Ukraine : Édouard Bassourine – Je ne sais pas combien de temps durera l’accalmie actuelle …

Christelle Néant  a traduit l’entretien réalisé par l’Agence DAN avec Édouard Bassourine, le commandant en second de la RDP. Volti

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Source DAN-NEWS.INFO

Traduction Christelle Néant pour DoniPress

E. Bassourine

Les soldats de la République Populaire de Donetsk (RPD) font face à la mort chaque jour – la vie sur la ligne de front, même pendant une trêve officielle n’est pas une sinécure : c’est le moment d’améliorer son entraînement, sa préparation, et ses connaissances. Et l’ennemi ne reste pas les bras croisés – il mène des attaques pour tenter de percer les lignes, ou des bombardements de provocation. Le commandant en second du commandement opérationnel de la RPD, Édouard Bassourine, a donné une interview exclusive à l’agence DAN sur la manière dont les défenses de la République sont renforcées et sur l’évolution de la situation sur le front.

Édouard Alexandrovitch, le 1er juillet, la trêve des « moissons » est entrée en vigueur – un nouvel accord de cessez-le-feu conclu lors des discussions du groupe de contact à Minsk. Néanmoins, comme nous pouvons le voir, le cessez-le-feu n’est pas respecté par la partie ukrainienne. La question se pose : le nouveau cessez-le-feu change-t-il la situation sur le front ?

Tout cessez-le-feu change la situation. Par exemple, si nous parlons de l’ennemi, la partie ukrainienne utilise le cessez-le-feu conclu pour ses propres intérêts – renforcer ses positions. De plus, ils essayent d’avancer dans la zone « grise », c’est-à-dire, en fait, la zone neutre.

Si nous parlons de savoir si la trêve affecte la mise en application de ses obligations par la partie ukrainienne, ce n’est pas le cas. Chaque trêve est violée et la population civile souffre.

Vous dites que les Forces Armées Ukrainiennes avancent dans la zone « grise ». Qu’est-ce que leur rapporte une telle agression « rampante » ?

Il s’agit avant tout, et dans une large mesure, de propagande. Le gouvernement de Kiev montre à son public qu’il aurait repris « leurs » terres et « libère » le territoire du Donbass. De plus, les autorités améliorent ainsi le moral de leurs soldats.

Pour notre part, nous faisons tout notre possible pour veiller à ce que ces actes de l’ennemi ne créent pas de menaces supplémentaires pour notre population. Nous assurons la défense et renforçons nos positions là où c’est nécessaire.

Pouvez-vous nous dire, de but en blanc, combien de tentatives d’occupation de nouveaux territoires ont été faites par les FAU depuis le début de l’année ? Quels sont les résultats de ces attaques ?

Depuis le début de cette année, l’armée ukrainienne a mené environ 10 attaques en direction de Gorlovka, Donetsk et le Sud de la RPD. De telles attaques se finissent toujours avec des morts : la partie ukrainienne a perdu depuis le début de l’année plus d’une centaine de personnes tuées et blessées dans ce genre d’attaques – et même plus.

Comme le montre la pratique, chaque trêve conclue est souvent remplacée par une escalade des tensions. Ainsi, nous avons vu une grave augmentation des tensions dans la zone de Gorlovka sur fond de trêve de « Pâques ». Comment est la situation actuellement ?

Vers Gorlovka, ainsi que sur l’ensemble de la ligne de front, c’est l’accalmie. Si quelque chose se produit, alors l’ennemi utilise habituellement au maximum des lances-grenades ou des armes légères, et principalement sur les positions. Je suis incapable de prédire combien de temps durera cette accalmie.

Sur quelles sections de la ligne de front peut-on observer la plus grande activité des soldats de Kiev dans ces conditions d’accalmie ? Et y a-t-il des signes que la partie ukrainienne prépare une offensive à grande échelle ?

Récemment les FAU ont effectué une rotation, et là où les nouvelles unités sont arrivées, à savoir à l’Ouest de Donetsk et près de Dokoutchayevsk, il y a un peu plus de violations qu’à d’autres endroits. Là où il y a des unités qui n’ont pas été remplacées, c’est le silence.

Je pense que des changements significatifs sur le front sont possibles avant les élections en Ukraine. Néanmoins, la perspective d’évolution pourrait s’éclaircir après la réunion des dirigeants russe et américain, prévue le 16 juillet à Helsinki. Donald Trump a dit qu’il aborderait la question du Donbass. Par conséquent, s’il a l’intention d’utiliser encore l’Ukraine comme instrument d’agression contre la Russie, alors il y aura une escalade, s’il change d’avis, alors Petro Porochenko ne sera pas autorisé à mener des opérations militaires actives ici.

Dans ce contexte de provocations constantes de la part des FAU, il est certainement très difficile pour les soldats de la République de respecter les obligations que les dirigeants de la RPD assument dans le cadre du processus diplomatique. Quelles tactiques sont utilisées dans ces conditions par nos défenseurs ? Dans quel cas ouvrent-ils le feu ?

