La malédiction du village de Wewelsfleth

Il ne s’agit pas ici d’une malédiction hollywoodienne comme celle de Tout-en-carton, célèbre ancêtre royal de Nagui ou Dalida, mais plutôt d’un problème de santé généralisé dans un petit village allemand, un petit village de 1500 habitants dans lequel le nombre de cas de cancers est nettement supérieur au reste de l’Allemagne. Officiellement,aucune explication, officieusement, on peut penser que les 3 centrales nucléaires qui entourent le-dit village ne sont peut être pas vraiment innocentes… Dormez tranquilles braves gens, nous ne risquons rien avec le nucléaire…

Dessin de Vlahovic, Serbie.

© Droits réservés Dessin de Vlahovic, Serbie.

Dans un coin du nord de l’Allemagne, au bord de l’Elbe, les cas de cancer sont beaucoup plus fréquents qu’ailleurs dans la région. Comme les villageois, Der Spiegel cherche à comprendre ce mystère.

Il ne s’accordera pas un moment de repos, déclare Ingo Karstens. Il essaie d’avoir l’air combatif mais paraît plutôt désemparé. Il a l’impression d’être “Don Quichotte”, confie-t-il, les épaules légèrement voûtées. Il craint, dirait-on, que ce combat soit vain.

Face à lui, sur la table, est étalée une carte du Wilstermarsch, cette région plate et aride située au nord de l’Elbe. On y voit plusieurs communes, parmi lesquelles Wewelsfleth, dont Karstens est maire. La carte est couverte de zones de couleurs différentes, du gris foncé au rouge foncé. Gris foncé indique que tout va bien, rouge, que quelque chose ne va pas. Il y a une grosse zone rouge orangé à l’est, c’est Wewelsfleth.

Cette carte représente les cas de cancer. On recense à Wewelsfleth près de 50 % de cancers de plus que dans les autres communes du Schleswig-Holstein [Land du nord de l’Allemagne]. On y a signalé 142 nouveaux cas entre 1998 et 2008. La moyenne du Land est de 95. C’est un écart que les statisticiens qualifient de “significatif. »

Wewelsfleth est un village de 1 500 habitants. Il possède un supermarché, une fanfare et une Maison Alfred-Döblin relativement connue parce que l’écrivain Günter Grass y a vécu et habité pendant des années. Karstens vient d’une commune voisine. Il vit au village depuis 1967 et en est maire depuis quatorze ans. Sa femme est morte d’un cancer du poumon il y a dix ans. Elle n’avait que 61 ans et comme Karstens connaissait d’autres personnes de Wewelsfleth qui sont mortes prématurément du cancer, il s’est adressé au gouvernement du Land pour savoir si la mort de sa femme était due à une cause particulière. La mort est probablement plus facile à supporter quand on sait de quoi on meurt.

Il y a trois centrales nucléaires dans les environs immédiats du village. La première se trouve à Brokdorf, à 4 kilomètres à l’ouest ; c’est en général de là que vient le vent. La deuxième est à Brunsbüttel, à quelques kilomètres plus loin en aval. La troisième se trouve à Stade, sur l’autre rive de l’Elbe. On pourrait se dire qu’avec trois centrales nucléaires la réponse à la question du pourquoi est claire, mais non.

Une étude réalisée par l’université de Lübeck a cherché des caractères marquants dans la répartition entre les classes d’âges, les sexes, partout. Elle a recensé à Wewelsfleth des cancers de l’œsophage, de l’estomac, du poumon et quelques autres et évoqué plusieurs causes possibles : la centrale de Brokdorf, les chantiers navals de Wewelsfleth, qui ont pu jadis vaporiser des laques dangereuses, l’amiante, l’agriculture avec son amour des pesticides. Ou alors est-ce que les gens de Wewelsfleth ne fumeraient pas plus que les autres ? Bref, l’étude n’a apporté aucun éclaircissement, aucune cause probable, rien.

Il est possible que les gens de Wewelsfleth aillent plus souvent que les autres se faire dépister, par peur du cancer. C’est ce qu’on appelle l’effet “screening”. La recherche de la certitude provoque alors une nouvelle incertitude.

