Transhumanisme : Google devient-il un nouveau Dr Jekyll et Mr Hyde ?

Google effectue depuis quelques années des acquisitions très éloignées de son coeur de métier, le référencement et le web 2.0. La firme de Mountain View a ainsi réalisé des acquisitions dans le domaine de la robotique, la génomique ou encore les biotechnologies. Pour quoi faire ? Si l’on relie ces domaines aux recherches déjà menées  par la firme sur l’Intelligence Artificielle, on voit se dessiner un projet nettement plus prométhéen. Lorsqu’on sait que ses deux fondateurs, Larry Page et Serey Brin sont tous deux des transhumanistes convaincus, le doute n’est plus permis : Google souhaite bien « augmenter l’homme », en faire une nouvelle chimère, une sorte d’interface biologique entre le monde réel et le web. En ce sens, les Google glass ne seraient qu’une première esquisse d’un projet qui se révèle au final beaucoup plus inquiétant : « améliorer » l’homme, en faire un hybride mi-humain, mi-ordinateur…

Pour le quidam moyen, Google est un puissant et très pratique moteur de recherche sur Internet. Pour le technophile plus averti, Google est un prolifique incubateur de nouvelles technologies d’où sont sortis par exemple le système d’exploitation mobile Android, le navigateur Web Chrome mais aussi des projets plus fantasques comme la Google Car qui se conduit toute seule ou le projet Loon qui vise à fournir une connectivité ultra haut-débit pour les zones rurales grâce à des ballons stratosphériques. Pour les consommateurs, Google est aussi la ludique plateforme vidéo YouTube, l’incomparable cartographie visuelle StreetView et Earth ou encore la messagerie électronique Gmail. La liste est loin d’être exhaustive. Pour tous, c’est un champion hors catégorie à la trésorerie illimitée grâce à la manne publicitaire en ligne encaissée par le géant de Mountain View.

Google aujourd’hui, quelle perception ?

Transhumanisme - Google ecosystemCette vision est précisément celle qui forge et alimente aujourd’hui la réputation de Google. Une entreprise qui fascine indubitablement par son insondable capacité à multiplier les innovations numériques tout en élargissant sa présence dans de multiples secteurs économiques de manière plutôt disruptive. Mois après mois, le géant de Mountain View devient le poumon incontournable de divers écosystèmes. Il y a les marques vedettes comme YouTube, Chrome, Android mais aussi une cohorte de services toujours plus pointus comme par exemple Wallet, un système de paiement électronique sur mobile adopté actuellement par 10 millions d’utilisateurs (1). En janvier 2014, Google a ainsi posé le pied dans un nouvel univers en rachetant le fabricant de thermostats connectés Nest Labs pour 3,2 milliards de dollars (2). Spécialisée dans les produits intelligents pour la maison, cette start-up permet à Google d’entrer puissamment dans l’univers prometteur de la domotique.

Evidemment, cette ubiquité qui ne cesse de proliférer, ne manque pas de faire grincer des dents. Les acteurs traditionnels des secteurs pénétrés par Google se rebiffent et accusent ce dernier de position dominante et de tuer la concurrence à petit feu, notamment en manipulant l’algorithme du moteur de recherche qui favoriserait selon eux les produits et les services concoctés à Mountain View et dans les autres centres R&D de Google. D’autres s’agacent du non-respect des droits intellectuels comme dans le secteur de l’édition, de la télévision, de la culture et du manque à gagner induit par ces pratiques. Quant aux autorités politiques, elles ferraillent sans relâche contre la vision cavalière de Google au sujet de la collecte des données personnelles mais également sur l’astucieuse tuyauterie d’optimisation fiscale de Google d’où s’évaporent (en toute légalité) des montants dont les caisses des Etats seraient bien preneuses en ces temps d’économie troublée.

