Le bonheur est dans le…..parlement européen!

Quel bonheur cela doit être de faire partie des députés européens, quand je vois le salaire de ceux-ci, ou du moins de l’un d’eux, Karima Delli qui a ouvert sa fiche de paye ainsi que son bureau aux journalistes de rue89. Tout ce qu’on donne en taxes et impôts permet aussi de financer cela…Merci quand même à elle d’avoir accepter de révéler cela même si…..Non, je me retient!

La militante associative d’Europe-Ecologie dispose aussi d’une enveloppe de 26 700 € par mois pour ses frais.

Karima Delli dans les bureaux du Parlement Européen à Paris, en janvier 2011 (Audrey Cerdan/Rue89)

Ils sont 736, représentent près de 500 millions de personnes et dans certains domaines comme l’écologie, les mesures qu’ils prennent dictent jusqu’à 80% la législation française. Et pourtant, tout le monde s’en fout. Même Rachida Dati. Ce sont les députés européens.

Dans les couloirs ou sur les sièges du Parlement européen, ces élus par vous et moi contribuent à faire de l’Europe ce qu’elle est. Comment et à quel tarif ? Bonne question.

Karima Delli, 30 ans, a eu le courage de se prêter au jeu. L’une des quatorze députés européens d’Europe Ecologie – Les Verts, élus en juin 2009, n’a pas hésité longtemps avant de me rencontrer. Déjà membre des collectifs Jeudi noir et Sauvons les riches avant de rejoindre le Parlement, pour moi, Karima Delli, c’était ça. (Voir la vidéo satirique de Jeudi noir au sujet de Christine Boutin)


Mais « funky Karima » était en congé le jour où je l’ai rencontrée. Dans le large bureau parisien de la délégation européenne d’EE-LV, Karima Delli m’attend bien sagement devant ses feuilles de notes. Elle a déjà pris le pli de ceux qui pèsent leurs mots avant de distiller un message politique. Dommage.

De Tourcoing à l’Europe, pour « une écologie qui vient d’en bas »

Dans son parcours politique, tout semble s’être enchaîné de manière remarquable. Originaire de Tourcoing (Nord), la jeune femme poursuit des études dans les domaines du commerce et de la sciences politique. Quant à son engagement politique, on pourrait en trouver le germe dans la présidentielle de 2002 :

« J’avais 22 ans. J’ai été marquée par la campagne et le message de Noël Mamère qui représentait les Verts à l’époque. Cette idée d’une écologie populaire, qui vient d’en bas, dont tout le monde peut bénéficier, surtout les plus pauvres.

Encore maintenant, il faut se battre contre le fait que sont toujours les plus précaires qui doivent habiter au bord des autoroutes, à proximité des sites dangereux comme AZF, ou qui ne peuvent pas avoir accès aux produits bio.

Un peu plus tard, j’ai rencontré la sénatrice Marie-Christine Blandin pour qui j’ai fini par travailler comme assistante parlementaire. »

Karima adhère aux Verts et devient rapidement secrétaire fédérale des jeunes du parti. A l’approche des élections européennes de 2009, c’est un peu comme si on l’avait poussé sur les listes :

« On m’incitait : “Vas-y Karima, va sur la liste.” Je ne savais pas trop quoi faire, mais j’avais envie de m’impliquer concrètement dans la campagne. Parce que quand on est sur la liste, il faut s’engager à fonds, faire beaucoup de meetings et de réunions publiques. Alors, je me suis lancée.

Le soir du 7 juin 2009, après l’annonce des premières estimations, on était tous très contents car on croyait avoir trois députés élus.

Je suis partie sur un plateau télé pendant un moment, et quand je suis revenue dans la salle, c’était la folie, l’euphorie. En fait, on avait un quatrième élu : moi. Les gens criaient “ Karima, députée ! ”. Moi je n’y croyais pas trop.

Il m’a fallu quelques jour pour réaliser, et accepter un costume qui m’apparaissait trop grand pour moi. Mais en bossant, je me suis dis que tout irait bien. »

« Vis ma vie » au Parlement européen

Arrivée au Parlement, Karima Delli intègre un des sept groupes politiques présents : les Verts/ALE. Et comme tous les eurodéputés, son agenda mensuel est bien vite ordonné : sur quatre semaines, elle en passe trois à Bruxelles (pour le travail en commissions), une à Strasbourg (pour les assemblées plénières).

