Contrairement aux idées reçues, la France ne manque pas de logements

Une idée communément admise et quasiment jamais remise en question voudrait que la France souffre depuis plusieurs décennies d’une pénurie de logements. Cette pénurie serait à l’origine de la hausse des prix de l’immobilier et des difficultés d’un grand nombre de français à se loger convenablement. De ce constat découle toute la politique du logement en France, qui consiste principalement en des incitations fiscales aux investisseurs et aux propriétaires destinées à stimuler la construction et la location de nouveaux bien immobiliers. L’effort global de l’état dans ce secteur se montait à plus de 2% du PIB en 2012, soit plus de 42 milliards d’euros. Pourtant, lorsqu’on reporte le nombre de logements à la population, la France est l’un des pays d’Europe les mieux fournis en bien immobiliers… Cette politique a largement profité aux riches et aux investisseurs sans permettre de régler le véritable problème qui est celui de l’accessibilité du marché immobilier aux plus pauvres.

Il est souvent dit que la pénurie de logements en France orchestre la hausse des prix. Pas si sûr…

En France, la pénurie de logements serait responsable des prix élevés de l’immobilier résidentiel. Souvent mis en avant par des professionnels du logement, cet argument est-il crédible ? Certains comme l’économiste du Cepii Thomas Grjebine pensent que non. Sur son blog, il rappelle qu’en 2007 « parmi tous les pays d’Europe de l’Ouest, c’est en France que le stock de logements rapporté à la population était le plus élevé (513 logements pour 1000 habitants, contre 477 en Allemagne ou 409 en Belgique)« . Cette offre de logements comparativement abondante n’a pas empêché les prix de l’immobilier de plus que doubler dans l’hexagone au cours de la première décennie des années 2000, alors qu’en Allemagne, les prix stagnaient.

Depuis, la France a certes été rejoint en tête de ce classement européen du nombre de logements par habitant, mais à en croire les statistiques les plus récentes du CECODHAS Housing Europe, seuls le Portugal, la Finlande et l’Espagne arrivent à tenir la comparaison avec la France. Et au sens de l’Insee, elle comptait encore 515 logements pour 1.000 habitants au premier janvier 2014. La hausse des prix ne saurait donc s’expliquer uniquement par le manque de logements en France.

Il manque des logements… pour les plus pauvres

En revanche, comme le rappelle souvent la Fondation Abbé Pierre, il y avait en 2006 800.000 personnes « aux portes du logement« . « Ce chiffre est la somme des 100.000 personnes sans domicile, des 150.000 personnes hébergées dans le cadre de dispositifs collectifs, des 150.000 à 300.000 personnes contraintes à un hébergement chez des proches, et enfin des 300.000 personnes vivant dans des conditions atypiques« , explique Thomas Grjebine. Il manquerait donc bien des logements en France, mais à des prix abordables et de qualité décente, pour au moins 800.000 personnes.

Autrement dit, il manque des logements à destination des plus pauvres. Le gouvernement se trompe donc peut-être de combat en soutenant les investisseurs par le biais de dispositifs fiscaux plus avantageux. Du moins si l’on raisonne à long terme. D’autant qu’en parallèle, le nombre de logements vacants en France a augmenté de… 25% entre 2008 et 2014 ! à 2,64 millions d’unités selon les statistiques de l’Insee. De quoi choquer ceux qui sont sensibles aux chiffres du mal-logement.

L’Etat consacre beaucoup d’argent à sa politique du logement

Pourtant la France ne ménage pas ses efforts pour soutenir le logement. L’effort public en faveur de ce secteur représente en pourcentage 2,1 % du produit intérieur brut, « c’est-à-dire un pourcentage deux fois plus élevé que la moyenne dans la zone euro« , note Thomas Grjebine. L’utilisation des avantages conférés par l’Etat aux producteurs et aux consommateurs de services de logement, qui représentait 42 milliards d’euros en 2012, n’est donc pas satisfaisante. Malheureusement la situation semble figée. S’il n’est dans le contexte actuel pas question de toucher aux aides à la personne, qui sont essentiellement des prestations sociales liées au logement, une partie des aides à la pierre, et notamment les dispositifs fiscaux en faveur des investisseurs, pourraient être (re)questionnées.

