Je suis mouton..

Un fidèle lecteur, a écrit un texte qu’il m’a fait parvenir. Je le partage. Merci Alain.


Je suis Charlie, je suis Léonarda, je suis ceci ou je suis cela. Je suis tout ce que vous voulez si c’est tendance, à la mode, je suis manipulable, je suis malléable, tellement formatable. J’ai renoncé à tout pouvoir, car persuadé de ne pas en avoir. Bien désinformé à la grand-messe du journal de 20 heures, je crois tout ce qu’on me dit si je l’ai entendu à la télévision.

Je suis accroc aux réseaux sociaux, fesse-bouc ou touiteur, parfois pour un vrai partage, parfois pour combler mon vide, scotché à mon smartphone comme une moule à son rocher.

Je n’aime pas me remettre en cause car j’ai toujours raison mais, j’adore médire, critiquer les autres, les jauger, les juger
et je cours toujours dans le sens du vent pour être approuvé.

J’ai bien trop peur d’être seul si j’ose montrer mes différences.
Je suis les leaders d’opinion qui font la pluie et le beau temps, ils m’ont montré du doigt qui étaient les gentils et les méchants. Ils m’ont éduqué, ou plutôt dressé, ils m’ont injecté leurs valeurs.

Je me sens mal quand surgit en moi une idée non homologuée, coupable dès que ma pensée n’est pas politiquement correcte.
Je crois encore vivre en démocratie et court glisser mon bulletin
dans les urnes après avoir pris soin d’écouter les avis autorisés.
Bien que je sois un mouton, j’ai une mémoire de poisson rouge
je continue encore de voter pour ceux qui m’ont tondu, trompé.

Je suis tellement prévisible que je tombe dans tous les pièges.
Attiré comme une mouche par le néon des vitrines bling-bling,
j’achète à crédit un bonheur discount, éphémère, superficiel, il anesthésie ma volonté, toute réflexion et tout esprit critique.

Et même quand je me prend pour un vrai rebelle, pour un lion
Je reste un mouton docile qui approuve le chef de la rébellion.

Quand je vois des êtres libres, affranchis de la pensée unique,
je ne peux pas le supporter, je me moque, j’attaque, je critique
je les caricature, je les dénonce, je les stigmatise, je les déteste
car, je ne suis pas capable de me libérer de ma prison intérieure.

C’est du moins ce que je crois car, on me l’a dit, répété et répété
mais ce n’est pas de ma faute, j’ai peur d’être mis à l’écart, rejeté,
peur de froisser mon conjoint, mes parents, mes amis, mon boss.

Et je suis né dans une bergerie, parmi des milliards de moutons
alors comment pourrais-je être convaincu de ne pas en être un.

Je suis pourtant mon seul libérateur or, je ne veux pas le croire
tant que je ne me serai pas laissé tondre jusqu’au dernier poil
par des bourreaux que j’ai moi-même accepté dans mon esprit.

Je continue donc à me plaindre, la tête baissée et l’air résigné
Désolé mais je dois vite retourner rejoindre mes compagnons
pour aller bêler dans le troupeau, car je suis un mouton, bêêê…

Alain Février 2017

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