«Etes-vous prêts à tous devenir des intermittents du spectacle capitaliste ? »

L’édito de Charles Sannat, insolent, piquant et combien véridique.

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

Hier j’évoquais, lors de l’émission Ecorama, le chômage endémique dont nous souffrons et qui est lié en grande partie à l’implémentation des nouvelles technologies et à l’encaissement des gains de productivité par les entreprises à travers le non-remplacement des départs massifs à la retraite de la génération des Baby-boomers.

Ce n’est évidemment pas la seule cause de notre chômage de masse. L’arrivée des femmes sur le marché du travail (ce n’est pas une critique mais une simple constatation factuelle), l’accroissement de la population, les délocalisations liées à la mondialisation, sans oublier la compétitivité de notre pays sont autant de facteurs contributifs à notre taux de chômage élevé sans oublier enfin une croissance chaque année de plus en faible.

Le chômage de masse ne doit pas faire oublier la précarisation massive de nos emplois et des populations.
Les facteurs que nous avons énumérés un peu plus haut ont une conséquence directe. Ils pèsent sur le rapport de force « salarié/patron ». En clair le salarié est évidemment en position de faiblesse. Il n’y a plus de travail, celui qui a besoin de faire bouillir la marmite est donc prêt à accepter presque tout et n’importe quoi.

Nous assistons donc à une multiplication partout à travers le monde à des régressions sociales de très grande ampleur.

Aux USA c’est les 1 099, l’équivalent de nos auto-entrepreneurs, qui représentent plus de 35% des emplois désormais alors qu’au même moment plus de 96 millions d’américains ont été sortis des statistiques de la population active… Au Royaume-Uni c’est le paradis du contrat 0-heure. Vous avez un contrat de travail, mais pas de travail garanti. Le patron vous téléphone lorsqu’il a besoin de vous (mais vous n’êtes plus chômeur). Enfin en Allemagne c’est les mini-jobs à 1euro de l’heure ce qui est nettement moins que le salaire minimum à Pékin qui est de 2.9 dollars par heure…
En France ce n’est pas mieux et l’hypocrisie règne en maître sur le marché du travail hexagonal.

C’est dans ce contexte mondial qu’Amazon «innove » socialement parlant en inventant un nouveau mode de travail pour ses non-salariés mais livreurs quand même !

Amazon invente Flex, le travail à la demande

Voici ce qu’écrit le journal Le Monde à ce sujet en restant plus que modéré sur les effets sociaux prévisibles !
« Soyez votre propre chef : livrez quand vous voulez, autant que vous voulez ». Tel est le nouveau slogan d’Amazon pour lancer un nouveau type de contrat de travail : le livreur payé à la tâche.

Le distributeur sur Internet a annoncé, mardi 29 septembre, qu’il allait embaucher des employés intermittents pour livrer ses colis. Le nouveau service, baptisé Flex, consiste à proposer de devenir livreur sur des créneaux de deux, quatre ou huit heures, quitte à reprendre ses activités traditionnelles entre-temps.

Les conditions sont assez limitées : il faut avoir au moins 21 ans, l’âge de la majorité légale aux Etats-Unis, être détenteur d’un permis de conduire, disposer d’un véhicule et d’un smartphone équipé du système d’exploitation Android. Enfin, les candidats ne doivent pas avoir d’antécédents judiciaires. Le tout est payé entre 18 et 25 dollars de l’heure (22,26 euros). La contrepartie : l’employeur ne vous assure aucune couverture chômage ou maladie, tandis que l’assurance du véhicule et les frais d’essence restent à votre charge. »

Uber fonctionne typiquement sur ce genre de système, de même que toutes les grandes plateformes internet de mise en relation entre particuliers et qui promettent monts et merveilles. La réalité est nettement moins glorieuse puisque rares sont les gens à pouvoir vivre décemment en louant leur voiture, leur propre appartement, ou encore leur force de travail en étant rémunéré à la tâche.

Un retour au 19ème siècle !

Plus on vous parle de prôôôgrèès plus la réalité est régressive. Plus on vous parle de lutte contre le chômage plus il augmente, plus on vous explique qu’il faut favoriser l’éducation, plus nous abrutissons les masses avec des flopées de sottises, plus nous voulons exporter la démocratie, plus nous faisons la guerre…

Beaucoup de nos concitoyens font face à une précarité de plus en plus importante. Nous serons de plus en plus nombreux dans ce cas et la précarisation devient exponentielle.

Prochainement nous deviendrons tous des « intermittents du spectacle capitaliste » comme j’aime à le dire. Nous pouvons le déplorer, mais c’est ainsi, nous sommes les victimes d’un immense réajustement économique par le bas.

Moins de salaire, moins de protection, moins de tout.

