J’ai épousé un crocodile, parce que c’est mon droit…

Parfois, les catholiques intégristes et les réactionnaires ont raison, il faut bien le reconnaître. Et statistiquement, il est normal et logique qu’il en soit ainsi. On ne peut pas tout le temps se tromper sur tout. Et il arrive même que le MEDEF dise parfois quelques vérités lui aussi, c’est rare, certes, mais cela s’est peut-être déjà produit par le passé, qui sait, et se reproduira peut-être dans l’avenir, en vertu, là aussi, des lois de la statistique qui veulent qu’on ne puisse pas se tromper tout le temps et sur tous les sujets. J’ai pris comme point de départ le catholicisme et le MEDEF car les deux sont fondés sur la croyance et le prosélytisme. La foi est ontologiquement hermétique à l’argumentation et à toute forme de démarche d’évaluation scientifique objective, et il en va de même de la doctrine économique du MEDEF appelée néo-libéralisme et en vertu de laquelle la « main invisible » du marché (qui est au patronat ce que l’immaculée conception est au catholicisme) régule naturellement l’activité économique  dans le meilleur des mondes et alloue les ressources de manière optimales et blablabla et blablabla…

Et ces billevesées continuent à être psalmodiées malgré 30 années de crise économique, malgré 30 années d’échec des ajustements structurels du FMI, malgré le gouffre économique dans lequel ont plongé les pays européens soumis à la sainte Troïka BCE-FMI-Commission européenne, et malgré l’Everest des dettes publiques et privées. Pourtant, de même que le fidèle ou le millénariste, l’économiste et le politique néo-libéral, refuseront encore et toujours l’évidence.

C’est que la foi, par définition, ne peut être erronée, que le père Noël ne peut décemment cesser d’exister sans que la vie se trouve irrémédiablement vidée de sa substance. Qu’importe donc 30 années d’échecs, les famines en Afrique, les miracles argentins ou espagnols transmués en catastrophes apocalyptiques, qu’importe le chômage structurel massif et la déflation : c’est que le dogme n’a pas été appliqué assez rigoureusement, c’est que les politiques ont pêché par faiblesse, c’est que la « main invisible » du marché n’a pas pu librement remplir son office, c’est la faute du grand Satan, du pêché originel qui nous ronge et nous condamne à la stagnation de la plus-value et à l’euthanasie des rentiers. C’est la faute de l’état, voilà le vilain mot lâché !

C’est l’état, par ses réglementations abusives et corrompues, qui entrave la sainte action émancipatrice de la « main invisible », c’est l’état, par la manipulation de la devise, qui empêche le grand apurement sacrificiel de l’économie, c’est l’état, par sa manipulation du marché du travail et ses entraves réglementaires, qui empêche le grand ajustement du prix du travail, c’est l’état enfin, par sa  conception étriquée et nationaliste du droit, qui entrave la libre circulation des capitaux, des services et des marchandises. L’état, comme l’antique léviathan, est responsable de tout le mal sur la terre et comme le grand Satan, c’est l’état qu’il faut démanteler, expurger, exorciser ! Voilà la profession de foi néolibérale.

Quel est le rapport avec le mariage, me direz-vous, et qui plus est avec les crocodiles ? Je vais y venir, mais auparavant il faut que je reconnaisse que malgré leurs croyances et leurs superstitions, les catholiques sont parfois dans le vrai, contrairement au MEDEF, et que j’ai pêché. Oui, j’ai pêché, car c’est blasphémer que de comparer la religion et le MEDEF. La religion a servit le développement de la civilisation alors que le MEDEF n’a jamais servit que  l’actionnaire… Et l’actionnaire est à la civilisation ce que Bernard Henri Levy est à la philosophie. L’actionnaire est un parasite, il se nourrit du corps productif auquel il soustrait la plus-value qu’il est par ailleurs incapable de produire par lui même. L’actionnaire suce le sang économique du monde aussi sûrement que Bernard Henri Levy a sucé la philosophie pour en faire une loque informe et sans vie, une sorte de zombie médiatique…

Vous allez me dire : je ne vois toujours pas le rapport avec le mariage et les crocodiles. Vous aurez raison, et voilà d’ailleurs le point où je voulais précisément en venir. Contrairement au MEDEF ou à Bernard Henri Levy, la religion a fondé notre civilisation (et croyez moi j’aime mieux ça que l’inverse !), que l’on soit athée ou non n’y change strictement rien, il s’agit d’un fait historique (et je suis sacrément athée…).

