Trafics d’organes en Ukraine

On a vu apparaître sur les réseaux sociaux la correspondance de l’avocat de Ioulia Timochenko Sergueï Vlassenko avec le « chirurgien allemand » Olga Wieber et le commandant du bataillon « Donbass » Semione Sementchenko.

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Il y est question de trafic d’organes des combattants de l’armée ukrainienne blessés ou tués. L’utilisateur de Facebook Ivan Protsenko a publié un matériel scandaleux, avec un lien vers la ressource d’information ukrainienne officiellement enregistrée « Molot Pravdi » (Voir ici et ici). La correspondance des deux adresses appelées Sergui Vlassenko et Olga Wieber s’est déroulée de février à juin 2014. Le moment clé de la correspondance, ce sont les abréviations. Cor –cœur, per- rein, hep – foie, pan – pancréas, pul – poumons.

– «Bonsoir, Olga. La question dont nous avons discuté à Valdkirche doit se décider bientôt, de mon côté la situation est en ordre. Qu’en est-il de tes clients ? » écrit Vlassenko le 22 février. Il ressort plus loin du dialogue que Wieber joue le rôle d’intermédiaire, et Vlassenko organise la livraison du « matériel ». Le « matériel » est caractérisé comme rapidement périssable. En outre, le fournisseur souligne qu’il vaut mieux faire passer la marchandise par lots. «Voilà ce qu’il faut, écrit Wieber – 5 cor, 12 per, 3 hep, 3 pan, 1 pul ». Vlassenko répond : « C’est clair. Nous pouvons faire plus, tu suis les nouvelles, au moins ? Réfléchis, trouve quelqu’un, nous augmenterons les lots !!! »

 

Le 15 avril, le jour où les autorités de Kiev ont commencé l’opération militaire dans le sud-est de l’Ukraine, Olga Wieber s’intéresse : « à en juger par les nouvelles, les évènements nous sont favorables)). Qu’est-ce que tu en penses, ils ne vont pas changer le cours ? » Vlassenko répond : « Ce n’est pas prévu, avec qui travaillerait-on ! » « Nos partenaires occidentaux » nous créent de bonnes conditions et le plus important, c’est la quantité ! » Sergueï Vlassenko, homme politique ukrainien, député du parlement ukrainien de la sixième convocation du bloc de Ioulia Timochenko, avocat émérite de l’Ukraine. Par la suite, au cours de quelques mois, les partenaires parlent des délais et de la quantité d’organes indispensables, qui se comptent par dizaines.

Le 22 mai, ils discutent de la situation compliquée créée par la livraison et les retards. Vlassenko considère que les commanditaires peuvent attendre : « A qui iront-ils encore s’adresser ??? Et ici, la mitraille, les mines explosent, comment livrer tes gens ? Que ce soient tes épices ou les miennes, garantir la sécurité est très difficile, comprends-le. Il faut emporter le matériel soi-même ! » Wieber propose de changer le plan de travail et de revenir aux cas « lourds et désespérés » auxquels l’accès est plus simple. Vlassenko est catégorique : « De mon côté, il ne peut en être question, je te l’ai dit ainsi qu’à Nalivaïtchenko, lors de notre dernière conversation ! Il y a un grand risque de fuites et beaucoup trop de questions de la part du personnel local, je ne veux déjà plus me mêler de ça ! » Wieber est d’accord: «Faites au moins comme vers Alexandrovka !!! Ne me laissez pas tomber ! Cherchez plus de matériel, qu’on puisse en choisir du meilleur ».

Des liens sont aussi apparus, sur les réseaux sociaux, vers une autre correspondance entre Sergui Vlassenko et Semione Sementchenko (commandant du bataillon punitif de l’armée ukrainienne « Donbass»). Sementchenko et ses gens, visiblement, s’occupent directement de procurer le « matériel ».

Le 26 mai, Vlassenko exprime son mécontentement au sujet du travail de l’exécutant : « Nous avons eu des problèmes avec le dernier lot !!! Nous avons reçu beaucoup de marchandise de mauvaise qualité ; nos commanditaires ne sont pas contents ! Vous devez tout faire de façon opérationnelle ! Dépêchez-vous, parce que si vous ne faites pas rentrer cela en 14 heures à partir du moment du prélèvement, nous recevons seulement 30% de la valeur ! Et cela veut dire que vous en recevrez pas votre équipement, tu comprends ?»

Sementchenko se justifie : « Je suis au courant, Sergui Vladimirovitch. Nous faisons ce que nous pouvons, nous avons beaucoup de perte, lors de la dernière sortie, nous avons perdu plus de 20 gars ! » L’avocat de Timochenko, au fait, a aussi pour patronyme Vladimirovitch. Il exige de trouver de nouvelles personnes pour remplir les commandes, mais Sementchenko proteste : « Il en reste peu, et pour ce travail, je ne peux placer n’importe qui ».

On publie régulièrement dans les médias ukrainiens de l’information sur les problèmes liés aux soins des militaires blessés au cours de l’expédition punitive. Sont apparus aussi de nombreux communiqués sur des corps défigurés, trouvés sur l’emplacement des combats et dans les agglomérations « nettoyées » par les forces de l’expédition punitive. Le 19 juin, l’un des insurgés dans la Stanitsa Louganskaïa a déclaré que de nombreux cadavres découverts après le travail des détachements de tirailleurs n’avaient plus d’organes internes. Il a supposé que dans la direction de l’expédition punitive prospérait le business du trafic d’organes sur le « marché noir ».

Traduction Laurence Guillon, de cet article

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