Le versement des aides aux producteurs bio a pris deux ans de retard …

Lutter contre la malbouffe est primordial mais, aider ceux qui sont les premiers concernés par la production de produits sains est urgent. L’écologie est le parent pauvre dans le budget de ce gouvernement, qui prévoit notamment une hausse des taxes sur les carburants mais aussi des mesures en faveur de la conversion des véhicules les plus polluants, ou encore une augmentation du chèque énergie. Pour 2019 ce sera 3,1%. Pourtant le bio, ne fait-il pas partie de l’écologie, même s’il dépend du ministère de l’agriculture ? Quant aux procédures pour l’octroi des aides, nous sommes les champions en matière de paperasserie .. Partagez ! Volti

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Auteur Sophie Chapelle pour BastaMag

Les agriculteurs bio n’en peuvent plus d’attendre le versement des aides qui leur sont dues, depuis souvent deux ans. Le 25 octobre, la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab) a décidé de saisir le défenseur des droits pour qu’il mette fin à cette situation. « Le gouvernement annonçait dès juin 2018 avoir réglé 97% des aides 2015, mais le traitement des dossiers 2016 patine, confronté à des difficultés inattendues : en moyenne, à ce jour, un tiers seulement des dossiers ont été gérés », souligne la Fnab.

D’après les données recueillies par la fédération, seule la moitié des aides 2016 ont été payées en Centre-Val de Loire, un quart en Lorraine et en Champagne-Ardenne, 32 % en Alsace et 40 % en Bourgogne-Franche-Comté. Les régions Auvergne Rhône-Alpes, Bretagne et Provence-Alpes Côte d’Azur seraient confrontées à « des problèmes techniques inattendus » qui ralentissent fortement les versements 2016. Selon les régions, le plafond des aides à la conversion varie de 12 000 à 20 000 euros par an, et celui des aides au maintien de 5000 à 12 000 euros.

- Lire à ce sujet : L’étrange bug informatique qui empêche des milliers d’agriculteurs bios de toucher leurs aides

« Nos possibilités d’investir, d’innover et de nous développer sont freinées »

Les conséquences sont dramatiques pour les producteurs et productrices bio qui se voient contraints de contracter des prêts à court terme pour payer leurs fournisseurs ou leurs impôts. « En tant que chefs d’entreprise, les paysans et paysannes bio ont construit leur modèle économique sur la base des montants de soutien annoncés en 2014. Depuis lors, non seulement les montants ont baissé, l’aide au maintien a été supprimée, mais qui plus est le soutien restant n’est pas versé. Non seulement la trésorerie de nos fermes est gravement fragilisée mais nos possibilités d’investir, d’innover et de nous développer sont freinées. Qui peut sérieusement gérer une entreprise dans ces conditions ? » s’alarme Guillaume Riou, président de la Fnab.

Pour pallier ces retards, un système d’avances de trésorerie remboursables (ATR) et plafonnées a été mis en place dès 2016. Selon la Fnab, « ces avances, qui devront être remboursées par les producteurs après le versement de la totalité des sommes dues, ont permis de soulager la pression économique générée par cette situation ». La Fnab demande donc la création d’une telle avance de trésorerie pour 2018, au cas où le gouvernement se révélait incapable de tenir le calendrier prévu.

Le problème de cette « solution temporaire » selon la CGT Agri (le syndicat du ministère de l’Agriculture), est qu’elle ajoute des démarches administratives et de la paperasserie supplémentaires pour les agriculteurs comme pour les fonctionnaires chargés de traiter ces demandes. L’Agence de services et paiements (ASP), organisme public payeur des aides européennes, est déjà confrontée à une forte précarisation en interne du fait de la multiplication des contrats à durée déterminée (lire à ce sujet : Retard des aides au bio : des fonctionnaires dénoncent l’hypocrisie du gouvernement).

« Les agents se noient dans le magma bureaucratique »

Dès septembre, la CGT Agri alertait sur « les délais illusoires » annoncés par le ministère de l’Agriculture en termes de traitement des dossiers. « Les agents reçoivent des injonctions contradictoires et se noient dans le magma bureaucratique, explique le syndicat. Aux modes opératoires d’instruction d’une grande complexité, s’ajoute l’inadaptation de l’outil de gestion dont les dysfonctionnements alourdissent la charge de traitement des dossiers. (…) De nombreux agents ont dû renoncer à leurs congés cet été, mais aucune mesure de recrutement et de stabilisation des effectifs n’a encore été prise. Aucune disposition pour la sécurisation des outils de traitements, quasi totalement externalisés au privé, n’est au programme. »

« Moins de moyens pour la fonction publique, c’est moins de service public », insiste la CGT Agri qui réclame depuis plusieurs mois un audit de la gestion des ressources humaines au sein de l’Agence des services et paiements. Le ministère de l’Agriculture, qui a la tutelle de cette agence et décide des moyens qui lui sont dotés, n’a pour l’instant pas donné suite à cette demande d’audit, ni aux questions de Basta !. Dans un contexte où l’Etat se désengage aussi des aides au maintien de l’agriculture bio, difficile de voir comment l’objectif affiché par le gouvernement de 20 % de bio dans les cantines d’ici 2022 sera tenu.

Sophie Chapelle pour BastaMag

Voir :

En Franche-Comté, paysans et brasseurs créent une filière d’orge bio aux résultats prometteurs

Ailleurs:

Bière : le houblon français en voie de disparition. Il ne reste que 50 producteurs alors que le marché de la bière est en croissance.

Ile-de-France: Comment les sols pollués sont récupérés pour l’agriculture. De nouvelles formes d’agriculture permettent aujourd’hui de cultiver sur des sols pollués ou incultes. Dans les Yvelines, sur une ancienne décharge sont produites plus de 10 tonnes de fruits et légumes par an…

 

3 commentaires

  • engel

    C’est connu voulu et entretenu!
    … le reste n’étant que palabre inutile.

    NB:
    En politique rien n’arrive par hasard…
    « Quand il n’y plus de barrière, il n’y a plus de limite. »*
    Si vous n’aviez pas compris pourquoi, le mite-errand supprima la peine de mort, le couple sarko-chichi le crime de haute trahison et bien maintenant, vous savez et vous… nous subissons.

    * citation non pas de einstein, mais bien mieux que ça…de moi …et sûrement d’un autre.

  • predateur

    prix du lait payé aux producteurs en octobre 2018,prix de base
    bio 500 euros les mille litres
    conventionnel 320 euros les mille litres
    si on y ajoute les subventions spéciales bio
    j ai l impression que le contribuable, consommateur de produits bio, est pris pour une vache à lait
    je serais d avis que l on nationalise les terres agricoles et que l on embauche les agriculteurs ,à un salaire fixe,pour travailler la terre …..

  • Tout prend du retard, les réservistes aussi ne sont pas payés parce que « les caisses sont vides ». Pourtant, elles ne sont pas vides quand il s’agit de payer les frasques de nos élus, comme c’est bizarre !

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