Saviez-vous, par exemple, que l’église avait longtemps interdit le profit et l’intérêt ? Elle ne s’y résolu officiellement qu’à la fin du moyen-âge devant les nécessités économiques et l’essor du commerce qui réclamait un développement de la finance. Cependant elle continua à prohiber l’usure, c’est à dire l’intérêt plus que nécessaire à « couvrir le risque ». La religion fournit surtout à l’humanité une morale, et c’est cette morale qui est aujourd’hui encore la source de nos lois. Tu ne tuera pas, tu ne voleras pas, ou encore « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse », sont des principes moraux qui ont fondé le droit actuel et le « vivre ensemble ». La morale traditionnelle était également faite de toute une série d’interdits et de codes de comportement régissant la vie en société comme la vie privée, notamment pour l’aspect sexuel, que l’on appelait couramment les « bonnes moeurs ». Les « bonnes moeurs » étaient pour l’essentiel la traduction populaire des interdits et de la morale religieuse et coutumière et elles ne nécessitaient pas l’usage du droit pour s’appliquer car elles étaient ancrées dans la vie et la pratique quotidienne. Elles trouvaient leur pendant au niveau des relations publiques dans les règles du « savoir vivre » qui régulaient les interactions sociales sans qu’il y ait besoin là aussi, la plupart du temps, d’avoir recours au droit et à la loi…

On peut appeler cet ensemble normatif la « morale ». La morale est nécessaire au vivre ensemble et à la régulation des rapports sociaux. L’alternative à la morale, lorsque celle-ci fléchit ou tend à disparaître, c’est le recours à la loi et au droit. Dans un premier temps on va formaliser et traduire la morale coutumière et les règles du « savoir-vivre » en un ensemble de droits et d’obligations, qui donnent lieu à une réglementation, typiquement, c’est le code de la route.

Plus notre morale régresse, plus notre savoir vivre diminue, plus on devra avoir recours à la loi et au droit, et ensuite  à la justice pour les faire appliquer et régler les litiges. Nous sommes typiquement et définitivement sortis de l’époque de la morale, héritée du christianisme donc, et nous sommes rentrés dans une époque judiciaire, dans le monde du MEDEF.

Vous allez me dire, quel est le rapport entre la morale et le MEDEF ? Et bien il n’y en a pas, justement. Aucun. Le MEDEF et l’idéologie néo-libérale du libre marché et de la « main invisible » sont précisément en dehors de la morale. La morale est plus précisément une entrave au libre-marché, l’actionnaire ne se nourrit en effet pas de morale, tout comme BHL, mais de profits. Or bien souvent, la morale est contraire au profit. Ce qui remplace la morale dans le monde du marché, c’est le droit et davantage encore le contrat de droit privé. Le contrat de droit privé entre les deux parties prenantes de la transaction (car dans le monde merveilleux du libre-marché tout est transaction) remplace avantageusement la morale et permet tout aussi bien de réguler les interactions. Et en cas de désaccord, il reste les tribunaux de commerce ou les tribunaux d’arbitrage.

Le libre marché n’a donc pas besoin de morale, pire, la morale constitue une limitation insupportable puisqu’elle lui interdit un certain nombre de transactions (par exemple sexuelles, ou concernant la drogue, ou encore la procréation…)

L’interdit est précisément la chose la plus insupportable pour le marché. Un interdit, quel qu’il soit, limite forcément les profits potentiels et réduit le champ des transactions. Tous les interdits et toutes les limites doivent donc être abolies, la morale doit être détruite, afin que tout le champ des possibles puisse faire l’objet de transactions commerciales. Idéalement, chaque épouse devrait par exemple pouvoir se changer en prostituée.

Une fois le processus enclenché, rien ne peut l’arrêter, le désir marchand est par définition infini et le processus d’accumulation capitaliste est condamné à l’expansion.

C’est pourquoi le système capitaliste marchand et sa phase d’expansion moderne néo-libérale est profondément régressif. Le système marchand a en effet besoin de consommateurs et non de citoyens. Et le modèle du consommateur nécessaire à ce système est celui d’un enfant. Un enfant aux désirs illimités et incapable d’accéder à l’âge de raison.  Car l’âge de raison est aussi celui de la limitation des désirs et de la responsabilité individuelle, celui de l’émergence de la conscience collective. L’individu nécessaire à l’expansion infinie du capitalisme est un enfant aux désirs illimités et qui reste éternellement subjugué par le fétichisme magique de la marchandise, tel que le met si bien en scène le mythe du père Noël.

La nature est par essence inégalitaire. Certains naissent grands, d’autres petits, certains seront rapides, doués dans certains sports, d’autres non, certains auront une intelligence supérieure… La nature est par essence injuste, car il s’agit uniquement d’une loterie génétique et à ce jeu là certains ont de la chance et d’autres non. Mais cette inégalité et cet arbitraire sont absolument nécessaires à la diversité et au brassage génétique. Car sans diversité génétique, comme c’est le cas  pour les plantes hybrides, la vie dégénère et meurt sans avoir été capable de se reproduire. L’arbitraire et l’inégalité sont donc la condition sine qua non de la diversité génétique et de la reproduction des êtres vivants. Ce faisant,  la loterie génétique nous impose des limites individuelles, des manques, des tares et ceci est devenu absolument insupportable à l’enfant-consommateur aux désirs illimités. Et voici pourquoi nous en arrivons aux crocodiles.

