Logiciel Louvois: 3 ans pour « réparer » l’erreur et un cout de plusieurs centaines de millions d’euros

Vous vous souvenez de ce logiciel qui faisait que nombre de militaires n’étaient plus payés? Et bien ils ne risquent pas de voir le bout du tunnel puisque pour « réparer » le logiciel (ou le changer), il faudra trois ans, quand aux conséquences financières… On devrait utiliser le même logiciel pour nos politiques! ;)

Co-auteur d’un rapport sur la réorganisation du ministère de la Défense, le député UMP Damien Meslot dénonce les « manques inadmissibles » de la direction des ressources humaines du ministère et les défaillances du logiciel de paiement des soldes Louvois.

Après six mois de travail et d’audition, quels dysfonctionnements avez-vous relevés?

Dans la réforme de restructuration de nos armées, menée à partir de 2008, il y a eu un grand raté: Louvois. Ce logiciel unique devait permettre de payer la solde de l’ensemble des militaires. Hélas, il a abouti à une série d’erreurs inadmissibles: de nombreux militaires avaient une solde à zéro, c’est-à-dire qu’ils ne touchaient rien ; d’autres avaient une paie extraordinaire. On s’est donc retrouvé, d’un côté, avec des gens qui n’avaient plus d’argent, de l’autre, avec plus de 130 millions d’euros versés en trop. Cela a affecté fortement le moral des soldats. On peut les comprendre. Tandis qu’ils risquaient leur vie pour la France, leur famille connaissait de gros soucis financiers. Notre travail a permis d’établir plusieurs points:

1. Le calculateur Louvois lui-même a des défauts intrinsèques majeurs.

2. Le pilotage du projet a été défaillant.

3. Plusieurs réformes se sont télescopées.

4. On a voulu faire passer avant toute chose la réduction des effectifs, alors qu’un certain nombre de rapports et de clignotants étaient au rouge. Louvois a ainsi été mis en place en supprimant les anciens centres de traitement des soldes.  

Résultat: c’est la catastrophe. Dans cette affaire, les militaires ont fait preuve d’un grand sens civique. Je ne suis pas sûr de trouver un tel sens de l’Etat dans beaucoup d’administrations.

Qui est responsable?

Ce qui me choque le plus dans ce dossier, c’est l’impunité générale. Il ne s’agit pas de chercher des bouc-émissaires, mais de désigner clairement des responsables. Ce qui n’était qu’un échec est devenu un scandale. La société Steria, prestataire, n’est pas responsable.

Au vu des auditions que nous avons menées, nous considérons que la direction des ressources humaines du ministère de la Défense avait la responsabilité de mener à bien ce projet. Nous ne jetons pas des noms en pâture, mais il y a eu à ce niveau-là des manques inadmissibles. Des gens n’ont pas pris les mesures qu’il fallait au bon moment ; ils n’ont pas mis les moyens ni effectué les corrections nécessaires. Louvois a été lancé sans filet de protection, sans aucun plan B.

Le logiciel Louvois est-il réparable ou faut-il le changer?

Nous n’avons pas tellement le choix. Réparer le logiciel ou le remplacer prendra trois ans. D’ici là, des systèmes de contournement ont été mis en place pour corriger les erreurs au fur et à mesure que les problèmes apparaissent. Dans la réforme telle qu’elle a été menée, l’effort de réduction a porté sur les fonctions de soutien, afin de préserver l’opérationnel. Ce choix a abouti à deux résultats: les dysfonctionnements de Louvois et une paupérisation des bases de défense créées par la réforme.

Ce problème renvoie, en réalité, à la question de savoir quelle armée nous voulons pour la nation. Si on continue à sabrer dans les moyens du soutien, cela aura un impact évident sur la capacité opérationnelle des armées. Soit on décide que nos armées n’interviennent plus partout, et on peut continuer à réduire, soit on veut qu’elle reste opérationnelle, et il faut arrêter les diminutions d’effectifs et les restrictions budgétaires.

Combien l’échec de Louvois a-t-il déjà coûté?

Nous n’avons pas pu l’estimer. On ne pourra le savoir qu’une fois le problème résolu définitivement. Si on nous le communique… En tout état de cause, ce sera vraisemblablement plusieurs centaine de millions d’euros.

Source: Lexpress.fr

4 commentaires