Fukushima : seuls 62 radionucléides sur une centaine seront traités par ALPS

La nouvelle usine de décontamination ALPS qui sera testée d’avril à octobre 2013 au niveau des quelques 300.000 tonnes d’eau contaminée stockée à Fukushima-Daiichi ne traitera que 62 radionucléides sur les 101 qui étaient initialement confinés dans les combustibles des 3 réacteurs éventrés. Attendu qu’il est très probable que l’objectif final de Tepco soit de rejeter en mer ces effluents une fois “décontaminés”, cette probable ultime manœuvre de l’opérateur avant d’ouvrir en grand les vannes de décharge présente-t-elle des garanties suffisantes ?

La longue liste des noyaux légers et moins légers “oubliés” par ALPS

Plus les radionucléides sont “légers” (leur masse atomique tend vers l’unité), plus leur décontamination est délicate du fait qu’ils diffusent plus facilement pour se réfugier par exemple dans les moindres cachettes au niveau moléculaire. Ces éléments (comme le Tritium) tendent également à “fuir” dès la moindre fissure dans les enveloppes censées les confiner.

Certains produits d’activation ou de fission et les résidus d’exploitation rentrent pourtant dans la longue liste des radionucléides non traités par ALPS ; nous pouvons citer entre autres, des noyaux les plus légers aux plus lourds et en occultant volontairement les gaz rares 1 :

– Le Tritium (H3) que nous avons longuement évoqué dans le billet d’hier et qui est produit par fission ternaire de l’acide Borique (Bore-10), un élément abondamment utilisé comme absorbant neutronique, et des Lithium-6 et 7 par capture neutronique ; les réacteurs en contenaient initialement environ 1PBq dont une grande partie s’est retrouvée piégée dans l’eau

– Le Carbone-14, produit à partir de l’activation de l’Oxygène-17 contenu dans l’eau du circuit primaire ; à Fukushima leur inventaire initial est estimé à environ 2 GBq (AIPRI)

Ces deux radionucléides seraient – en activité – ceux qui s’avèrent les plus dispersés dans la biosphère par l’industrie électronucléaire, notamment au niveau des installations électrogènes à eau lourde (réacteurs CANDU) mais également au niveau des REP français.

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(1) Les principaux rejets liquides au niveau des REP français (SFEN)

– Une partie de la série des produits d’activation, principalement le Fer-55 (4 PBq) mais également les Chlore-36 (0.16 GBq), Nickel-59 (8 GBq)…

– Au sein de l’imposante famille des produits de fission, nous ne retrouvons pas dans le tableau “des 62” les résidus du Zirconium utilisé dans les alliages des gainages de combustible : Zr-93 (200 PBq), un radionucléide qui est d’ailleurs ciblé dans un rapport du Sénat de 1997 et Zr-95 (900 PBq) qui est à la fois un produit de fission mais également un produit d’activation du Zr-94

Une eau vraiment apte à être rejetée telle quelle dans l’océan Pacifique ?

Il semble inconcevable qu’une eau aussi chargée en radionucléides puisse finalement être relâchée telle quelle dans l’océan, une probabilité que les déclarations récentes de Tepco laissent pourtant clairement entrevoir. Evidemment, si nous considérons les rejets “contrôlés” de notre fierté nationale (l’usine de retraitement de La Hague), nous n’avons aucune leçon à donner aux Japonais dans ce domaine.

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(2) Les rejets liquides de La Hague en 2012 : dormez en paix, braves gens : AREVA n’a relâché
en 2012 que 63% des quantités astronomiques de Tritium qu’il était autorisé à disséminer !

Rappelons une nouvelle fois que l’organisation WNO 2 estimait que les effluents non détritiés de Fukushima-Daiichi devraient théoriquement interdire tout rejet “contrôlé” dans l’océan Pacifique et a fortiori (1000 fois plus) signer la fin des pratiques récurrentes de nos très inoffensives installations nationales de retraitement de combustible irradié.


(3) WNO estime que l’eau en sortie d’ALPS ne devrait “théoriquement’” pas terminer dans la mer (WNO)


Sources :

Overview of the Multi-nuclide Removal Equipment ALPS – Tepco, 29313

Inventaire provisoire des produits de fission et d’activation des cœurs 1, 2 & 3 de Fukushima AIPRI, 6511

Inventaire radiologique et toxicologique des 257 tonnes de corium de Fukushima après 13 mois de décroissance – AIPRI, 13412

Radioactive Inventory at the Fukushima NPP – Pretzch et al., 2011

Synthèse CNPE Cattenom – CRIIRAD, 2003

Le butoir du Césium – Sénat français

Concentration anormale en tritium relevée dans la mer à proximité de La Hague – Le Monde, 28313


(18)

  1. Les gaz rares ou inertes ne nous semblant à priori pas concernés du fait de leur comportement hétérogène dans l’eau mais ce dernier point est à vérifier
  2. World Nuclear Association, Association pour un monde nucléaire (sic!)

Source: Gen4.fr

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