Le crocodile est un animal, il appartient au sous-embranchement des vertébrés et à la classe des reptiles. Il n’est pas fondamentalement différent de vous et moi si ce n’est par le fait qu’il ne possède pas l’usage du langage ni la préhension, qu’il n’appartient pas à la classe des mammifères et qu’il pond des oeufs, plus toute une série d’autres détails secondaires liés à son système biologique et à son régime alimentaire qui en font au final un être si différent de vous et moi qu’il nous est par exemple impossible de procréer. Et pourtant… Et pourtant, avec les yeux d’un consommateur-enfant d’aujourd’hui il se peut qu’il y ait ici quelque chose de profondément injuste et que le droit devrait donc se charger de corriger. Car après tout pourquoi pas ? Le droit autorise déjà les êtres humains à changer de sexe, alors pourquoi pas ? Au nom de l’égalité, le droit autorise aussi les êtres humains de même sexe à avoir recours à des méthodes de procréation médicalement assistées afin de procréer. Pourquoi donc me refuserait t-on le droit de me marier et d’avoir des enfants avec un crocodile ? Et surtout au nom de quoi ?

AU NOM DE QUOI ??

 

Le maire d’une ville mexicaine a eu un idée hallucinante qu’on pourrait même qualifier de complètement timbrée, indique Gentside.com. En effet, les habitants de la ville de San Pedro Huamelula ont pu célébrer le mariage de leur maire Joel Vasquez Rosas avec… un crocodile !

C’est impressionnant, et on se demande bien comment s’est déroulée la demande en mariage. Mais Joel Vasquez Rosas, maire de la ville mexicaine de San Pedro Huamelula, ne cache désormais plus ses sentiments pour cette jeune crocodile. L’homme le confesse, c’était son souhait le plus précieux : « C’était mon plus grand souhait que de marier la jeune princesse. »

La princesse – c’est en réalité le statut du jeune reptile. Ce crocodile femelle est en effet considéré comme une véritable princesse dans le village, on vous explique pourquoi. Vêtu de blanc pour l’occasion, ce crocodile femelle semble nager dans le bonheur dans les bras de son compagnon Joel Vasquez Rosas, le maire de la ville. C’est un grand jour pour nos deux tourtereaux qui scellent leur amour au milieu des habitants de San Pedro Huamelula, une véritable fierté pour le maire comme pour les habitants.

Le crocodile est respecté dans la ville. Selon une tradition locale, la lune de miel apporterait poissons et crevettes dans cette ville portuaire de la côte Pacifique. Fait encore plus impressionnant, c’est le conseil municipal de la ville qui a payé pour toutes les festivités liées au mariage : feux d’artifices, fête dansante… Le maire et sa nouvelle femme ont été gâtés, et les habitants semblent s’en accommoder ! En tout cas, ce mariage nous prouve qu’en amour, aucune frontière n’existe.

Source : la Voix de la Russie

 Guillaume Borel pour les moutons enragés

 

 

10 commentaires

  • gnafron

    après tout, si un crocodile vous trouve mignon à croq….http://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_heart.gif

  • Fenrir

    Je suppose qu’il n’a pas offert un sac à main à la mariée…

    Et plus sérieusement, ton développement concernant le catholicisme, et ses rapports avec le Medef, prêtent à réflexions…

    Et à des niveaux que tu n’avais pas dû envisager…

    Nonobstant le rapport à l’argent, l’usure, et les implications que cela à entrainé dans la spécialisation de non-catholiques dans le « commerce de l’argent », l’invention du libéralisme et son essor à partir du règne d’Elisabeth I, conjointement avec l’attribution et la gestion de monopoles, sont les directes conséquences du catholicisme, et de la Réforme.

    Et par là même, contribuent à la situation générale actuelle.

    Le Catholicisme n’ayant plus qu’un impact quasi-folklorique, c’est le capitalisme néo-libéral qui contrôle le système actuel.

    Les Kleptocrates associés aux Banksters sont aux Pouvoirs.

    Je le précise au pluriel, car de fait, « ils » contrôlent le législatif, l’exécutif, et le judiciaire.

    Mais vous avez la possibilité de choisir parmi eux et de voter…

    C’est cela qui vous est vendu comme étant la démocratie dans une république…

    Restez des électeurs…

    Au lieu d’être des Citoyens…

  • Thierry92 Thierry92

    Du moins pour lui la mariée le valait bien. En plus les frais de coiffeur ont été réduits. :lol:

    La mariée a pour elle d’etre non fumeuse en effet elle n’a pas les dents jaunies par le tabac.

    Reste aussi qu’elle n’est pas trop souriante non plus, timide peut être?

  • emmaloye

    Bonjour,
    je viens de découvrir votre site en cherchant sur le conspirationnisme, et sur ce que cela recouvre en réalité. merci de m’accepter parmi vous…
    Emma