Tout cela pour le plus grand et le plus immense profit des grandes multinationales que par nos achats nous maintenons en vie… nous nourrissons nous-mêmes nos bourreaux. La seule révolution possible passe par celle des comportements. Ne plus acheter c’est ne plus cautionner ce système d’hyper-consommation qui nous hyper-affaiblit et qui nous hyper-exploite… en attendant vous irez bien acheter le dernier i-truc à la mode… Pour que les multinationales s’effondrent il y a une action simple. N’achetons plus. La somme de nos actions définit notre destin commun.

Alors, en attendant, préparez-vous, il est déjà trop tard !

Charles SANNAT
Insolentiae signifie impertinence en latin
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« À vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes » (JFK)

« Ceci est un article ‘presslib’, c’est-à-dire libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Insolentiae.com est le site sur lequel Charles Sannat s’exprime quotidiennement et livre un décryptage impertinent et sans concession de l’actualité économique. Merci de visiter mon site. Vous pouvez vous abonner gratuitement à la lettre d’informations quotidienne sur www.insolentiae.com »

http://www.lemonde.fr/entreprises/article/2015/09/30/amazon-invente-flex-le-travail-a-la-demande_4777417_1656994.html#xtor=AL-32280539

29 commentaires

  • gnafron

    finalement, l’esclavage avait du bon: ça n’existe pas, de l’esclavage zéro heures ! http://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_yes.gif

    et le statut d’esclave, plus assuré que celui de fonctionnaire…

  • donarmando

    C’est vrai que c’est hallucinant. Le pire c’est que beaucoup de nos concitoyens approuvent en réagissant sur la peur qu’instillent en nous nos politiciens et le « grand patronat » (que je différencie du patronnat TPE et PME).

    Un des plus grands challenges que nous avons a relevé tous ensemble est de refaire prendre conscience de notre véritable pouvoir décisionnaire, collectif et individuel. Sans nous rien. Sans eux tout est possible.

  • Trollzilla Trollzilla

    Les esclaves de l’antiquité avaient un meilleur statut que le notre…
    On devenait esclave lorsque notre peuple avait été conquis pour rappel.

    À l’époque ils étaient nourris, logés, blanchis et leurs maîtres en prenaient soin contrairement à ce que l’on croit ; un peu comme une voiture aujourd’hui, reste les chauffards, ceux-là même qui ont créé la « délocalisation de la main d’oeuvre » et qui l’ont étendu à la société dite civile, je me maaarre …

    Vu leur nombre aujourd’hui, de cons s’entend, les maîtres jouent avec à la façon de gros connards immatures qui pour leur bon plaisir organisent des jeux du cirque à ciel ouvert et attisent la haine de la différence au point d’en être arrivé aujourd’hui à une ségrégation homme-femme dans les pseudo-sociétés prétendues « civilisées »…

    Bé moi je ne me rêve pas cheval, ceux là même que nos aïeux pansaient se levant à quatre heures du matin pour leur prodiguer soins et picotin et s’en servir sur le coup des huit neuf heures lorsqu’ils avaient digérés et étaient aptes à tirer le soc en les aidant dans leurs entreprises.

    Pour ça la bête était respecté, on l’aimait et on s’y attachait jusqu’à ce dernier jour où, la mort dans l’âme, ils l’amenaient à l’abattoir pour bon et loyaux services rendus, leurs carnes.

    Aujourd’hui vous et moi nous sommes tous des nègres que l’on abrutit de force dans des champs de cotons et les bestiaux portent un uniforme tandis que nos maîtres sont des autistes dont la couche déborde de merde au point quelle en ait collé à leur derche et salope tout partout où ils traînent.

    Tu parles d’un spectacle…

    Même en m’offrant les billets je ne m’y déplace plus, j’ai trop à faire pour créer ma réalité propre et m’extirper de ce monde de merde qui afflige l’Homme avant même sa naissance.

    Moutons, je vous salue alors que beaucoup vous salissent.

    • « leurs maîtres en prenaient soin contrairement à ce que l’on croit » –> preuves ?, sources ?

      • Trollzilla Trollzilla

        Alexandre le grand, l’esclave qui était le précepteur du fils de son maître et qui refusa l’affranchissement http://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_wink.gif
        Avec ces mots clefs tu vas faire des découvertes (Plutarque).
        Les gens avaient une valeur contrairement à aujourd’hui.
        Il est bon de différencier esclavage antique, celui de la traite négrière et notre système moderne.
        PS l’esclavage existe toujours, y a qu’à aller chez les Saoud et assimilés pour le voir…
        http://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_bye.gif

      • verisheep

        Pas besoin d’aller si loin que chez les saoud, en france combien travaillent comme des chiens pour pouvoir à peine se loger dans des piaules sordides et s’alimenter par une malbouffe qui les tue à petit feu?