Nous tirons sur l’ennemi quand ils essayent de franchir la ligne de front. Ou contre des tentatives d’infiltration de groupes de sabotage reconnaissance, ou de diversion. Dans ces cas a lieu immédiatement un tir de destruction. La même chose arrive quand leurs snipers sont actifs. Pour dire les choses simplement, nous ouvrons le feu en retour lorsqu’il y a une vraie menace pour la vie de nos soldats et de nos civils.

Quels types d’armes sont utilisées par la République Populaire de Donetsk dans de tels cas ?

Cela dépend du type d’attaque qui a lieu, mais dans tous les cas, seules les armes standard sont utilisées, c’est-à-dire celles qui peuvent se trouver sur les positions en conformité avec les accords actuels (note de la traductrice : en clair, seulement des armes légères).

L’autre jour, Petro Porochenko a déclaré que la mise en œuvre des accords de Minsk était une voie alternative pour ramener la paix dans le Donbass, mais bien sûr, nous ne croyons pas le dirigeant de ce régime terroriste. Par conséquent, la question est : comment les troupes de la République sont-elles préparées pour de nouvelles attaques ?

Nous n’avons pas peur, quel que soit le type d’attaque, nos unités sont bien préparées. Donc nous sommes prêts à faire face à n’importe quoi.

Quelles mesures particulières ont été prises récemment pour renforcer les capacités de défense ?

Tout d’abord il y a une amélioration de nos positions du point de vue du génie, parce que nous ne devons permettre la mort d’aucun de nos soldats ni de nos civils. Nous organisons aussi régulièrement divers exercices d’entraînement pour améliorer les compétences militaires. De plus, il y a constamment des rassemblements avec les réservistes, et ce n’est pas seulement de l’entraînement général, mais aussi de l’entraînement dans leurs spécialités, leur permettant de retourner à tout moment dans l’armée et d’être au même niveau que tout le monde.

Pendant ce temps-là, Porochenko a signé le 5 juillet la loi sur la « sécurité nationale ». D’après cette loi, 15 départements sont responsables de la défense de l’Ukraine, et le ministre de la Défense ainsi que les vice-ministres doivent exclusivement être des civils. Que pensez-vous que Kiev veut obtenir en procédant ainsi ?

Dans tout pays il devrait y avoir une loi qui définit les mesures de sécurité du pays, et c’est normal. En ce qui concerne la nomination de civils ordinaires à des postes de direction militaire, c’est une sorte d’hommage. Le président ukrainien Petro Porochenko, et son entourage, cherchent – du moins en paroles – à rejoindre l’Union Européenne et l’OTAN, et dans ces pays l’armée est depuis longtemps contrôlée par des civils.

Comment de telles réformes vont-elles affecter l’armée ukrainienne et la situation dans la zone de conflit ?

Rien de bon ne découlera de ces réformes pour l’armée ukrainienne. Je pense que l’armée devrait être dirigée par des professionnels, des gens qui ont reçu une éducation dans une école militaire et qui sont prêts à prendre les ordres de leur commandant suprême. Je suis sûr que ces réformes à Kiev ne nous affecteront en rien.

Édouard Alexandrovitch, récemment vous avez été moins présent pour présenter les rapports de situation. Disons-le de manière directe : beaucoup s’inquiètent et ont demandé où vous aviez « disparu ». Par conséquent, cela nous fait particulièrement plaisir aujourd’hui de vous interviewer et de vous demander : s’il vous plaît, si possible, dissipez l’anxiété de nos lecteurs.

Récemment mon état de santé ne m’a pas permis de faire les rapports et d’apparaître à l’antenne. En général, la plupart du temps, je suis sur la ligne de front, je discute avec les soldats – je suis impliqué dans mon travail principal.

Lors de ces discussions, quelles questions nos soldats vous adressent-ils le plus souvent ?

En gros, trois questions. Tout d’abord il y a un manque de presse périodique, parce qu’ils veulent connaître les dernières nouvelles, et de manière général, ce qui se passe réellement dans la République. Deuxièmement, il s’agit de la retraite et de l’ancienneté. Et enfin le plus important est de savoir quand la guerre prendra fin.

Que répondez-vous ?

Je parle toujours de manière franche et je ne dis que la vérité. Il n’y a pas assez de financement pour les journaux. La question des retraites et de l’ancienneté sont soumises au Conseil Populaire pour prise en considération, puisque tout doit être en conformité avec la loi.

Je réponds honnêtement à la question sur la fin de la guerre : je ne sais pas. Ils sont sensibles aux réponses. Les combattants, comme nous, sont fatigués depuis longtemps de ce qui se passe. J’espère que nous verrons bientôt la lumière à la fin du tunnel, et que nos gars retournerons victorieux dans leurs familles.

Traduction : Christelle Néant pour DoniPress

 

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