Ukraine : la trêve est terminée, les bombardements ont repris

La trêve toute relative observée par l’armée ukrainienne est officiellement terminée. Cette dernière a en effet repris son travail de destruction systématique des infrastructures et le pilonnage massif des villes et des villages aux mains des insurgés. Toute la région du Donbass est maintenant encerclée et les civils n’ont aucune manière d’échapper aux bombardements. Il s’agit d’une stratégie délibérée de s’en prendre aux civils sous prétexte de lutter contre les insurgés. Les bombardements d’artillerie sur les centre villes n’ont évidemment que très peu d’effets opérationnels sur les milices populaires mais créent une situation dramatique pour les civils. La situation de la ville de Slaviansk est particulièrement critique, elle est encerclée depuis plusieurs semaines et les canalisation d’eau sont détruites. La centrale thermique qui alimentait la ville en électricité a également été bombardée et est hors-service. D’autres villes et villages de moindre importance connaissent des situation similaires et sont menacés par une pénurie alimentaire. Dans ce contexte, l’annonce du président Porochenko de la possibilité de renouveler le cessez-le-feu prochainement, constitue une invitation au départ des populations civiles si elles veulent échapper à l’enfer, actuellement la frontière avec la Russie semble en effet fermée malgré les promesses de créer des « corridors humanitaires ». Cette stratégie militaire qui cible délibérément les civils et les  infrastructures sans s’engager véritablement dans des combats rapprochés avec les milices populaires vise au nettoyage ethnique de la population russophone de l’est du pays considérée par les fascistes au pouvoir comme une « sous-race »…

Région de Donetsk : des bombardements sans fin

Des affrontements violents entre l’armée ukrainienne et les insurgés pro-russes ont repris dans la matinée du 3 juillet près de Slaviansk, au nord de la région de Donetsk, rapporte le portail d’information ukrainien Vesti.ua.

Selon la chaîne ukrainienne TSN, « les troupes régulières sont parvenues à resserrer l’étau autour du village de Nikolaïevka ». L’information n’a toutefois pas été confirmée par les insurgés pro-russes. À en croire Igor Strelkov, commandant des insurgés de Slaviansk et de Donetsk, le village de Nikolaïevka était encore aux mains des partisans vendredi 4 juillet au matin, et ces derniers ont dû faire exploser un pont pour couper la route à l’armée ukrainienne. « Nous dénombrons un mort et un blessé dans nos rangs. Il y a également des pertes du côté de l’armée ukrainienne », a précisé Strelkov, cité par RIA Novosti.

La prise du village de Nikolaïevka permettrait aux forces pro-Kiev de bloquer la ville de Slaviansk qui se trouve, depuis plusieurs semaines, au bord d’une catastrophe humanitaire. D’après les témoignages d’habitants locaux, les conduites d’eau sont coupées et la ville est privée d’électricité depuis que la centrale thermique à été bombardée (vidéo ci-dessous), jeudi 3 juillet.

Un peu plus au sud de Slaviansk, à Kramatorsk, un tir d’artillerie a coûté la vie à un habitant et en a blessé une vingtaine d’autres, lit-on sur le site du journal local Nashi Dni.

23 sur 36 : c’est le nombre de municipalités des régions de Donetsk et Lougansk sur lesquels l’armée ukrainienne affirme avoir repris le contrôle, vendredi 4 juillet. Soit 13 sur 18 districts à Donetsk et 10 sur 18 à Lougansk [vesti.ua]

Graphique Donbass

4 milliards de roubles – c’est le montant nécessaire estimé afin de réparer les dégâts causés par les bombardements dans la région de Lougansk au 3 juillet, selon l’administration de la ville, dont près de 2 millions pour la reconstruction des conduites de gaz [Expert.ru]

Porochenko : vers un nouveau cessez-le-feu ?

Le 3 juillet, le président ukrainien Petro Porochenko s’est adressé au Parlement en appelant les députés à soutenir un projet d’amendement à la Constitution, portant sur la décentralisation du pays. « Il s’agit d’un moyen sûr de désamorcer le conflit dans le Donbass, puisque la guerre ne nous amènera pas à la victoire », a déclaré le président, cité par le portail ukrainien UNN.

« Le programme de décentralisation que nous proposons est basé sur l’expérience européenne. C’est un antidote contre la fédéralisation, car l’Ukraine doit rester unie », a poursuivi M.Porochenko.

Plus tard dans la soirée, lors d’un entretien téléphonique avec le vice-président américain Joe Biden, le président ukrainien s’est même déclaré prêt à décréter un nouveau cessez-le-feu.

« M. Porochenko a déclaré qu’il était prêt à revenir au régime du cessez-le-feu dès qu’aura été reçue confirmation que la trêve sera respectée de façon bilatérale, que tous les otages auront été libérés et que la ligne d’affrontement entre les parties sera placée sous contrôle et supervisée par l’OSCE », indique un communiqué publié sur le site de la présidence ukrainienne.

Le président ukrainien a également souligné qu’il était disposé à engager des négociations politiques constructives sans aucune condition supplémentaire.

Parallèlement, la Rada (Parlement ukrainien) a nommé jeudi Valeriï Gueleteï, ancien chef du service de protection des personnalités publiques, au poste de ministre de la défense.

« Des bombardements à Kramatorsk, à Lougansk… Le bilan du front ukrainien rappelle celui de la Seconde Guerre mondiale. Ne serions-nous pas à la veille d’une troisième guerre mondiale ? » Alekseï Pouchkov, président du comité des affaires étrangères de la Douma [Twitter]

Réfugiés : la situation humanitaire empire

Les habitants des régions de Donetsk et Lougansk sont de plus en plus nombreux à fuir. Cependant, il devient difficile de quitter le pays, voire de sortir des villes. Sept barrages routiers se dressent par exemple à la sortie de Slaviansk, rapporte Vesti.ua.

Selon les témoignages recueillis par le quotidien russe Komsomolskaïa Pravda, au point de contrôle d’Izvarino, près de la frontière russe, les gardes-frontières ne laissent plus passer personne à cause des tirs de l’armée ukrainienne.

Dans la région de Lougansk, le village de Trekhizbenka, qui compte près de 2000 habitants, est littéralement coupé de la civilisation : le seul pont de la localité a été bombardé dans la soirée du 3 juillet.

Le vice-Premier ministre ukrainien Vladimir Groysman a déclaré, le 4 juillet, que les autorités ukrainiennes préparaient un plan d’évacuation des habitants de ces régions. La proposition devrait être validée lundi le 7 juillet.

Selon le ministère ukrainien des situations d’urgence, plus de 28 000 personnes ont déjà été évacuées vers d’autres régions ukrainiennes. Kharkiv a déjà reçu, à elle seule, 15 284 demandes de la part de réfugies de Donetsk et Lougansk, selon le service de presse de l’administration régionale.

Plus de 65 000 réfugiés du Sud-Est ukrainien, dont plus de 20 000 enfants, se trouvent également sur le territoire russe, selon Ria Novosti.

La Crimée a pour sa part accueilli près de 7500 personnes, et affirme pouvoir en recevoir encore 10 000 environ, a fait savoir le directeur du bureau des situations d’urgence de la république.

Source : Le courrier de Russie

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