      • soubiemyriam

        Ça me fait penser à une scène du dessein animé Astérix et le domaine des dieux…

      • Trollzilla Trollzilla

        Au bas maux 70% des actifs ?
        Y parait qu’il faut un improductif pour trois productifs en « management »…

    • engel

      Magnifique!
      « reste les chauffards, ceux-là même qui ont créé la « délocalisation de la main d’oeuvre » et qui l’ont étendu à la société dite civile,. » Houf Houf http://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_yahoo.gif http://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_good.gif

  • Blackice

    les gens s’en fichent de tout ça en fait non?.
    a partir du moment ou ils peuvent payer les traites de leurs maison, remplir le 4/4 d’essence, payer les études de leurs enfants etc etc tout va pour le mieux non? les autres?
    qu’ils se débrouille! pas mon problème!
    il n’y a pas plus individualiste qu’un Français. un Français? ¨non même pas!. c’est humain en fait.
    chacun sa merde. c’est un peu vite résumé je l’avoue. alors le grand soir, il est pas prêt d’arriver. c’est sur!
    un coup de chapeau malgré tout aux associations qui se battent, et qui prennent en charge ceux qui en ont besoin avec le peu de moyens qu’ils ont. comme la fondation de l’abbé Pierre, les restos du coeur, et tant d’autres encore.

    • Trollzilla Trollzilla

      ‘Lut,
      Y a une constante chez l’humain qui est la suivante malheureusement.

      L’individu sous contrainte se pense « heureux » tant que personne ne vient lui ouvrir les yeux sur sa condition, ça leurs est nécessaire pour vivre dans l’innommable, un peu à la façon de ce cher syndrome de Stockholm…
      Le hic c’est qu’en lui actant ses dysfonctionnements tu t’en attires les foudres car d’un coup d’un seul tu lui fais prendre conscience de sa réalité/illusion doit il s’emploie à nier la réalité objective quelques soient les enjeux.

      En lui ouvrant les yeux tu lui fais prendre conscience de son malheur et de sa condition et ça, ça c’est douloureux pour le benoit.
      Ce n’est pas de l’individualisme, c’est bien plus pervers que ça et ce n’est digne que des animaux.
      L’acceptation volontaire de cette condition s’apparente à mon sens à de la compromission, rien d’autre.
      Faut rester Humain.

      Reste à concentrer l’effort sur ceux qui en valent la peine, question de libre arbitre !
      Y en a Un qui comptera les siens…
      Amen.

  • rhubarbe

    Histoire de vous mettre le moral à ras le trottoir,un sondage vient de sortir qui place Macron en tête des politichiens les plus appréciés,avec 60% d’avis favorable….ce qui conforte l’avis de Blackie: »les gens s’en fichent »
    Mais malgré les grands banditismes de ce monde,il faut continuer notre bonhomme de chemin de décrottage

  • utoro

    « nous nourrissons nous-mêmes nos bourreaux » Bah oui mais apparemment certains n’ont pas compris cela :-)

  • soubiemyriam

    Ça fait un moment qu’on sait que le chômage est créé pour **entuber** les salariés.

    On va me sauter dessus mais je pensais que si un des deux dans un couple cessait de travailler, cela créerait une pénurie de main d’oeuvre et un rapport de force inversé.

    Ah l’utopie d’un monde solidaire. Je retourne dormir.

    • Nez

      Non, c’est totalement vrai. Mais vous ne pouvez plus aujourd’hui dire à l’un de ne pas travailler car la séparation et le divorce (de droit en envoyant une recommandée AR dans le cadre d’un PACS et après deux ans de séparation imposée par la justice dans le cadre du divorce)mettent celui qui ne travaille pas dans une condition de précarité qu’il est impensable de vivre …
      Les irlandais l’avaient compris … mais l’Union européenne leur a imposé le divorce en 1995 après 2 référendums
      http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMEve?codeEve=852
      Il faut casser toute cellule de solidarité stable (famille, municipalités, Etats, organisations professionnelles …) au profit d’une liberté illusoire … mais surtout d’une fragilité certaine !
      Donc vous avez raison, mais tant que chacun ne repensera pas le rapport à l’autre vous aurez tort … C’est d’ailleurs pour cela qu’un des points principaux d’attaque de l’église catholique est le divorce. Et le prochain synode sur la famille sera crucial tant du point de vue théologique qu’économique !

  • logic

    le chômage c’est aussi le moyen de dire non à des job de merde!!!! et donc d’être libre!
    tout dépend du point de vue ou l’on se place… tout est psychologie.
    quand le rideau de fer existait, tu ne connaissait pas le bonheur de l’ouest, et donc tu étais heureux! enfin… presque!

  • moi je suis prêt je suis pas un esclave du système qui réclame qu’on prenne soin de lui et qu’on le dorlote !