Italie: les ateliers chinois de Prato étouffent l'industrie textile toscane

(AFP/Archives - Fabio Muzzi)

Cinq voitures et 20 policiers encerclent en vue d’un contrôle un entrepôt, à Prato, siège d’un des milliers d’ateliers chinois qui menacent avec leur main-d’oeuvre bon marché, souvent illégale, les PME de cette région emblématique du textile italien.

Des cartons remplis de vêtements, dont certains exposés en attente d’acheteurs, remplissent la pièce principale jouxtée d’autres espaces plus petits faisant office de bureau, chambre à coucher ou de cuisine de cette micro-entreprise qui emploie six Chinois.

« Je ne comprends pas où est le problème, nous avons tout fait correctement », se lamente Giujir, en attendant d’être interrogée par la police.

« On gagne déjà pas grand chose, c’est dur de vivre en Italie, et s’il y a encore plus de contrôles, alors aucun intérêt pour nous de rester ici », estime cette jeune femme d’une trentaine d’années qui gère l’atelier-entrepôt.

En 20 ans, la communauté chinoise a pris le contrôle de tous les stades de la production d’habillement à Prato, « capitale » depuis des siècles du textile italien.

Une robe produite par les Chinois à partir de tissu dix fois moins cher importé de Chine s’y vend à 4 ou 5 euros, un manteau 10 euros et le tout est étiqueté « Made in Italy », un véritable « plus » pour les ventes à l’étranger.

Prato compte officiellement 17.000 ressortissants chinois, mais leur nombre atteindrait 50.000 en comptant les clandestins, généralement sous-payés.

De nombreuses PME italiennes ont dû fermer, incapables de résister à cette concurrence dans un secteur qui employait jusqu’à récemment 60.000 personnes.

Dans la Chinatown de Prato, il ne reste presque plus de magasins italiens, juste une succession d’enseignes en mandarin de restaurants et supermarchés chinois.

Les habitants de Prato ont élu l’année dernière un nouveau maire, de droite, Roberto Cenni, lui-même industriel du textile en difficulté, sur un programme de lutte contre les ateliers clandestins et la criminalité chinoise (blanchiment, traite humaine, usure).

« Nous voulons être plus proches de ceux qui sont exploités dans l’espoir de les convaincre de se rebeller », argue M. Cenni pour expliquer les descentes de police qui se sont multipliées depuis son élection.

Un discours qui ne convainc pas Tang Youjing, conseiller à l’ambassade de Chine, irrité par ces « raids avec hélicoptères et chiens ». Pour lui, « les Chinois aident Prato à résoudre ses problèmes économiques ».

Lina Iervasi, chef du département immigration de la préfecture de police de Prato, reconnaît que les autorités mènent une action « répressive (…) mais dans le but d’enseigner la légalité et le respect de la dignité des ouvriers aux entrepreneurs ».

« Là, vous voyez des effets personnels, et puis encore deux canapés-lits », montre Mme Iervasi, dont la spécialité est de traquer les irrégularités des 3.400 PME chinoises de la zone de Prato, dont certaines travaillent pour les marques espagnole Zara ou suédoise H&M.

Selon Silvia Pieraccini, journaliste qui a enquêté sur ce phénomène, ils travaillent souvent jusqu’à 18 heures par jour « sans contrat, dans des bâtiments peu sûrs et sans hygiène », avant de tomber d’épuisement. Grâce à cela, « le secteur textile chinois réalise d’énormes profits », selon elle.

Cette activité pourrait « mettre en péril le développement économique de la ville, à cause de cette culture de l’illégalité, véritable virus qui se propage dans l’économie saine », estime-t-elle.

Des organisations mafieuses chinoises contrôlent déjà une partie du textile à bas coût, qui génère des centaines de millions d’euros annuels. Début décembre, une quinzaine de Chinois, soupçonnés d’appartenir à un groupe criminel, ont été arrêtés à Prato.

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