Grèce : quand les policiers en civil créent le chaos…

Des manifestations importantes ont eu lieu en Grèce le week-end dernier pour commémorer la mort d’Alexis Grigoropoulos, assassiné par un policier le 6 décembre 2008 alors qu’il avait 15 ans. Ces manifestations ont bien souvent dégénéré, on a assisté à des scènes de guérilla urbaine, jet de cocktails molotov, bris de vitrines. Le problème semble t-il, c’est que la police grecque semble s’être reconvertie dans la création d’émeutes et d’échauffourées de manière à pouvoir interpeller puis coffrer les contestataires et les opposants à la politique de casse sociale suivie par le gouvernement Samaras aux ordres de la Troïka. Les accusations de cet ordre envers la police ne sont pas nouvelles et beaucoup y voient une légende urbaine véhiculée par des « gauchistes » eux-mêmes coutumiers de tels débordements. Malheureusement les incidents survenus en Grèce semblent bien réels et ont été documentés par plusieurs journalistes : policiers cagoulés détruisant des vitrines ou des locaux syndicaux, CRS frappant des femmes ou des manifestants menottés, voici le quotidien des forces de l’ordre au service de la Troïka et de l’ordo libéralisme allemand…

Plusieurs vidéos intéressantes ont été filmées samedi dernier lors des émeutes importantes qui ont eu lieu dans plusieurs villes du pays après les manifestations en souvenir de la mort d’Alexis Grigoropoulos, assassiné par un policier le 6 décembre 2008 alors qu’il avait 15 ans.

Sur la vidéo suivante, filmée dans le quartier d’Exarchia à Athènes et postée sur YouTube par la radio Sto Kokkino, on peut voir clairement ce qui pourrait ressembler à « une bande de hoodies ou d’émeutiers violents » passant derrière une équipe de la police anti-émeute (qui, « surprise », ne réagit pas)

Comme le précise Kostas Kallergis sur son blog, on ne parle pas ici de rumeurs ou de théorie du complot, mais bien de faits concrets qui ont été observés lors de nombreuses manifestations ces dernières années :

Les manifestants grecs mentionnent souvent l’existence de policiers en civil et d’agents provocateurs infiltrés dans les manifestations en Grèce. J’avais l’habitude de croire que c’était une sorte de théorie du complot jusqu’à ce que je commence à assister à des manifs après 2009. Les médias internationaux ont été réticents à signaler cela (à quelques exceptions près) avec des correspondants ayant de la difficulté à croire que de telles pratiques totalitaires sont encore utilisées aujourd’hui dans un pays de l’UE.

Même constat pour Yiannis Baboulias, journaliste pour plusieurs médias anglophones, concernant les épisodes de samedi  :

This is not the usual « rumours » about provocateurs, we saw them clearly and this is confirmed by me and outlets like HuffPost Greece

Y. Baboulias précise par ailleurs sur twitter  :

Pour clarifier sur l’incident de la nuit dernière : j’ai vu un groupe de 50 personnes qui ressemblaient à un black bloc et des manifestants qui se dirigeaient vers Exarchia. Au début, je pensais que c’étaient des manifestant, et que l’escouade anti-émeute en face de moi allait charger. Mais j’ai entendu leur radio leur disant de faire marche arrière. Quand je les ai vus de près, ils avaient tous des écouteurs et plus tard ils ont été photographiés brisant et brûlant des choses autour d’Exarchia.

« La députée SYRIZA María Bólari a vu samedi 6 décembre, un policier incendier une benne à ordures au centre-ville d’Athènes et d’autres policiers insulter les “citoyens”, passants comme manifestants. Et à Thessalonique au même moment, des policiers brisaient les vitres du bâtiment de la Centrale ouvrière intersyndicale pour y projeter des grenades chimiques sur les manifestants qui s’y étaient enfermés. Même attitude à Athènes, lorsque les forces des MAT sont descendues dans la station du métro située sous la Place Omónia, dans une véritable chasse à l’homme inondant la station de leur gaz… si familier. » (Greek-Crisis)

Sur une autre vidéo, cette fois diffusée par la chaîne Mega, vraisemblablement lors de la manifestation dans la ville de Patras, dans le Péloponnèse, on peut voir deux policiers anti-émeute placer un cocktail molotov dans un sac à dos :

La encore, ces pratiques sont connues en Grèce : elles visent la plupart du temps à impliquer des manifestants en les arrêtant et en leur présentant un soit disant sac à dos qui leur appartiendrait et qui – bien sûr – contient pierres ou cocktails molotov.

Un photo-reporter m’a même raconté que lors d’une de ces manifestations, il s’est fait arrêté par un membre de la MAT (CRS) qui lui a demandé d’ouvrir son sac. Le policier était prêt à y mettre des pierres quand il s’est aperçu que le sac contenait des objectifs. Il l’a donc laissé partir, se disant sans doute que sa crédibilité serait en doute s’il revenait au poste avec un photo-reporter accusé d’avoir des pierres dans son sac à dos qui contient du … matériel photographique.

Mais samedi soir, encore, des CRS ont été observés en pleine séance de punching ball (à partir de la 24ème seconde, on voit bien l’homme menotté se faire frapper par le CRS) :

http://youtu.be/bRwg9E9ARPA

Mais aussi en pleine séance de drague à Thessalonique :

On protège aussi sa progéniture comme on peut :

Et puisque depuis quelques semaines, la police anti-émeute poursuit jusque dans les habitations ou les bâtiment publics, la défense s’organise, comme ici à Thessalonique :

Et comme les MAT avaient sans doute encore soif, ils ont a nouveau attaqué le kiosque d’Exarcheia, blessant @_GiaNt_ au passage avec une grenade assourdissante :

Alors dormons tranquille, la démocratie grecque de Samaras est toujours en pleine forme.

Source : Okeanews

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