opportunités ». En moyenne en Amérique latine, les enfants ont perdu 1,8 an de scolarité selon l’Unesco. Dans certains pays comme le Panama, où l’école a été fermée de mars 2020 à 2022, plus de 20% des élèves ont abandonné définitivement les bancs. Ça fait des centaines de millions de nouveaux pauvres, avec effet épigénétique en prime.

Les chimères de ces deux dernières décennies se caractérisent avant par le déni de la malléabilité évolutive de l’espèce humaine, comme pour toute autre espèce animale.  À titre d’exemple, des hormones sont légalement administrées à des enfants pubères ou prés pubères pour normaliser une éventuelle dysphorie de genre dans un contexte où les effets causés par les disrupteurs endocrinologiques font l’objet d’une abondante littérature scientifique. Dans le même esprit, plongé dans l’idée que l’identité est liée à l’auto-perception, il est impossible de se poser la question du rôle de ces disrupteurs endocrinologiques dans lesquels nous baignons depuis des décennies, face au syndrome grandissant d’indifférenciation sexuelle. 

À tous ces facteurs s’ajoute la normalisation de la consommation du cannabis. Or toutes les études sur le Tétrahydrocannabinol (THC) démontrent les dommages irréversibles sur le cerveau, en plus de favoriser certaines maladies psychiatriques, dont la schizophrénie. Sa légalisation et la campagne de légitimation sociale qui l’accompagne sont d’autant plus inquiétantes.

Cette association de bêtise et folie est la marque de l’idiocratie, la cruauté et la méchanceté ne souffrant d’aucune sanction morale. Au contraire. Elles sont encouragées. Un peu comme ces vidéos amateurs qui circulent sur les réseaux sociaux dans le cadre desquels des adolescents passent à tabac un de leur camarade, et loin d’avoir honte de l’acte couard, le postent sur leurs réseaux sociaux. La cancel culture, l’humiliation des penseurs divergents, est du même ordre de violence. 

La citoyenneté se meut dans un univers de signifiant très pauvre, qui touchent strictement à sa fonction excitatrice de plaisir. Par exemple, au Liban en 2019, avant le confinement, des millions de jeunes se sont jetés à la rue, pour protester contre le gouvernement parce que l’État voulait imposer un paiement de 20 centimes pour l’usage de WhatsApp. De toute l’histoire de corruption du Liban, jamais de telles manifestations n’avaient eu lieu.

Le signifiant et les mots pour le dire. En Espagne en 2019, le prix national du ministère de la Culture et des Sports était attribué à un auteur, Cristina Morales, pour son livre Lecture Facile. En occident, les principaux journaux ont opté, dès les années 90, pour l’écriture en « facile ». Pas de mots « compliqués », la nuance est jugée ampoulée. La réalité ne s’accompagne pas de gris. La complexité du monde cède face à un narratif installé. Les phrases courtes sont de rigueur. C’est le règne de la démagogie intellectuelle.

L’imbécilisation constitue une menace pour la démocratie. L’installation de sophisme est déjà observable dans la gestion des crises, crises créées elle-même par un personnel politique d’une désastreuse qualité. D’ici 2050, le coefficient intellectuel global moyen tournera autour de 80. Il ne faudra pas attendre comme dans le film Idiocracy de Mike Judge l’année 2505 pour faire de cette science-fiction une réalité.  Reporté au XXe siècle, 80 de QI, ce serait une forme légère de retard mental. Un scénario que ni Darwin, ni Alexis de Tocqueville n’auraient pu prévoir.

France-Soir

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16 Commentaires

  1. Mon instinct ne m’avait pas trompé, quand j’avais l’âge de faire des gosses ! Je serais grand-mère, voire arrière-grand-mère (oups !) et ne dormirais pas d’inquiétude en voyant cette baisse du niveau contre laquelle les parents les plus éduqués ne pourraient même pas lutter tant la pression est forte.
    Malgré cette pression, on continue de procréer, de piquouser, d’empoisonner… Eh bien soit ! Foutez en l’air ces générations, le résultat est là: des bons petits moutons, nés avec le portable dans l’oreille et le GPS dans le c…
    On ne peut rien faire pour aider un enfant que les parents auront abandonné aux satanistes.

  2. Il y a un élément impossible à négliger et qui est quand même important dans toute l’histoire humaine: le cerveau humain, à la base, est programmé par défaut en mode flemmingite aigüe. Et pour peu qu’on lui en donne la possibilité, c’est toujours vers ce mode opératoire qu’il va se tourner. Malheureusement, les dernières décennies lui ont fourni tout ce qu’il fallait pour se aller à ce penchant destructeur sur le long terme: panem et circenses. La décadence de la nouvelle Rome…

    • Comme toujours, tout dépend de ce que l’on en fait.

      Vous avez raison. Mais ce penchant « au mode flemmingite aigüe » est aussi le formidable moteur qui a permis les plus grandes inventions humaines, aussi bien sociales que techniques.