« A Bruxelles, il faut aussi compter une semaine consacrée à notre groupe politique, où on prépare nos positions pour la session plénière, ainsi qu’une semaine “verte” durant laquelle tous les députés sont censés aller sur le terrain, dans leur circonscription pour rencontrer des gens.

C’est un problème de fond : il faut que les députés quittent plus souvent Bruxelles pour ne pas se couper du monde. Ils ne doivent pas être nombreux à passer du temps dans les squats comme je le fais. »

Karima Delli dans les bureaux du Parlement européen à Paris, en janvier 2011 (Audrey Cerdan/Rue89)

Pour faire tourner la boutique : 26 700 € mensuels

Dans les sommes liées à Karima Delli, il convient de distinguer clairement ses enveloppes professionnelles, de ses revenus et dépenses personnelles. Comme elle l’avait déjà initié dans le blog qu’elle tient sur le site Libération, voici un détail des budgets mensuels mis à disposition par l’Europe pour la tenue de ses activités :

Frais de transports : 391 euros (4 696 euros par an)

Les frais de transports entre son domicile et le Parlement sont pris en charge par le Parlement. Karima Delli estime qu’en un an, elle a fait 46 allers-retours Paris-Bruxelles en Thalys (première classe) et 12 allers-retours Paris-Strasbourg (deuxième classe) avec la SNCF.

Le Parlement et la société Thalys ayant un accord commercial -38 euros par trajet simple pour les députés européens-, le montant annuel de ces trajets s’élève donc à 3 496 euros. A cela, il faut ajouter le coût des allers-retours Paris-Strasbourg qu’on peut évaluer à 1 200 euros par an (avec un billet aller simple à 50 euros).

Frais généraux : 4 202 euros

Loyer, matériel pour le bureau, connexions Internet, fournitures, appels téléphoniques, envoi d’invitations, déplacements supplémentaires, achat de livres et de documents : voilà à quoi est destiné ce budget.

« Cette somme, je la verse chaque mois sur un compte séparé de mes comptes personnels. Et avec mon équipe, on conserve tous les justificatifs de nos dépenses.

Ce que nous avons prévu avec les autres membres du groupe les Verts/ALE, c’est de reverser l’argent non-utilisé en fin de mandat au Parlement européen. »

Il est intéressant de noter qu’il n’y a pas un contrôle systématique de ces dépenses, même si les députés sont censés conserver tous leurs justificatifs de paiements. A la fin de son mandat, rien n’oblige un eurodéputé à reverser le surplus financier restant, puisqu’il est censé avoit tout dépensé. Un principe de « confiance », certainement.

Activités de communication et d’études : 2 743, 75 euros (32 925 euros par an)

« Cette enveloppe sert à financer des missions à l’étranger, des études, des conférences ou des colloques qui concernent notre groupe politique et les problématiques sur lesquelles on travaille.

Quand il faut faire venir des intervenants d’un autre continent ou inviter 30 visiteurs au Parlement, les sommes grimpent vite. »

Rémunération des assistants : 19 364 euros

« J’ai trois collaborateurs à Bruxelles : ce sont mes oreilles, mes personnes de confiance. Je ne les ai pas choisis en fonction de leurs positions politiques, mais plutôt en fonction de leurs compétences et du partage de certaines valeurs et idées.

Cette somme sert donc à les rémunérer, à payer leurs frais de mission quand ils vont à Strasbourg… Et puis, de ce montant, je reverse 2 500 euros pour payer les collaborateurs communs aux 14 députés d’Europe Ecologie et les stagiaires. »

Revenus personnels : 8 580,33 euros

Salaire net : 6 080,33 euros

Comme tous les députés européens, la rémunération brut de Karima Delli s’élève à 7 807,12 euros par mois. A cela, il faut déduire un impôt communautaire de 1 713,57 euros alloués « au renforcement du budget de l’Europe », ainsi que 13,22 euros de cotisation d’assurance.

« Je gagne très bien ma vie, je n’ai pas à me plaindre. Et je ne verrais pas de problèmes à ce que l’on gagne un peu moins en tant que député européen : entre 3 500 et 4 000 euros. Je serais déjà contente.