Karstens sort sur le balcon. Devant la fenêtre de son bureau, de vertes prairies, et, au loin, le toit arrondi de la centrale nucléaire de Brokdorf. Rien n’indique manifestement que celle-ci est responsable de ces cancers, mais qu’est-ce qui prouve qu’elle ne l’est pas ?

Le gouvernement fédéral a décidé, après la catastrophe de Fukushima, de sortir de l’énergie nucléaire parce qu’il ne pouvait pas garantir que cette énergie soit sans danger. Les centrales de Brunsbüttel et de Stade ont été fermées depuis, mais devrait-on éteindre plus rapidement Brokdorf ? De combien d’incertitude un responsable politique peut-il être responsable ? Combien d’incertidude peut-on supporter ?

Karstens connaît une histoire de cancer dans chacun des foyers de sa rue. Le “pourquoi moi ?” de chaque cancéreux est devenu “pourquoi nous ?” La maladie ne semble plus être un coup du destin mais une malédiction. Bien entendu, les gens de Wewelsfleth pourraient eux aussi s’en tirer, mais ils devraient savoir par quel moyen. Bien entendu, on pourrait tout arrêter par précaution : l’énergie nucléaire, le tabac, l’alcool, les chantiers navals.

Il y a quelques jours, ils sont allés à Kiel, la capitale du Land, pour remettre une pétition. Reçus au ministère de la Santé, ils ont été accueillis avec gêne, puis ce fut le silence, raconte Karstens.

Que peut-on dire de plus ? Les habitants voudraient encore une étude mais les experts affirment que 142 cas de cancer, c’est trop peu pour donner des résultats concluants. Les gens de Wewelsfleth doivent donc se faire à l’idée que cette accumulation peut être due au hasard, que cette maladie n’a aucun sens, aucune justice.

Karstens avait décidé de rester à Wewelsfleth après la mort de sa femme. Quand on vit quelque part, on ne s’en va pas comme ça. Quelques années plus tard, il a fait la connaissance d’une autre femme. On lui a aussi diagnostiqué un cancer en décembre 2009, à l’hôpital. La maladie était tellement avancée qu’on ne l’a pas laissée rentrer chez elle.

Source: courrierinternational.com via operationteafortwo.com

6 commentaires

  • pokefric pokefric

    Bonsoir , un petit hors sujet fort intéressant:
    Anonymous dévoile les négociations sur l’octroi à Damas de l’aide iranienne

    Les hackers du groupe Anonymous ont annoncé d’avoir intercepté les documents sur l’octroi par l’Iran d’une aide financière à la Syrie de plus d’un milliard de dollars, écrit le Figaro.

    Les hackers ont expliqué qu’ils avaient réussi à pirater les courriels de 78 proches collaborateurs du président syrien. Les documents envoyés en décembre dernier précisaient quelle aide Téhéran pouvait accorder à Damas.

    Lors des négociations secrètes avec les Syriens la délégation iranienne a consenti non seulement d’accorder une aide financière, mais aussi de contribuer à faire face aux sanctions introduites contre Damas par certains pays. Ainsi Ténéran a proposé d’acheter le brut syrien pour le revendre à des pays tiers, d’utiliser les aéroports iraniens pour exporter les marchandises syriennes et de partager avec la Syrie le savoir-faire pour contourner les sanctions financières internationales.
    Cela confirme tout le bien que je pensais d’eux……
    Âpres avoir soi-disant hackés le site de la CIA,on voit de quel côté ils sont à présent……Anomymossad
    Ah c’est beau de rêver…

    • observateur

      j’en étais arrivé à la meme conclusion,quand anonymous voulais pirater des comptes Syriens,ce qui ne collait pas vraiment avec leur idée de défendre le droit en général,ce qui nous améne à etre encore plus vigilant concernant les intox

      • homme des bois

        ouais enfin les anonymous c’est tout ceux qui se disent anonymous.. donc y’a les impérialiste, les idiots utiles, les désinformateurs, et les gentils… Mais bon ça me déplais pas qu’ils mettent un peu de bordel, mais j’aimerais bien qu’ils ciblent notre camp. (est ce de la folie???)

