Tour d’horizon des légumes perpétuels et vivaces

Faire dans la permaculture, c’est une bonne chose, le bio est un choix inévitable pour manger de la nourriture de qualité, mais il reste généralement une question à laquelle certains ne pensent pas aux premiers abords, que faire pousser?

Les légumes perpétuels sont une solution plus qu’intéressante, pas besoin d’entretien, ils poussent comme de la mauvaise herbe, et ils ne demandent qu’une chose, à être récoltés. Inévitables dans un jardin-potager…

Quant à l’illustration choisie pour cet article, elle sert de rappel, avec les légumes disponibles dans le commerce, nous en oublions les saisons réelle des légumes en général…

fruits-et-legumes-de-saison

A une époque où l’on cuisine du durable (et pas que de lapin) à toutes les sauces, peut-être est-il bon de réfléchir à de nouvelles manières d’envisager nos propres légumes. Le jardinage ne serait-il pas lui aussi soumis à la frénésie consumériste au même titre que le reste?

 

Nos légumes actuels sont le fruit d’une sélection basée sur une certaine façon de cultiver, de « consommer » le jardin. De plus une grande partie de nos cultures nous vient de pays situés sous des latitudes plus clémentes, ce qui implique un travail conséquent pour adapter ces cultures : semis au chaud, rempotages successifs, amendements spécifiques, irrigation importante, soleil et chaleur…

Il faut qu’on les adapte à un environnement qui n’est pas le leur et si on a mal bouclé notre affaire, elles souffrent ce qui engendre développement de maladies cryptogamiques, multiplication de parasites et donc : traitements, etc. Le cercle vicieux le plus équitablement partagé dans le monde…

 

La valeur du travail est très importante dans nos sociétés occidentales mais le temps qu’on peut passer pour ne pas faire grand-chose frise parfois le ridicule. Sans être particulièrement fainéant, j’ai tendance de plus en plus à réfléchir, non pas à ce que je pourrais faire, mais à ce que je pourrais ne pas faire (aligatou Fukuoka-san).

 

Il ne s’agit ici pas de jeter le bébé avec l’eau du bain ni de cracher dans la soupe à la tomate, mais d’envisager que ce qui nous semble évident et immuable n’est peut-être, elle aussi, qu’une construction mentale comme les autres.

Si vous êtes ici en ce moment, c’est que vous vous posez des questions sur la manière de jardiner et de produire son alimentation d’une manière écologique ou en accord avec vos principes. Mais on se base pourtant toujours sur des schémas anciens. Et si une autre façon de cultiver impliquait également une autre façon d’imaginer notre jardin, nos légumes, notre alimentation?

 

L’utilisation de légumes vivaces est actuellement cantonnée aux asperges et artichauts. Pourtant si l’on cherche un peu, il existe une infinité de variétés que l’on peut garder pendant plusieurs années et venir cueillir de temps en temps. Étonnant qu’ils soient si peu utilisés car ils ont pourtant de nombreux avantages :

  •  agronomiques : les plantes vivaces ont au long des saisons développé un système racinaire puissant et suffisant pour avoir une autonomie relative en eau et éléments minéraux. Des racines profondes impliquent également la remontée en surface d’éléments rares, plus présents en profondeur. Un bon mulch autour (plus une adjonction de compost adéquate), beaucoup d’amour et ce sera tout pour cette année.
  • procastination : limitation du  travail du sol, des semis à répétition, rempotages, serres chauffées, désherbages fastidieux, arrosages obligatoires, buttages, traitements, tailles et compagnie. Du temps libéré pour tenter de sauver le monde ou toute autre activité qu’il vous plaira.
  • nutritifs : des goûts nouveaux, des intérêts culinaires multipliés avec des teneurs en minéraux, vitamines et oligo-éléments importants. Ces plantes sont bien installées, en équilibre et tirent le meilleur de leur environnement. Du concentré de santé!
  • fun : découvrir de nouvelles variétés, faire découvrir, expérimenter et partager (plants, greffons, bulbilles), une autre facette du jardin s’ouvre à nous. Un pas de plus vers un jardin « sauvage » où le travail est limité à sa plus simple expression, un jardin de « cueillette ».