Mais qu’on le veuille ou non, le secteur du bâtiment joue un rôle économique fort et peut à lui seul ramener des points de croissance à court et moyen terme, à un moment où le gouvernement en a cruellement besoin pour redevenir crédible auprès de l’opinion publique. « Avec le retournement du cycle immobilier actuel (les mises en chantier ont baissé de 18 % entre avril 2013 et avril 2014), diminuer les aides à la construction risquerait d’accentuer encore le marasme de ce secteur« , juge Thomas Grjebine. Ce que le gouvernement actuel  ne juge pas souhaitable.  Sous la contrainte du temps et de l’argent, il préfère donc ne pas prendre tous les risques nécessaires pour résoudre de manière structurelle la crise du logement qui sévit en France.

Source : La Tribune

11 commentaires

  • sceptique

    article pas trop mauvais, au moins sur les données brut apparemment, sauf qu’il ne répond pas à la question cruciale et politiquement incorrecte: pourquoi les prix sont-ils aussi élevés? Si on lit entre les lignes, on comprend: à cause des spéculateurs; cette hausse bullaire de l’immobilier est la cause de la récession en France car elle a d’une part dévoré une partie du pouvoir d’achat des français, d’autre part déclenché une forte inflation des prix à la consommation via la distribution traditionnelle via l’impact du doublement du coût des baux commerciaux sur les prix pour conserver les marges, cet impact ayant été en même temps compensé par des gels des salaires existants et une baisse des salaires à l’embauche: baisse des salaires + inflation des prix = effondrement de la demande et précarité. C’est cette absence notée par le journaliste de croissance des prix de l’immobilier en Allemagne qui explique la différence de coût de la vie et le fait que les allemands ont pu relativement supporter les baisses de salaires qui leur ont été demandées; les salaires n’ont de valeur que relativement au pouvoir d’achat local. L’autre question que je voudrais poser est pourquoi les banques allemandes ont massivement investi dans l’immobilier en Espagne (Grèce aussi peut-être…), Portugal, et pas en Allemagne où les prix étaient bas et les salaires beaucoup plus haut en moyenne: comment le marché de l’immobilier est-il régulé en Allemagne?

    • engel

      Simple, parce que le marché est au mains des soixante-huitards égocentriques.
      Et pour conserver le monopole et la cherté des prix, ils jouent sur tous les registres et ceci au détriment des générations suivantes.

    • C’est pas « a cause des spéculateurs » (explication gauchiste populaire en France, mais qui ne rends service à personne) que le prix monte, c’est à cause de l’Euro, de l’immigration, de l’état (qui empêche la bulle d’éclater), de la banque centrale (qui favorise la spéculation), des réglementations délirantes, de l’absence de croissance.
      Et peut-être d’autres facteurs que j’oublie la tout de suite.

      Pourquoi les banques ont investit ici ou la ? essentiellement : l’EURO.

      L’EURO l’EURO l’EURO : trop d’usines en Allemagne, trop de maisons en Espagne, trop de fonctionnaires en France.
      Merci qui ?
      L’EURO l’EURO l’EURO.

  • sceptique

    Ah oui, j’oubliais, par rapport à l’Allemagne, il y a ces chiffres publiés par O.Berruyer sur les crises.fr:
    http://www.les-crises.fr/evol-commerce-ext-allemand
    http://www.les-crises.fr/commerce-ext-allemand-2013

  • kalon kalon

    Alors que le cout des salaires n’a jamais été aussi bas, +/-15,00 euros/heure facturé par les sociétés extérieures, le prix de la construction n’a jamais été aussi haut !
    Hors, il faut savoir qu’il y a encore quelques années, la valeur de la mains d’œuvre dans le coût global d’une habitation était de +/- 60 % !
    Actuellement, en Belgique, il est possible de construire du « clé sur porte » pour +/- 1.000,00 euros/m² mais il est vendu, dans le meilleur des cas, à 2.500,00 euros/m².
    Certains appartements sont vendu jusqu’à 15.000,00 euros/m² pour ce qui n’est que de la copropriété !
    Mais ou va tout ce pognon ! http://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_unsure.gif

    • Lilith Lilith

      Le problème est multiple en Belgique, une des cause de la flambée des prix la présence des Institutions Internationales et Européen + beaucoup de multinational on leur siege a Bruxelles. puis il y a la pression immobilière en Hollande et en Allemagne pour les frontalier (j’en connais mème qui travaillent a Amsterdam et vienvent a Anvers. ensuite viennent les réfugiés fiscales Français ils sont très nombreux Uccle et Lasne sont devenu des annexe Française et ne parlons pas des villes frontalière de Tournai ect……………tous ce beau monde achêtent et louent à des prix bien souvent surévalué et ils touvent cela formidable car la qualité et les volumes sont très souvent a un prix inférieur a ce qu’il ont dans leurs pays.

      il y a également les acheteur de terre agricole et nos terrains boisés dans les Ardennes sont très prisé également.

      alors évidament comme en France ce n’est pas les logements qui manque c’est la population autochtone qui n’a plus les moyen de se loger de façon décente a un prix non – sur évaluer.

      il y a environ 10 ans le logement en belgique représentais environs 1/3 du salaire, maintenat c’est plus de la moitier voir 3/4 du salaire, et les politiques de s’étonner que la population se pauperisent d’année en année.

