L’Empire Américain est indissociable de la bulle du crédit

L’Empire américain fonde sa puissance sur deux éléments liés entre eux. D’une part, le gigantesque complexe militaro-industriel qui lui permet de mener des guerres prédatrices et d’étendre sa zone d’influence. D’autre part, le statut de monnaie de réserve internationale du dollar, fondée sur le système des pétrodollars, qui permet aux différents gouvernements de financer le complexe militaro-industriel et les agressions militaires en faisant tourner la planche à billet et en émettant de nouvelles dettes.

La bulle du crédit libellée en dollars américains atteint aujourd’hui des proportions pharaoniques, ce qui explique peut-être pourquoi la Chine achète autant d’or… Quoi qu’il en soit, l’empire et la bulle du crédit prendront fin en même temps.

Nous l’avons déjà souligné : l’empire américain et la bulle du crédit prendront probablement fin en même temps.

Chacun dépend de l’autre. Si les Etats-Unis n’étaient pas si vastes et si puissants, ils ne pourraient pas imposer leur monnaie comme devise de réserve mondiale. Sans leur statut de réserve (des dollars au lieu de l’or), les Etats-Unis ne pourraient pas inonder le monde de leur propre cash. Sans les dollars, la bulle du crédit ne pourrait continuer à se développer. Et sans la croissance du crédit, il n’y aurait pas moyen de payer les frais qu’implique un empire planétaire.

Cela n’explique pas vraiment le miracle de la croissance sans l’épargne — mais ça nous donne un indice de ce qui arrivera quand les choses ne fonctionneront plus. Toutes les bulles… et tous les empires… finissent par exploser. Un empire dépendant d’une bulle de crédit est doublement explosif. Tout ce qu’il faut pour allumer la mèche, c’est un retournement du cycle du crédit.

De l’invasion des Philippines à la Guerre du Vietnam, l’empire américain était financé par le pouvoir riche et productif de l’économie US. Mais alors que la guerre du Vietnam touchait à sa fin, la source des finances impériales est passée de la production actuelle à la production à venir. Les Etats-Unis sont passés à un système de monnaie purement fiduciaire… et se sont tournés vers l’emprunt pour financer leurs aventures militaires. Les crétins d’aujourd’hui bombent le torse et se réjouissent de passer pour des gros bras. Ils laissent la facture aux contribuables de demain.

Les arguments pour de lourdes dépenses de sécurité se sont effondrés entre 1979 (lorsque la Chine a pris le chemin du capitalisme) et 1989 (quand la Russie a abandonné le communisme). Mais à ce moment-là, le « complexe militaro-industriel » dont parlait Eisenhower avait déjà fermement le contrôle de Washington. Les présidents — démocrates ou républicains — se sont succédés. Rien ni personne ne pouvait empêcher les ressources de s’écouler vers le secteur de la défense. Une aventure désastreuse ne faisait que mener à une autre. Chacune fournissait une source supplémentaire de financement… plus de statut… plus de pouvoir… plus de généraux… plus d’opérations clandestines… et plus de parasites prétendant protéger les Américains d’ennemis inconnus.

Toutes ces affaires étrangères ont probablement créé plus d’ennemis qu’on en neutralisait

Le retour sur investissement de ces dépenses était probablement bien inférieur à zéro. C’est-à-dire que toutes ces affaires étrangères ont probablement créé plus d’ennemis qu’on en neutralisait. Peu importait. Le secteur industriel s’affaiblissait. Les salaires réels ont cessé d’augmenter. La croissance a ralenti.

▪ L’équilibre budgétaire, disparu depuis longtemps…
Pendant ce temps, les dépenses sociales s’alourdissaient ; et sans la croissance robuste des années 50 et 60, il n’était pas possible de les financer. L’empire a eu recours au crédit. Il n’a plus jamais enregistré de budget vraiment équilibré. Depuis la fin de l’administration Carter, les déficits ont augmenté année après année.

