Général Electric rachète Alstom avec l’argent imprimé par la FED

On s’en doutait mais c’est Philippe Béchade qui met les points sur les « i » ce matin dans La Chronique Agora. La FED a inondé le marché bancaire de plusieurs milliers de milliards de dollars (j’ai perdu le compte…) depuis le début des QE. Cet afflux de liquidités se retrouve aussi bien sur le marché actions, qui bat des records malgré l’absence de véritable reprise, que dans les comptes des entreprises qui ont vu leur capitalisation s’envoler. Les entreprises US sont ainsi assises sur un matelas de cash en provenance de la FED de près de 2000 milliards de dollars. De quoi s’offrir la totalité du CAC 40 avec de la monnaie de singe… Et les quiches économiques qui nous gouvernent nos élites politiques regardent tranquillement la France se faire dépouiller au nom du « libre échange ».

Avec l’offre de 10 milliards de dollars faite par General Electric sur Alstom, les analystes se focalisent sur le « trésor de guerre » de 2 000 milliards de dollars (cela fait plein de zéros !) des entreprises américaines. Il est douillettement cantonné hors des frontières de la mère-patrie… et surtout hors de portée des appétits du fisc américain — lequel taxe les profits à 35%, ce qui est tout à fait comparable à ce qui se pratique en France mais s’avère légèrement supérieur au taux appliqué par l’Allemagne.

Avec 2 000 milliards de dollars, les entreprises américaines peuvent s’offrir la totalité des valeurs du CAC 40 (1 200 milliards d’euros ou 1 600 milliards de dollars) plus les 80 autres composantes du 120 (paiement cash de rigueur…).

Bien sûr, on ne peut qu’être saisi de vertige devant une telle richesse des multinationales américaines alors que la croissance mondiale est loin de générer des montagnes de profits comme sur la période 2004/2007.

Difficile d’écarter l’hypothèse qu’une partie de l’argent de la Fed a effectivement été capté sous forme de réserves de liquidités — lesquelles ne sont que marginalement converties en investissements productifs… et beaucoup en rachats de leurs propres titres (450 milliards de dollars en 2013).

La vague de fusions et méga-fusions (l’offre de Pfizer dévoilée hier valorise AstraZeneca 100 milliards de dollars) tend à démontrer que la stratégie consiste bien à accroître le périmètre par croissance externe faute d’opportunités et de conjoncture porteuse pour doper la croissance organique.

Autrement dit, les fusions transnationales Publicis/Omnicom, Lafarge/Holcim, Peugeot/Dongfeng, Alstom/General Electric (peut-être Siemens récupérera-t-il au passage une activité délaissée par GE) ont une vocation « défensive ». Je peux même ajouter une motivation fiscale évidente puisque ces rachats vont s’accompagner d’un déplacement du siège social de France vers des cieux plus cléments (Suisse, Royaume-Uni, Luxembourg pour Arcelor…) en termes d’imposition sur les sociétés.

▪ Pourquoi de telles opérations ?
En ce qui concerne les moratoires sur les licenciements (General Electric s’engagerait à ne licencier personne), il ne faut pas être naïf et s’imaginer qu’aucun emploi ne sera perdu dans l’opération. Les entreprises américaines sont parfaitement rodées en matière « d’incitation au départ volontaire » (avec indemnités de départ généreuses pour échapper à la requalification de licenciement déguisé).

Ce genre de pratique peut apparaître coûteux — et c’est bien le cas. Cependant, les charges afférentes sont déductibles et les actionnaires plébiscitent les licenciements boursiers s’ils sont créateurs de valeur. Dans le cas d’Alstom, cela tombe sous le sens puisqu’il s’agit de restaurer la rentabilité des activités Energie dans les délais les plus brefs (via des économies d’échelles et des délocalisations de production).

Pourquoi en si peu de temps voit-on autant d’entreprises françaises passer sous pavillon « transnational » ?

La réponse est double.

D’abord parce que les « prédateurs » sont sommés de faire quelque chose de leur excès de liquidités. Un rapatriement vers le pays d’origine étant souvent trop coûteux fiscalement, il s’avère difficile de le redistribuer directement aux actionnaires, alors la solution de la croissance externe s’impose presque naturellement (et hop, envolés les bénéfices taxables)… Cela même si l’expérience nous enseigne que les méga-fusions sont rarement créatrices de valeur.

Ensuite parce que comme le souligne avec pertinence l’économiste Elie Cohen, la France n’a pas la culture des grands conglomérats technologiques comme les Allemands, les Coréens ou les Japonais.

▪ Du colbertisme à la schizophrénie
Nos financiers et stratèges — souvent sortis de l’ENA ou diplômés de Harvard — ont adopté le principe anglo-saxon des pure players (dont General Electric, United Techno, 3M ou Procter & Gamble sont pourtant des contre-exemples marquants).

