Affaire Navalny : le ministère russe des affaires étrangères convoque l’ambassadeur allemand et annonce une possible crise internationale

Comment Navalny, insignifiant « opposant » (2% aux élections) à Vladimir Poutine, peut-il être instrumentalisé, au point de mettre en danger la paix ? Quel est le but? Partagez ! Volti

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Karine Bechet Golovko pour Russie-Politics

Au regard de la poussée d’hystérie en Occident autour de l’affaire Navalny, des déclarations agressives du G7 envers la Russie et de l’implication de l’OIAC, la Russie a décidé de réagir fermement. Le ministère des affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur allemand pour lui remettre une note de protestation. Puisqu’à ce jour aucune analyse n’a été transmise aux autorités russes, Navalny est quand même citoyen russe, si les autorités russes ne reçoivent pas les documents demandés, elles considéreront cela comme une provocation hostile, avec toutes les conséquences qui, logiquement, en découlent, faisant reposer la responsabilité de cette crise internationale, non seulement sur l’Allemagne, mais aussi sur l’OTAN et l’UE. A suivre.

Quand Navalny a été exfiltré vers l’Allemagne, les médecins russes ont également donné les résultats d’analyses réalisées, afin que leurs collègues allemands puissent continuer le traitement immédiatement mis en place, qui a permis à l’opposant chéri des globalistes de rester en vie. Après quelques déclarations des responsables allemands invoquant l’empoisonnement, le laboratoire militaire a « trouvé » du Novichok chez le patient, qui pourtant n’en est pas mort et qui en plus a été le seul contaminé, dans un espace clos comme un avion. Ni à l’aéroport de départ, ni à l’hôpital non plus, personne n’a été touché. Pour une arme chimique militaire, sous forme de gaz particulièrement volatile, cela soulève de très nombreuses questions. (Voir notre texte ici).

Malgré les demandes répétées de la Russie d’avoir accès aux analyses de Navalny effectuées en Allemagne, rien n’a été transmis. Dans le même temps, la pression politique internationale monte. Les ministres des affaires étrangères du G7 déclarent unanimement la Russie coupable:

G7 : l’attaque sur Navalny est une nouvelle atteinte à la démocratie en Russie

Et évidemment, la Russie est appelée à « faire toute la lumière » sur cette affaire. Le fait que les médecins russes n’aient pas trouvé de trace de novichok, que le Comité d’enquête des transports en Sibérie n’ait lui non plus trouvé aucune trace de cette arme chimique ne change rien :

Nous, ministres des affaires étrangères du G7, appelons la Russie à faire toute la lumière, sans délai et en toute transparence, sur l’identité des auteurs de cet empoisonnement odieux 

Et toujours du côté du bien, c’est-à-dire du sien, d’assumer l’ingérence au nom « de la démocratie » :

Nous demeurons fermement déterminés à soutenir la démocratie, l’État de droit et les droits de l’Homme en Russie et à renforcer notre appui à la société civile russe./.

Qui pourrait être contre la démocratie ? Certainement pas les Irakiens, les Libyens ou les Ukrainiens – après avoir été « démocratisés ».

Et ne s’arrêtant pas en si bon chemin, le communiqué conjoint des ministres allemand et français des affaires étrangères d’aller encore plus loin dans la condamnation :

Ils partagent une profonde consternation sur cette attaque conduite contre M. Navalny, qui constitue une atteinte très grave aux principes élémentaires de démocratie et de pluralisme politique. Ils constatent que cette atteinte à l’intégrité physique d’une personnalité de l’opposition russe n’est malheureusement pas un acte isolé. Ils expriment dans ce contexte leur attente que les autorités russes puissent garantir les conditions d’expression des droits civils et politiques fondamentaux de la population russe.

Et comme cela est qualifié d’attaque chimique, évidemment l’OIAC doit s’en occuper. Ces déclarations datent du 9 septembre. Ca tombe bien, car il y a une semaine, le 3 septembre, cette Organisation internationale contre les armes chimiques se déclarait déjà prête à entrer dans la danse. 

La situation devient quand même cocasse. Non seulement, la Russie n’a politiquement aucun intérêt à créer une victime sacrificielle qui permettrait à la communauté internationale de relancer la vague de russophobie, mais en plus Navalny n’ayant strictement aucun capital politique à l’intérieur du pays, il fait moins de bruit vivant que malade ou mort. Donc, si les médecins russes et le Comité d’enquête n’ont trouvé aucune trace de novichok, que personne d’autre n’a été touché, il y a de fortes chances pour que, effectivement, en Russie, Navalny n’ait pas été contaminé au novichok.

