Des ordinateurs du ministère de l’Intérieur bloqués sur Wikipédia pour « vandalisme »

Juste pour la petite précision, c’est avec notre argent qu’ils font cela, à croire qu’il n’y a des de tâches plus importantes dans ce pays…

Bildschirmfoto_vom_2015_10_15_« Vandalismes, attitude non-collaborative, […] passages en force, pistage des contributions d’autrui et foutage de gueule en prime » : telles sont les raisons pour lesquelles l’adresse IP 212.234.218.196 a été bloquée le 18 décembre sur Wikipédia, pour une durée d’un an. Rien d’exceptionnel sur l’encyclopédie collaborative, dont les administrateurs, élus par la communauté, doivent au quotidien faire le ménage parmi les contributeurs peu scrupuleux. Mais cette fois, l’adresse IP (qui permet d’identifier un appareil connecté à Internet) n’est pas n’importe laquelle : elle appartient au ministère de l’intérieur, rapporte le Canard enchaîné dans son édition du mercredi 13 janvier.

Sur la page de discussion consacrée à ce mystérieux utilisateur officiant de la place Beauvau, l’administrateur, qui utilise le pseudonyme de Jules, explique avoir pris sa décision « après lecture de l’historique » de cette page : « J’en conclus […] que cette IP pose plus de problèmes qu’elle n’apporte de choses positives à Wikipédia. » En effet, cette IP a déjà été bloquée plusieurs fois depuis son arrivée sur l’encyclopédie en 2007, pour une durée d’un mois maximum, et a fait l’objet de plusieurs avertissements. Les raisons : « vandalisme pernicieux », « dégradations répétées », « retraits répétés d’informations sourcées », etc. En 2014, un administrateur écrivait même, goguenard : « Le temps de changer d’occupation, il y a certainement mieux à faire au ministère de l’Intérieur. »

Ce qui a déclenché le récent blocage est « un problème tout bête », a expliqué Jules au Monde :

« Il changeait la mise en forme des sources, sans respecter la norme. Plusieurs contributeurs lui ont expliqué, il a répondu avec mauvaise foi et n’en a pas tenu compte. Je l’ai donc bloqué une semaine. Mais quand j’ai vu dans son historique qu’il y avait pas mal d’abus et de vandalismes de niveau collège, je l’ai bloqué un an. »

« Sale batar »

Parmi ces vandalismes, l’insertion de « sale batar » dans un article, ou encore celle d’une blague graveleuse dans la devise d’une commune. On lui reproche aussi de pister les contributeurs, c’est-à-dire, comme l’explique Jules, de « repasser systématiquement derrière certains contributeurs pour les corriger, ce qui donne l’impression d’être harcelé. C’est interdit sur Wikipédia ». En guise de « foutage de gueule », l’administrateur renvoie vers une réponse cinglante de l’utilisateur de l’IP à un contributeur l’accusant de le pister.

Un commentaire personnel, publié par la même adresse IP sur un article consacré à un service du ministère de l’intérieur, avait aussi dû être supprimé : « Le service affiche de piètres résultats au dire même de la Gendarmerie nationale et tend à démontrer que les fusions de services ne sont pas toujours source d’efficacité. »

Mais la plupart du temps, les articles modifiés par cette IP ne sont pas liés au ministère de l’intérieur ou à la politique. La liste de ses contributions laisse entrevoir des pratiques assez banales : petites corrections ici et là, et des enrichissements plus conséquents sur certains articles, comme par exemple celui concernant les agents de surveillance de Paris.

Une obsession pour les guillemets français semble même se dessiner, comme on peut le voir dans ces modifications apportées à l’article sur Saint-Denis, le 18 novembre dernier. Ce qui lui vaudra un tacle d’un autre contributeur : « Merci pour ces modifications, il est rassurant de voir que les IP du ministère de l’intérieur sont mobilisées sur la page de Saint-Denis pour procéder à l’éradication des guillemets anglais. »

 

 

Suite sur Le Monde via Wikistrike

 

 

 

2 commentaires