  3. Les cons il y en a toujours eu, mais avant ils faisaient profil bas.
    …Mais ça, c’était avant qu’on les instrumentalise.

  4. Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont. En quoi il n’est pas vraisemblable que tous se trompent ; mais plutôt cela témoigne que la puissance de bien juger, et distinguer le vrai d’avec le faux, qui est proprement ce qu’on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes; et ainsi que la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies, et ne considérons pas les mêmes choses. Car ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, le principal est de l’appliquer bien.

    René Descartes. Le discours de la méthode.

    Parmi toutes les énormes conneries qu’il a raconté, il aura au moins dit ça de bien.

  5. Foutaises,
    pas besoin d’un diplome pour savoir utiliser son cerveau.
    Faut pas mélanger Nouilles Plates, Torsadées et Alphabet ensemble !
    C’est pas une question de QI ou d’intellect boosté ou foireux !
    Mon oncle trysomique lourd montrait bien plus d’Intelligence que la totalité du Village !

    Lorqu’on livrait du bois a des classes basses, mal éduquées (scolaire), ils ne se plaignait
    jamais.

    Lorsqu’on en livrait a des classes hautement eduquées (Prof. Instit. etc…)
    ils se plaignais pour la moindre petite poussiére… de plus, réclamais méme
    du BOIS Carré !
    Alors que cela pousse ROND en forét !
    L’Intellect n’a pas sa place dans un monde de folie.
    Voila pourquoi je cite cela, et rajouterais « Heureux les Simples d’Esprits ».

  6. Article incomplet.
    Le corps a plusieurs cerveaux.
    Le corps entier est une association de cerveaux.

    Ex:
    Si le ventre nourri mal le cerveau ou est empoisonné, c’est le ventre qu’il faut psychiatriser…ou « réparer ».
    Si les Bacteries du ventre sont mal nourries, ou empoisonnées…
    ( bacteries en reseau, connectées entre elles par Bio-Fil Conducteur electrique…reseau de micro-consciences )

    Chaque cellule comporte un micro-cerveau, avec une micro-conscience.
    Si les cellules sont mal nourries….( cellules en reseau, micro-consciences en reseau(instinct végétatif) )
    Si l’ADN est mal nourri…
    Si le sang est mal nourri…
    Si le squellette est mal nourri…

    etc.

  7. Le bien, le mal… L’intelligence et la bêtise…
    Qui est intelligent et qui est bête ? Qui est dans le camp du bien et celui du mal ?
    Les amerlocks seraient dans le camp du « bien » et tout opposant serait le mal… et inversement. Le « théorème  » posé, avançons…
    Certains opposants se sont mis en travers du chemin du « bien ». Ils voulaient combattre le « grand satan ». L’histoire a démontré que le quasi ensemble des nations a apporté son soutien à la disparition du « bien ». À terme il en sera de même pour monsieur Putin.
    Des imbéciles du côté du « bien » ou du « mal », il y en aura toujours; ça s’appelle des moutons.

    • C’est comme la notion de haut et de bas, c’est relatif.
      Mais dans la vraie vie quand vous tombez c’est toujours du haut et vous vous rammassez toujours en bas.
      Il en va de même du bien et du mal, L’un construit et l’autre détruit.

      • La destruction n’est pas toujours maléfique. Le catabolisme, lors d’un jeune par exemple, détruit les cellules cancéreuses/défectueuses. C’est un exemple parmi d’autres.

  8. bel article… je ne sais pas y repondre car 1 seul doigt (poignet casse, vis et plaque en urgence…vive vélo),
    mais complements :
    https://www.researchgate.net/figure/The-deviation-from-the-normal-distribution-according-to-the-first-law-of-Carlo-Cippola_fig2_341609407
    http://www.slate.fr/story/144804/lois-stupidite-humaine
    QI ==> 0 < idiot <= 24 < imbécile <=49 < crétin <=74

    • T’avais qu’à faire de la moto !
      …Bon ressoudage quand même.https://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_bye.gif

    • Outch…. repose toi bien et oublie pas que l’inactivité créé de mauvaises « réparations »
      qui laisserai des sequelles…

      Un minimum d’activité, si douloureux que cela parait,
      fournit des réparations….adaptées aux Activités.

      L’Inactivité, fournit des réparations adaptées aux inactivités https://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_scratch.gif https://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_unsure.gif

      Courage ! https://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_good.gif

      • le doc ne m’a pas repondu clairement quand j’ai demandé une date de retour a la « salle » (abonement 🙁 quand meme a 45/mois)… et son assistante semblait sourire…
        vais pas polluer le post, mais 45 ballait.. sport « santé » maintenant, je me blesse de partout.
        mais oui, je reste actif 😉 tu as raison… de toute façon, on garde toujour une partie de mentalité militaire
        thx 😉

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