De deux choses l’une : soit, et aujourd’hui, Navalny n’a aucune contamination au novichok et l’Allemagne bluffe d’où l’hésitation à envoyer des analyses à la Russie, soit aujourd’hui il est contaminé au novichok … mais alors cela a été fait après son départ de Russie, dans l’avion spécial qui l’exfiltrait, dans les véhicules sanitaires militaires qui l’on récupéré en scaphandre à la sortie de l’avion ou à la Charité. 

N’ayant aucune réponse à ses demandes officielles d’informations, la Russie a hier fortement réagi. Tout d’abord, un communiqué officiel a été publié hier, soulignant que les autorités russes n’ont pas reçu les informations nécessaires de la part des autorités allemandes, ce qui l’empêche de pouvoir mener à bien toutes les mesures d’enquête qui sont en cours et que, par ailleurs, les médecins russes ont déjà proposé à leurs collègues allemands une étroite collaboration, mais sans réponse. Ce qui soulève des questions … politiques :

« Parallèlement, sur fond d’une démarche aussi peu constructive des autorités allemandes, des attaques infondées contre la Russie continuent. L’ampleur de la campagne de désinformation massive démontre que ses auteurs n’ont pas pour but la santé de A. Navalny et la découverte des véritables raisons de son hospitalisation, mais la mobilisation d’une volonté de sanction.« 

En toute logique, mais largement passé sous silence médiatique, ce même 9 septembre, l’ambassadeur allemand a été convoqué au ministère des Affaires étrangères pour recevoir une note de protestation en raison des accusations verbales et des ultimatum adressés à la Russie, autant qu’en raison de l’instrumentalisation par l’Allemagne de l’hospitalisation d’un citoyen russe, Navanly, pour discréditer la Russie sur la scène internationale. Une demande officielle a été à cette occasion à nouveau formulée de transmettre à la Russie toutes les informations concernant l’état de santé de Navalny. Sinon :

« Il a été indiqué à l’ambassadeur que l’absence des documents indiqués ci-dessus sera considérée comme un refus de la République fédérale d’Allemagne d’établir la vérité dans le cadre d’une enquête objective et ses actions antérieures et futures liées à A. Navalny comme une provocation hostile flagrante contre la Russie, qui aura des conséquences sur les relations russo-germaniques autant que de sérieuses complications sur la scène internationale. Toute la responsabilité concernant les conséquences de cette politique repose sur la République fédérale d’Allemagne et ses alliés de l’OTAN et de l’Union européenne. »

Cela fait longtemps que l’on n’a pas vu une réaction aussi forte de la Russie, c’est un excellent signe, car le combat qui s’annonce, sur fond de tentative d’ensevelissement de la Biélorussie dans le monde global et de soumission des Etats par l’intermédiaire du Covid, va être rude. 

Source Russie-Politics

Un commentaire avec quelques questions pertinentes par « Anonyme » :

Si je me souviens bien, lors de sa dislocation, l’URSS a renoncé à ses stocks de molécules de combat et ce qu’on nomme aujourd’hui le Novichok n’existait que sous forme de formule chimique parmi d’autres potentiellement exploitables, mais sans jamais avoir été synthétisé. Selon Craig Muray, qui à l’époque était ambassadeur britannique en Ouzbekistan et qui a été témoin de l’opération, ce sont les USA qui se sont chargés de l’élimination des stocks. Les ont-ils vraiment détruits ?

Or quelle que soit la méthode d’analyse moléculaire utilisée, spectrale ou autre, pour identifier ce « Novichok », qui jusque ici est un fantôme, ne faut-il pas disposer déjà de la molécule pour connaître et reconnaître sa signature ?

L’Allemagne ne fait qu’embrouiller les cartes, mais il reste que les médecins de la Charité de Berlin qui ont les premiers annoncé la présence d’un inhibiteur de la cholinestérase, sans pouvoir identifier plus précisément cette molécule, ne semblent plus être dans le dossier qui est repris par les militaires. C’est donc à ces militaires qu’il appartient de faire la preuve de la présence de la signature du Novichok et, surtout, de dévoiler ce qu’il connaissent de cette molécule et comment ils se la sont procurée.

Les commentaires publiés sont signés du nom des auteurs et engagent leur seule responsabilité sans que « lesmoutonsenrages » ne prennent en rien à leur compte leur orientation.

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