Le grand bluff de l’aide économique française à la Tunisie

La France n’a pas d’argent, mai elle a des idées, comme celle d’organiser un colloque à Tunis présidé par Manuel Valls, le lundi 8 septembre, pour favoriser la relance économique en Tunisie. Hélas les Français n’ont plus aucune marge de manoeuvre budgétaire. En privé, les diplomates français comptent sur le Qatar, pour financer la vingtaine de projets proposés. Pauvre France!

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La conférence économique du 8 septembre qui doit se tenir à Tunis et qui sera présidée par Manuel Valls et Mehdi Jomaâ, vise à « soutenir le passage de la transition politique à la transition économique ». Diable! Ne soyons pas mesquins! « Nous voulons dire aux Tunisiens: ‘la communauté internationale est avec vous dans ce qui est la poursuite de votre développement' », explique Pierre Duquesne, un ancien membre du cabinet de Lionel Jospin, qui est au ministère des finances le coordinateur de ce grand moment, un peu tardif, de solidarité. La Tunisie, a rappelé le haut fonctionnaire, est « un pays qui est un pôle de stabilité (dans la région) et qu’il faut soutenir maintenant ». Autant de belles paroles unpeu creuses.

En privé en effet, les technocrates de Bercy qui accompagnent, dimanche et lundi, le Premier ministre, Manuel Valls,  et le ministre des Affaires Etrangères, Laurent Fabius, sont nettement plus pessimistes. ‘Il n’y a pas de sous », résume l’un d’eux très prosaiquement. Au printemps, deux modestes fonds avaient été ainsi créés, d’un montant de dix millions d’euros chacun, pour aider à Paris et à Tunis les entreprises exportatrices. C’est peu. Et ce fut particulièrement mal conçu dans la mesure où, pour d’étranges raisons, les fonds transitaient entre Paris et Tunis par le Luxembourg. « Quand on pense, commente un ancien ministre tunisien, que l’Europe a prèté trois cent millions de dollars à la Grèce et fait si peu pour nous ».

Pour le reste, les grands groupes privés français, type Veolia ou GDF, ne sont pas dans la boucle de la vingtaine de projets proposés. Un diplomate français, bon connaissseur de la Tunisie, confiait ces jours ci en privé: « Heureusement que le Qatar sera présent à la conférence du 8 septembre, et permettra de financer les projets proposés ». La diplomatie économique, façon Fabius, revient aux vieilles recettes éprouvées par Nicolas Sarkozy, à savoir trouver de l’argent chez nos amis qataris, quitte à fermer les yeux sur le role joué par « le vilain petit Qatar » dans la difusion d’un islam rétrograde. Sans parler des fonds envoyés par Doha aux groupes jihadistes en Syrie et au Mali.

Rendez nous Ben Ali !

Cette impuissance française est d’autant plus grave que la situation économique calamiteuse de la Tunisie pourrai ten effet mettre en cause les échéances électorales d’octobre (élection législative) et de novembre (élection législative). Plombé par un tourisme en berne, une Libye en plein chaos et une prodution de phosphates en chute libre, le taux de croissance s’est effondré en Tunisie : 1.5 % en moyenne pour les années 2011 -2013, par rapport à un taux moyen historique de 5.2 % sur la période 1960 -2010, où rêgnait le dictateur Ben Ali.

De plus en plus de tunisiens saignés par la crise affirment souhaiter l’avènement d’un régime qui allierait « les performances économiques de Ben Ali aux libertés publiques acquises par l’élan révolutionniare de 2011 ». Voici un joli programme pour un futur candidat aux présidentielles de novembre 2014. Encore faut-il évaluer avec justesse ce que fut hier et ce qu’est aujourd’hui la gestion du pays. Les chiffres obtenus par « Mondafrique » au sein même de l’administration tunisienne sont à cet égard éloquents.

En deux années de gouvernement, les islamistes au pouvoir ont cédé, sur l’essentiel, aux revendications de l’UGTT, aussi bien sur les salaires que sur les recrutements. Un accord objectif existait entre les islamistes, adeptes comme Ben Ali du clientélisme au sein de l’administration  et la grande centrale syndicale tunisienne, qui a sauvé son unité en pratiquant une fuite en avant salariale. Le dérapage des traitements publics s’est élevé, depuis le départ de Ben Ali,  à + 55 %. Soit  un cout qui est passé pour le budget de l’Etat de 6,8 à 10,5 Milliards de dinars. En deux ans, 100.000 (!) recrutements, dont beaucoup dans la police, ont été effectués dans la fonction publique et les entreprises publiques.

D’où un déficit budgétaire qui dépassera 10 % du PIB en 20214 contre 1 % en 2010. Au total cette année ,les dépenses publiques s’élèvent à 29 milliards de dinars en 2014 contre 18 en 2010.. La Tunisie est aujourd’hui condamnée à gérer au quotidien la couverture nécessaire pour le paiement des salaires des fonctionnaires en usant de « la planche à billets », comme on disait autrefois. A savoir les bons du trésor prètés par la Banque centrale aux banques et qui sont, au delà d’un certain seuil, source d’inflation et donc de désiquilibre de la balance des paiements. Le matelas de devises dont dispose la Tunisie n’excède pas aujourd’hui deux ou trois mois de trésorerie!

Article complet sur Mondafrique via le blog de Sam la Touche

 

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