Nos grands patrons et leurs banquiers/conseil ont procédé ces dernières décennies au démantèlement de nos plus grands groupes industriels

Nos grands patrons et leurs banquiers/conseil ont procédé ces dernières décennies au démantèlement de nos plus grands groupes industriels. Lorsqu’ils se sont avisés de succomber à des « visionnaires » comme Jean-Marie Messier — qui voulut faire de Vivendi un opérateur global (un conglomérat multinational de la communication) –, cela s’est effectivement très mal terminé.

 

 

Lire la suite sur La Chronique Agora

13 commentaires

  • yael

    http://www.leprogres.fr/actualite/2014/04/28/le-dessin

    Pour le coup ça sera plutôt cheese burger coca lollll

  • gentil bombus

    et savez vous qui qi gna derrière derrière général électric…..???????

    ben nom j’sais pas qui qui gna!!!!!

  • voltigeur voltigeur

    C’est bien ce que je disais dans mon post d’hier, avec cet oxymore « acheter gratuitement » avec des billets monopoly.
    Va savoir si notre « tas de ferraille » national n’est pas en danger avec ces rapaces…..♥♥

    • Ender Ender

      Oui, c’est scandaleux, et cela au nom du « libre échange » alors qu’on ne joue pas avec les mêmes règles (on ne peut pas imprimer d’euros nous…). Cela dit le rachat par Siemens serait également scandaleux, mais allons-y, vendons ce qui nous reste d’industrie à l’Allemagne, elle n’est pas déjà en situation de monopole industriel en Europe, il n’y a qu’à regarder la balance des comptes courants…

      • voltigeur voltigeur

        Même si les USA battent leur monnaie, il en ont tellement
        émis qu’elle ne vaut plus rien leur monnaie, elle a quoi pour
        la soutenir? Rien, du vent (comme toutes les autres d’ailleurs), reste plus
        que la confiance, les circonvolutions financières, et plus de
        200 théâtres d’opérations guerrière sous couvert d’humanitaire, pour maintenir
        l’illusion. De sacrés marionnettistes ces gugus, sauf que les marionnettes c’est nous.
        Ce dollar que tous emploient, pour payer les marchandises importées (puisque
        décrétée monnaie du commerce de référence), est une fumisterie sans nom.
        Et avec notre €uro trop fort, on ne fait pas le poids.
        Je dis peut être des bêtises, mais c’est ce que ça m’inspire de négatif, tout cet
        argent sorti magiquement, du chapeau de la FED à la demande… ♥♥

      • Maverick Maverick

        C’est surtout que Siemens nous fourguerait son ICE, contre la branche « énergie » d’Alstom … charge à nous de licencier les ouvriers allemands et de liquider ce projet concurrent du TGV. Tout bénef pour qui ?

      • Thierry92 Thierry92

        Le coup de Siemens est une grosse esbrouffe.
        Il interviennent sur commande pour faire croire que cela se fait au débotté, comme si on achetait une entreprise pareille au marché le Dimanche matin avec ses légumes et le poulet du midi; alors qu’ils ont commencer a dégraisser au niveau du personnel a la fin de l’année dernière pour préparer le terrain, que cela ne fasse pas trop tache.
        Cela sera vendu aux us pendant un pont du mois de mai quand les gens ne seront pas la et surtout que les syndicats fermeront leurs gueule suite au petites subventions qui leur seront versées en douce.

  • kalon kalon

    Acheter à n’importe quel prix est un moyen pour les riches de se protéger contre une futur inflation qui sera dramatique pour les autres.
    Ce ne sera même pas une inflation démesurée mais bien la dévalorisation totale des monnaies supposés fortes alors que ces monnaies ne valent plus rien actuellement.
    Ainsi, dire qu’Alsthom vaut 10, 20 ou 100 milliards ne veut rien dire car ces milliards n’ont que la valeur que les possédants leur donnent !
    Et cette valeur est actuellement NULLE !
    De fait, la vraie valeur d’Alsthom ne peut être qu’Alsthom, elle même, c’est à dire une valeur industrielle et non monétaire !

  • kalon kalon

    Pour être plus simple:
    Doit’on considérer que le jour ou le dollars ne vaudra plus rien, Alsthom, également, ne vaudra plus rien ?
    Bien sur que non !

  • kalon kalon

    Ainsi, les fusion-acquisitions et achats massifs constatés actuellement ne seraient que la liquidation des « valeurs » monétaires avant leur effondrement total !

    Une industrie de pointe vaut mieux comme placement qu’acheter de l’or car une industrie produit de la valeur alors que l’or n’en produit pas

    Ceci expliquerait la création massive de « faux dollars » par la « réserve fédérale américaine » qui n’a plus de réserve que le nom !

    Cela permet aux grands groupes financiers américains d’acquérir des vraies valeurs en échange de fausse monnaie !
    Et la Chine fait de même.

  • kalon kalon

    Ce qui permet également de comprendre que la politique monétaire de la BCE est faite dans le sens de dépouiller totalement les Européens de leurs valeurs industrielles !

  • laspirateur

    Pour mieux couler l’Europe, le rachat par l’escroquerie de la FED est un bon moyen. Si les USA s’emparent des grosses Industries avec leur papier cul, on aura plus qu’à se torcher mais faudra-t-il avoir de quoi chier!