Lorsque l’équipe Reagan est arrivée au pouvoir au début des années 80, une féroce bataille a eu lieu au sujet des finances fédérales. Les conservateurs « à l’ancienne » — menés par David Stockman, le jeune directeur du Budget de Reagan — pensaient que le gouvernement était obligé d’équilibrer son budget. Les néo-conservateurs, eux, étaient plus au courant de l’humeur publique… et des miracles rendus possibles par l’augmentation du crédit. « Les déficits n’ont pas d’importance », déclara Dick Cheney. Les néos l’emportèrent. Stockman quitta l’administration pour rejoindre Wall Street. Les déficits se creusèrent à une vitesse vertigineuse. Et Stockman écrivit un bon livre, The Great Deformation [« La grande déformation », ndlr.], expliquant comment l’économie américaine avait été corrompue par ses principaux secteurs — le gouvernement, la sécurité et la finance.

Une fois arrivées les années 90, la combinaison entre un marché boursier en hausse, des taux d’intérêt en baisse, la fin de la Guerre froide et un certain découragement quant aux dépenses démocrates traditionnelles ont laissé au gouvernement Clinton des conditions très favorables — au point qu’ils ne pouvaient pas dépenser l’argent assez rapidement. Les revenus gouvernementaux étaient élevés. Les opportunités de dépenses étaient limitées. Il en résulta ce qu’on appelait un « budget équilibré » — si l’on ignorait le coût de la Sécurité sociale !

Source : La Chronique Agora

7 commentaires

  • engel

    Et oui,
    Seulement 6 mois!

    ..se seront passés et la plus grande bulle de crédit pouvait commencer.

    -Le 23 decembre 1913: La Fed fut crée.
    -Le 28 juin 1914 : Date officielle de la cause de l’entrée dans la 1er guerre mondiale.

    …Les coïncidences sont parfois fortement troublantes!

  • Jujusmart

    En fait j’aimerais une confirmation : si les US achètent dans le monde, ils paient en dollars et n’ont aucun taux de change ? Tandis que le reste du monde doit changer sa monnaie pour pouvoir payer les US en dollars et là il y a un taux de change ? Qui est avantageux pour les européens puisque l’Euro vaut plus que le dollar ?

    • Wolf-Spirit Wolf-Spirit

      En ce qui concerne les exportations le différentiel est pour le $, en ce moment 38%. Après l’état se gave en frais de douanes et taxe en tout genre et on retrouve au final les produit US plus cher dans les rayons des magasins. Les intermédiaires se servent aussi au passage. Pour le consommateur aucune différence sauf s’il est malin (exemple une gopro c’est 150€ moin cher si tu achètes aux US)
      Regarder aussi le prix de l’outillage aux US et le prix qu’il est vendu chez nous et qui est-ce qu’on arnaque
      Bref une monnaie faible est intéressant pour les pays à fort potentiels industriels (la chine est une star aussi à ce niveau) mais quand il s’agit d’importer c’est autre chose. Mais c’est de toute façon le consommateur qui paye la différence et s’il ne peut pas ou lui facilite l’accès au crédits (les fameux revolving par exemple).
      L’euros est lui surévalué; les industriels délocalisent pour rester concurrentiel conserver et augmenter leur marge.

    • Ender Ender

      Exact. Après, l’euro fort n’est intéressant pour la France qu’au niveau de la facture énergétique. Pour ce qui concerne les exportations et la santé de notre industrie, l’euro actuel est au minimum 20% trop haut (source J Sapir), et c’est une catastrophe au niveau de la balance des paiements. C’est aussi la ruine de ce qui reste d’industrie nationale.

  • gentil bombus

    et la bulle gonfle et elle gonfle….comme la grenouille qui voulait être aussi grosse que le boeuf………boom…..

  • Le Spectre de 1913 et de 29, Arrive d’Un Pas Sourd et » Discret  » , Les Couteaux S’aiguise En Coulisses …