      • homme des bois

        sinon il est marrant cet article sur les centrales… les gens sont pas surs que c’est le nucleaire qui les tue??? ^^ orhhh bon bah si ils sont tellement aveuglés que ça par la propagande, c’est leur problème… moi je sais ce que je ferais à leur place. (mais c’est sur que vendre sa maison quand on habite dans ce village maudit ça doit pas être de la tarte. pas de chance, mais des coins comme ça y’en a pleins. tien pas loin de chez moi ya le CNRS, avec centrale, cuve en plein air et tout et tout… bien crade. plus distributition gratuite de pastille d’iode aux habitants… est ce qu’ils se posent des questions?? (mais pourquoi la mairie veux que je prenne ces petites pilules???) ARH
         
        j’ai connu un mec qui travaillait dans cette centrale (comme ingénieur, celui qui vérifie que ça explose pas).. il était marrant et assez flippant. drogué du matin au soir, il se fabriquait lui même ses substances comme un bon chimiste fou ^^… et il racontait que : oui, on balance les futs radioactifs dans une piscine en plein air, et quand il pleut trop bah ça déborde… mais c’est normal.. bien sur ça fuit de partout, mais on a pas encore trouvé comment empêcher ça… (depuis il est a l’asile psychiatrique, trop de pilules)
         
        C’est beau le fleuron de la technologie française cocorico!!!

      • homme des bois

        ah oui il est aussi interdit de se baigner et de pécher dans l’étang a un Km de la centrale, pour cause de « pollution » ^^ bien sur ça va de sois, mais je dis ça pour les gens qui pensent que le nucléaire c’est pas dangereux (si il y en a encore)

  • pokefric pokefric

    USA: séisme de magnitude 5,6 dans le nord de la Californie

    LOS ANGELES – Un séisme de magnitude 5,6 a été enregistré lundi dans le nord de la Californie, dans une région habituée aux secousses sismiques, a annoncé l’institut géologique des Etats-Unis (USGS).

    L’épicentre du séisme était situé à 10 km de Weitchpec, une petite ville située aux portes de la Forêt Nationale de Six Rivers, non loin de la frontière avec l’Etat de l’Oregon.

    Un officier du bureau du shérif du comté de Humboldt a déclaré à l’AFP avoir senti les secousses depuis son bureau de la ville côtière d’Eureka (à 50 km de l’épicentre), les qualifiant de modérées.

    L’officier, qui n’a pas souhaité être identifié, a précisé qu’il n’y avait ni dégâts, ni blessés, ni alerte au tsunami sur l’ensemble du comté de Humboldt, où était situé l’épicentre du séisme.

    Pour mesurer la puissance d’un séisme, l’USGS utilise la magnitude de moment (Mw). Sur cette échelle ouverte, un séisme atteignant une magnitude d’au moins 6 est considéré comme fort.

    Le Nord de la Californie est régulièrement secoué par des séismes. En janvier 2010, la région avait enregristré un séisme de magnitude 6,5, qui avait provoqué des dégâts mineurs mais n’avait fait aucun blessé.

    L’importante activité sismique de la Californie est due à la faille de San Andreas, qui traverse l’Etat le plus peuplé des Etats-Unis sur un axe nord-sud.

    Les sismologues estiment à 99% la probabilité d’un séisme dévastateur en Californie dans les 30 prochaines années. Selon les estimations, un tremblement de terre d’une magnitude de 7,8 pourrait tuer 1.800 personnes, en blesser 50.000 et endommager 300.000 édifices.

    En 1994, un séisme de magnitude 6,7 à Los Angeles avait fait 60 morts et des dégâts chiffrés à 10 milliards de dollars. Cinq ans plus tôt, 67 personnes étaient mortes à San Francisco dans un tremblement de terre de magnitude 6,9.
    http://www.romandie.com/news/n/_USA_seisme_de_magnitude_56_dans_le_nord_de_la_Californie130220122302.asp