Une communication soigneusement pesée et séductrice

Face à ces multiples herses que les médias ne manquent pas de relayer à intervalles réguliers, Google ne reste pas sans réaction. Les dirigeants de Mountain View ont bien compris que le bras-de-fer peut temporairement aider à poser les jalons et gagner du terrain mais aussi qu’à un moment donné, le registre doit cultiver d’autres cordes thématiques. La première d’entre elles est la corde historique de la magie des produits Google et le discours enchanteur qui va de pair à l’intention des utilisateurs. Chez Google, toutes les énergies sont officiellement mobilisées vers la praticité, l’efficacité et le plaisir des expériences avec les services du géant du Web. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder l’actuelle campagne de publicité pour Chromecast diffusée sur les chaînes de télévision française. Force est de reconnaître que les outils mis à disposition sont incroyablement géniaux et d’une puissance rarement égalée.

Ensuite, Google sait cultiver et adoucir son image lorsque le contexte d’un pays l’exige. La deuxième corde activée est celles des partenariats technologiques avec des pépinières et des initiatives à but non lucratif pour apaiser les tensions et montrer au final que l’entreprise sait aussi se montrer citoyenne dans ses contrées d’adoption. Un emblématique exemple de cette approche est le Google Art Project avec des musées un peu partout dans le monde. Ces derniers disposent gracieusement des technologies de Google pour numériser des œuvres issues de leurs collections et permettre ensuite des visites virtuelles en haute définition sur Internet. Une recette que Google a déclinée à nouveau en 2013 pour la presse française avec laquelle elle était en conflit financier. Un fonds doté de 60 millions d’euros sur trois ans a ainsi vu le jour pour « trouver de nouveaux modèles d’affaire par l’innovation » (3) pour les sites d’info en ligne.

Autre atout d’image largement exhibé par Google : les conditions de travail « fun » en vigueur dans les bureaux et les Googleplexs. On ne compte effectivement plus les reportages sur l’ambiance « cool » des bâtiments aux couleurs vives où chaque employé peut se relaxer quand il veut en allant disputer une partie de Playstation, méditer au calme devant un aquarium reposant, se faire masser, jouer de la guitare électrique ou se sustenter dans les cantines et kitchenettes regorgeant de victuailles pour tous les goûts. Un pari payant puisque Google truste les distinctions RH et reste plébiscité par les moins de 40 ans. Tout récemment, Google a réactivé le filon en médiatisant largement celui qu’on surnomme « le chic type de Google » (4), Chade-Meng Tan. Auteur d’un programme de méditation best-seller, l’ex-programmeur donne des conférences itinérantes dans les locaux de Google sur la nécessaire empathie managériale !

Pendant ce temps-là, un autre agenda …

L'un des fameux robots de guerre de Boston Dynamics

Aujourd’hui, c’est véritablement ce fond d’image qui prévaut largement dans le traitement médiatique de Google et dans sa perception par l’opinion publique. La tonalité n’y est certes pas toujours sympathique et la polémique constamment en train d’affleurer. Néanmoins, les débats se cristallisent avant tout autour de la domination de Google et l’empire sans cesse en expansion que ce dernier tisse sur la Toile. Pourtant, en parallèle de cette profusion d’innovations technologiques et de partenariats divers, Google pousse également ses pions dans des domaines moins connexes au pur code informatique. Depuis deux ans, l’entreprise a en effet accru significativement son implication dans trois marchés bien spécifiques : l’intelligence artificielle, la robotique et la biotechnologie avec pour cette dernière un objectif de repousser la mort et les maladies !

Assez étonnamment, les médias ne s’en sont globalement que peu fait l’écho hormis quelques entrefilets çà et là. De même, il est bien ardu de trouver des informations détaillées sur les sites et blogs officiels de Google au sujet de ces chantiers d’un genre nouveau mais loin d’être négligeables. Pourtant, dans le domaine de l’intelligence artificielle, Google a fait un sacré bond en à peine un an en mettant successivement la main sur la start-up canadienne DNNresearch qui travaille dans les neurosciences et la start-up britannique DeepMind acquise pour 500 millions de dollars (5). En vue d’améliorer la puissance de son moteur de recherche, Google s’intéresse effectivement depuis un certain temps à la compréhension des schémas neuronaux humains et à leur réplication informatique dans une machine capable d’apprendre par elle-même.

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