  • Bardamu

     » Il manquerait donc bien des logements en France, mais à des prix abordables et de qualité décente, pour au moins 800.000 personnes.  »

    —->

    Faux, ils existent !

    Le problème, c’est que si vous êtes un homme ou une femme sans enfant(s), célibataire et au chômage ou même en CDD temps partiel, vous avez très peu de chances d’obtenir un logement HLM !

    Il est là le problème : le logement dit  » social « , est occupé en grande partie par des gens qui n’en ont pas besoin !

  • Le veilleur

    Des logements il y en a, mais on peut comprendre que les propriétaire sont refroidis par des loyers impayés et logements vétustes qu’ils récupèrent après le départ des locataires et d’autant plus, que cela pénalise grandement les autres honnêtes gens qui veulent se loger.

    En dehors des logements sociaux le coup des loyers est exorbitant surtout à Paris et les grands villes de France. Les propriétaires veulent des garantis de paiement pour pallier à un éventuel loyer non payé, soi que l’on trouve un cautionnaire, soi que l’on est des revenus fixe et surtout, important. Mais tout le monde n’a pas un emploi et encore moins un cautionnaire pour les mois difficiles mais ces propriétaires devraient savoir qu’il a des gens qui travaillent et qui ne payent pas leur loyer.

    Ce loger est tout simplement devenu impossible pour toutes ces raisons. Je vis dans un village et ici les propriétaires ne demande pas tous des revenues fixes pour vous louer mais ils acquissent facilement à votre demande si vous avez la Caf car la Caf est une meilleure garantie pour eux à l’heure actuelle, même si elle ne couvre pas la totalité du loyer.

    Pour ma part jamais je n’irais vivre en ville, d’abord parce que je n’aime pas je préfère le contact avec la nature et puis parce que la vie y est trop chère, je ne comprends pas que les gens arrivent à s’agglutiner dans des appartements pour un soi disant meilleur avenir ou une meilleure situation, à respirer des tonnes de co2 par an et passer leur temps à stresser dans les embouteillages, non pour moi ce n’est pas ça la vie. Il y a d’autre moyen.

  • Valestia

    Le problème du logement s’intègre -avec maints autres- dans un problème, dans une problématique plus globale, sociétale, qui le dépasse. La relation que les états et les particuliers ont avec le patrimoine (financier et immobilier), et l’éthique ainsi que la légitimité de certains désirs sont évidemment des choses à questionner. A mon sens on ne devrait pas faire de business avec trois pôles: la santé, le logement, la bouffe. Parenthèse: toutes démesures consuméristes écartée bien sûr.
    A un moment donné, que les propriétaires aient peur que leurs loyers ne soient pas payés, j’ai envie de demander: c’est donc un moindre mal, -mauvais payeurs ou pas- que des gens ne puissent pas ou plus se loger à cause de mecs qui se gavent de rentes ou qui finiront par avoir un ou plusieurs revenus complémentaires sans rien branler même après X années? Un logement est fait pour être habité. Je ne conçois pas qu’on puisse seulement autoriser des gens à posséder plusieurs biens immobiliers dans le simple but de faire de l’investissement locatif. Pas plus que je n’entends ni ne cautionne la notion d’usure: un sou est un sou, il ne se reproduit pas tout seul et a un but bien précis à savoir servir de monnaie d’échange. Quand les gens comprendront que si on se met tous à ne plus payer ni nos impôts ni nos loyers ni nos banques, ils ne pourront rien faire sinon pleurer et abdiquer, on cessera peut-être de se toucher la nouille cent sept ans en se plaignant perpétuellement des nombreuses injustices. Qu’on aborde honnêtement la question de changement de paradigme économique et social. Est-ce normal de préférer la « liberté » d’investir à l’absence de responsabilité éthique, à la dignité humaine, au bien vivre ensemble?