Sont considérés comme perpétuels les légumes vivaces (genre asperges, artichauts), les légume-racines qui repartent d’eux-même (topinambours, crosnes, pommes de terre même) après avoir passé un hiver dans le sol, ainsi que les légumes et plantes qui se resèment touts seuls (arroches, épinards-fraises, …).

 

Pour ma part, voici la liste des légumes actuellement sur place dans mon jardin :

  • brocoli vivace : à récolter à la demande, se resème très (très) bien,
  • chou d’aubenton : un chou vivace, on cueille ses jeunes pousses à la demande qu’on fait blanchir et qu’on cuisine comme on veut,
  • ail des ours : un sauvage domestiqué. Comme dans le cochon, tout est bon : feuilles, bulbes,
  • arroche : une fois semée, elle s’installe dans le jardin pour 20 générations. Les jeunes feuilles se mangent en salade, le reste comme un épinard (même famille d’ailleurs),
  • bardane : cette grande sauvage est une perle pour le jardinier au même titre que la consoude ou l’ortie. Comme ces dernières, elle est comestible (racines, pétioles) mais elle produit également un extrait fermenté (purin) très utile pour lutter contre les maladies cryptogamiques, en particulier le mildiou,
  • bourrache : la compagnie du jardinier, tout comme l’arroche elle se resème spontanément. Feuilles et fleurs comestibles,
  • cardon : roi des légumes et légumes des rois. On en a fait une annuelle mais c’est une vivace.  Si l’on se contente de récolter uniquement les jeunes pousses régulièrement, plus un peu de paillage pour l’hiver, le cardon peut nous prodiguer ses charmes (piquants) pendant des années,
  • cerfeuil tubéreux : attention les feuilles sont toxiques!
  • ciboule de chine : tout se mange, tige y compris (bien au wok paraît-il….),
  • consoude : un grand classique, plante indispensable à tous niveau (purin),
  • égopode : alors légume vivace ou mauvaise herbe envahissante? Peu importe, les jeunes pousses sont excellentes en salade, toute l’année,
  • épinard-fraise : se resème tout seul. Pour l’instant je n’ai pas de recul sur cette espèce, très jolie au demeurant,
  • fenouil : se resème très bien tout seul comme un grand,
  • oignon rocambole : on laisse une ou 2 bulbilles et c’est reparti pour un an,
  • oseille : vivace, un fort développement, ne pas hésiter à diviser les touffes,
  • plantain corne de cerf : se resème spontanément, délicieux et doux en salade,
  • poireau des vignes : passe une partie de la belle saison sous terre dans ses bulbilles,
  • raifort. Il rend fort. Elle était facile,
  • pourpier : comment passer de mauvaise herbe envahissante en aubaine pour salade. Se resème tout seul,
  • topinambour : malheureusement certaines personnes sont plus ou moins sensibles à l’inuline, ce qui entraîne des désagréments intestinaux. C’est dommage car le topinambour est aussi bon qu’il est prolifique. Mélanger avec de la pomme de terre pour limiter (un peu) les soucis…

– en commande pour l’année prochaine donc pas de recul pour l’instant –

  • La poire de terre ou yacon : plante vivace donnant des tubercules comestibles, sucrés. Elle me paraît intéressante pour sa culture très facile,
  • L’oca du pérou : un oxalis dont les tubercules (pas énormes certes mais productifs) sont comestibles. Comme le yacon, sa culture se résume à sa plus simple expression. Parfait. Elle a été envisagée en Irlande au 19ème siècle pour remplacer la pomme de terre (détruite par le mildiou), pour endiguer la famine.
  • L’apios americana : ou glycine tubéreuse, de la famille des fabacées. Elle aussi a été nominée en Irlande mais il faut 2 ans pour avoir un bulbe comestible, elle fut donc recallée. Ses derniers sont petits, en chapelets, mais 3 fois plus riches en protéines que la pomme de terre. De plus, ils sont près de la surface et donc très faciles à récolter.

Cette liste n’est bien sûr pas exhaustive et se rallongera certainement d’ici ce printemps. Voici une belle liste des principaux légumes perpétuels ainsi que de quelques plantes sauvages comestibles : merci ekopedia!

Article en intégralité sur Prisedeterre.net

 

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