Englués dans le marasme économique, les Islandais balancent des œufs à leurs dirigeants

Le silence médiatique continue au niveau de l’Islande, c’est vrai qu’on en entend peu parler, mais n’ont-ils pas par référendum laissé mourir les banques privées plutôt que de les sauver? Et ils ont eu raison, mais la crise n’est pas terminée pour eux non plus, bien au contraire. Le petit plus outre le fait qu’ils aient jetés des oeufs sur les politiques locaux? Le fait que la femme du président islandais ait rejoint les manifestants, tout un symbole!

Exaspérés par la lenteur de la reprise économique, les Islandais ont accueilli, samedi à Reykjavik, les membres du Parlement en leur jetant des œufs à la figure, alors que ces derniers s’apprêtaient à ouvrir leur nouvelle session parlementaire. Un mouvement de colère auquel s’est joint… la femme du président, Dorrit Moussaieff. Notre Observateur a filmé la scène.
Plus de 1 000 manifestants se sont rassemblés devant une église en attendant la fin de l’office religieux qui précédait l’ouverture de la nouvelle session parlementaire. Un groupe non négligeable, rapporté aux 320 000 personnes qui habitent sur une île où, avant la crise financière de 2008, l’économie prospérait. Les organisateurs de la manifestation ont présenté au gouvernement une pétition signée par 34 000 personnes pour demander d’une part, l’allègement des dettes pour les ménages et, d’autre part, moins d’indulgence envers le secteur bancaire, d’où est partie la crise.
Équipés de casseroles et de poêles, les manifestants ont tenté de faire un maximum de bruit. Certains sont allés jusqu’à jeter des œufs aux politiques. Un parlementaire, légèrement blessé, a dû se faire aider par ses collègues pour se mettre à l’abri.

À 1 min. 40, les manifestants jettent des oeufs sur les parlementaires. À 2min., la femme du président rejoint les manifestants. Vidéo publiée sur le blog Halldor Sigurdsson

Contributeurs

« Beaucoup de ceux qui ont fait des emprunts juste avant la crise finissent par les rembourser plusieurs fois »

Halldor Sigurdsson, 46 ans, travaille dans l’industrie de recyclage du métal à Reykjavik, la capitale islandaise.
Je filme les manifestations depuis le début de la crise. Je considère que la presse islandaise ne les couvre pas assez et je veux que le monde puisse voir ces images.
Des milliers de manifestants étaient présents dont une grande majorité de pacifistes. Seulement une poignée d’entre eux a jeté des œufs sur les politiques mais ils ont rapidement été bloqués par d’autres manifestants. L’Islande est un petit pays qui compte 320 000 personnes, nous sommes tous liés à untel ou untel, donc nous essayons de rester civiques.
Comme on peut le voir sur la vidéo, la femme du président a forcé la protection policière pour rejoindre les manifestants [son mari, Olafur Ragnar Grimsson, n’est pas à la tête de l’exécutif. Ce rôle est réservé au Premier ministre]. Certains considèrent que c’était une vaste fumisterie destinée à lui faire de la publicité, je pense pour ma part que c’était très positif de voir qu’elle souhaitait parler aux manifestants et montrer que la classe dirigeante n’était pas perchée dans sa tour d’ivoire à mépriser la population.
Les Islandais n’ont plus confiance dans le gouvernement. Les parlementaires aident les banquiers, qui ont réussi à maintenir des salaires mirobolants. Personne n’a été condamné à une peine de prison. L’enquêteur spécial en charge des crimes financiers est considéré comme un rigolo.
Et pendant ce temps-là, on paie pour les erreurs des banques et des politiques. Encore aujourd’hui, beaucoup d’Islandais sont en train de perdre leurs maisons parce qu’ils ne peuvent rembourser leurs crédits. Pourtant certaines compagnies, ainsi que certains membres du gouvernement ont vu leurs dettes rayées.
« On voit aussi se profiler quelques progrès »
En Islande, quand l’inflation grimpe, les taux de remboursement des crédits grimpent d’autant. Les habitants ont l’impression de ne pas voir le bout de cette crise. Beaucoup de ceux qui ont fait des emprunts avant 2008 finissent par les rembourser plusieurs fois. Une des demandes des manifestants est de faire en sorte que leurs crédits ne soient plus indexés sur l’inflation.
Nous devons par ailleurs faire face aux hausses d’impôts. Le gouvernement taxe lourdement tout ce qu’il peut – essence, alcool, cigarette [d’autres hausses ont touché l’impôt sur le revenu et la TVA.] Et beaucoup de monde a dû quitter le pays pour fuir le chômage [le taux de chômage est aujourd’hui de 6,8% contre 2,8% en 2008, avant la crise].
Mais tout n’est pas dramatique. On voit aussi se profiler quelques progrès. Le gouvernement a signé de nouveaux accords d’imposition concernant les compagnies étrangères afin de favoriser leur implantation en Islande. De nouveaux emplois ont été créés dans le secteur de la haute technologie et de l’aluminium. Mais il va falloir du temps et de la patience pour revenir à la normale. »

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