La psychiatrie gouvernée par les normes américaines…

Comme si nous n’avions pas assez d’exemples sur le système américain, si cher à qui vous savez!!……..

Le manuel américain des troubles mentaux déshumanise la médecine et veut à tout prix faire entrer les malades dans des « cases ».

Et que deviennent les malades psychiatriques qui n'entrent pas dans les bonnes cases ? © FLAMAND THIERRY / SIPA

Le Pr Maurice Corcos part en guerre contre le fameux DSM (Diagnostic and Statistical Manuel) américain. Ce psychiatre et psychanalyste, qui dirige le département de psychiatrie de l’adolescent et du jeune adulte à l’institut mutualiste Montsouris de Paris, s’insurge contre « le nouvel ordre psychiatrique », tel qu’il est enseigné aujourd’hui dans les facultés de médecine. Et il le fait savoir dans le livre qu’il vient de lui consacrer*. Il regrette la seule prise en compte des faits et donc la disparition de toute interprétation subjective, ce qu’il considère comme une grave régression pour les malades. Et il s’emporte contre la réduction des existences à de simples accidents biologiques.

Dès l’introduction, le ton est donné : « La pensée stérilisée par l’apprentissage à répondre efficacement à des QCM (questionnaires à choix multiples) pour valider leurs examens » réduit les étudiants en psychiatrie à « collecter les symptômes que leur impose le DSM, les additionnant sans fin, puis les soustrayant pour aboutir à un résultat qu’ils livrent joyeux comme le bon élève qui a vaincu une équation à une inconnue. Mais l’équation a plusieurs inconnues et l’homme, surtout quand il devient « fou », sont une machine déréglée qu’aucune check-list ne parviendra à résumer… »

Système pervers

Le Pr Corcos compare le DSM à l’invention d’une notice universelle pour les machines délirantes détraquées, à l’usage de médecins informaticiens phobiques de la clinique… Rien de moins. Avec cet instrument, l’ambition du psy n’est plus d’entrer dans l’expérience intérieure du patient, mais de répondre à son excentricité par une cohérence objective. Ce spécialiste dénonce donc ce système pervers qui a été mis au point pour que les chercheurs des différents pays puissent travailler sur une base de critères diagnostiques commune et ainsi comparer efficacement leurs travaux. Mais les malades, dans tout ça ?

La manière de les observer, Maurice Corcos la compare à celle des touristes qui, dans les musées, les sites archéologiques ou les mariages, passent la plus grande partie de leur temps l’oeil rivé au viseur de leur caméra, sans jamais regarder vraiment ce qui se passe et sans se l’approprier sensoriellement. « Aux tableaux mentaux, ils substituent mentalement des images électroniques, c’est-à-dire un imaginaire virtuel, car sans affect. » Le réel n’est donc jamais abordé directement par ces psychiatres, qui se réfugient aussi très souvent derrière des imageries médicales (notamment l’IRM) pour tenter de comprendre la situation.

Les deux premiers DSM (en 1952 et en 1968) étaient « inscrits dans leur époque, où les questions de la subjectivité et du sens n’étaient pas encore considérées comme accessoires », souligne le spécialiste. D’ailleurs, les différents courants de pensée avaient été invités à participer à leur rédaction. Mais, depuis, le monde « scientifique » a pris le pouvoir. L’Amérique est parvenue à promulguer un nouvel ordre mental. L’ultrascientisme, la rentabilité aveugle, la frénésie technologique, voire la barbarie mécanique et froide règnent en maîtres. C’est pourquoi Maurice Corcos espère que les psychiatres – au moins français – vont finir par dénoncer « le nouveau contrat social qui veut les aliéner » et qui tente d’enfermer l’humain dans des cases, afin de répondre aux demandes d’une société qui ne veut plus de désordre ni de folie. Sera-t-il entendu ?
* L’homme selon le DSM, éditions Albin Michel, 234 pages, 20 euros

Un article d’Anne Jeanblanc
Le Point

4 commentaires

  • Karl

    J’avais déjà entendu parler de ça je sais plus où et effectivement c’est un problème. Rassembler les informations est salutaire mais il faut penser avant tout aux malades et comment les aider. La limite de la folie elle même est floue et variera donc avec les éditions. Sujet difficile.

  • J’ai travaillé il y a plus de 25ans en psychiatrie et on utilisait déjà le DSM; RIEN DE NOUVEAU . JE DOIS AVOIR ENCORE UN EXEMPLAIRE

  • delphine

    bonjour à tous

    Il est peut-être imprudent de parler de la psychiatrie, vu du dehors.
    en effet,
    on peut avoir une petite idée, forcément partielle, soit :
    – si on est soi-même malade et dans le circuit de la psychiatrie (avec les moments alternants de lucidité ou d’incohérence totale voire violente pour certains)
    – si on est psy et personnel soignant, mais le soir on rentre et on débraie ( on en a bien le droit) sinon pas possible de tenir le coup 
    – si on est de la famille et qu’on subi en silence sans bien comprendre tout ce qui se passe.
    – et un peu si on fait parti des personnels sociaux en charge de curatelle etc.

    bien sur il y a les droits fondamentaux de la personne et ils doivent être respectés, autant que faire se peut, avec le maximum d’humanité possible.
    maintenant vouloir standardiser les malades????
    sans doute une solution de facilité pour certains, mais toute solution standardisante ne peut mener qu’à l’échec.
    chaque malade est unique, faut-il encore le répéter???c’est bien triste si nous en sommes réduits à cela.

    mais ne sous estimons pas les cas de réelle violence dont il faut protéger aussi bien les familles que les personnels soignants. enfin, eux ils ont la ressource de donner un cachet et hop au lit, quand la personne va vraiment très mal.
    ce qui n’est pas le cas des familles .

    donc ne jugeons personne, car beaucoup de gens essaient de trouver les solutions qu’ils peuvent. et les autres n’ont pas forcément les instruments pour tout comprendre.