Je sais que je suis considérée comme riche, c’est pour ça qu’il y a des combats auxquels je tiens et que je mène au Parlement. Comme ceux de l’établissement d’un revenu maximum ou celui d’un logement décent pour tous. »

Indemnités journalières : 2 500 euros

Pour chaque jour de présence aux réunions du Parlement dont le député est membre, le Parlement lui verse une indemnité journalière de 298 euros. Mais uniquement s’il a signé le registre de présence. Grosso modo, cela représente trois jours par semaine, sauf pour la semaine verte où ces indemnités ne sont pas versées.

« Comme je suis présente 96% du temps à mon poste, le montant mensuel des mes indemnités est assez élevé. Mais je trouve ça choquant que l’on soit payé 300 euros par jour pour faire notre boulot, en plus de notre salaire.

Ce n’est pas la présence qui devrait être encouragée, mais bien l’absence qui devrait être sanctionnée. »

Dépenses fixes : 4 093,90 euros

Contribution à EELV : 1 800 euros

Chaque mois, Karima Delli verse ce montant à Europe Ecologie – Les Verts pour le fonctionnement général du parti.

Loyer : 830 euros

Notre députée a deux logements : un Bruxelles auquel correspond ce loyer, et un autre à Paris dans lequel elle vit en colocation. Pour ce dernier, elle ne paie que les charges. A part ça, Karima Delli n’est propriétaire de rien, « sauf d’une tente ».

Charges Bruxelles (gaz, eau, électricité) : 150 euros

Eau (Paris) : 100 euros

Electricité (Paris) : 75 euros

Taxe d’habitation : 25 euros (300 euros par an)

« Cette taxe correspond à mon appartement bruxellois. Pour l’appartement de Paris, c’est mon colocataire qui s’en charge. »

Mutuelle : 56 euros

Impôt sur le revenu : 333 euros (4 000 euros par an)

« C’est une estimation. Mais de toute façon, ça va augmenter lors du prochain paiement vu que je n’ai été imposée que sur la moitié d’une année de mandat. La prochaine fois, je débourserai autour de 7 000 euros. »

Transports en commun à Bruxelles : 24,60 euros (deux cartes de 10 trajets)

Pass Navigo mensuel à Paris : 60,40 euros

Frais de portable : 500 euros

Malgré un forfait de 200 euros signé auprès d’un opérateur téléphonique français, elle dépasse largement ce montant tous les mois.

Cela s’explique par le fait qu’il n’existe pas de forfait illimité entre la Belgique et la France. « Tout le monde » conservant son numéro français à Bruxelles, les surcoûts payés pour chaque communication grimpent rapidement.

Abonnement Internet : 19,90 euros

Cet abonnement vaut uniquement pour Paris. A Bruxelles, elle ne paie pas de connexion.

Lentilles : 120 euros (30 euros par semaine)

Dépenses aléatoires : 1 380 euros

Courses : 400 euros

Pour elle et son colocataire.

Déjeuners sur les frais personnels : 280 euros (70 euros par semaine)

« Cette somme de 70 euros par semaine, c’est ce que je débourse avec mes amis, ma famille. Mais c’est vrai que pour les déjeuners, ce n’est pas facile à dire parce que j’ai quand même beaucoup de déjeuners dans le cadre de mes activités.

Quand je suis avec 20 experts que j’ai invité, je fais passer ces dépenses sur mes frais généraux. »

Livres : 400 euros

« J’adore lire, je suis une malade du livre. J’adore la collection de La Pléiade mais ils coûtent chers. Je lis aussi beaucoup de livres politique. »

Sorties et cinéma : 300 euros

« J’aime beaucoup les films de David Lynch et de François Truffaut. J’ai été voir “Vénus noir”, “Les Petits mouchoirs” et “Potiche” récemment. Je ne l’ai pas aimé celui-là, vraiment pas drôle. »

Dépenses diverses, aide et cadeaux à ses proches : ?

Depuis qu’elle gagne bien sa vie, Karima Delli soutient ses proches. Dans quelle mesure ? Elle tient à garder cette information à sa seule discrétion.

Epargne : 2 500 euros

Chaque mois, Karima Delli met de côté le montant total de ses indemnités journalières.

Allez, en guise de clin d’oeil et de conclusion, voici le dernier clip vidéo de Jeudi Noir où apparaît Karima Delli, tournée à l’occasion de l’ouverture récente d’un squat avec vue sur l’Elysée. (Voir la vidéo)

Source: rue89.com