La vente directe de fruits et légume est illégale…

Enfin, illégale, surtout si elle fait perdre de l’argent aux grandes surfaces! Plus facile de s’attaquer à des agriculteurs qui tentent de sauver leur condition de vie et d’avoir un salaire décent plutôt qu’à des supermarchés qui vont vendre la même chose en bien plus cher!

 L'installation, sur un terrain agricole à deux pas du rond-point de la route de Villeneuve, ne serait pas conforme à la réglementation en matière commerciale et d'urbanisme.  photo nicolas le lièvre

L’installation, sur un terrain agricole à deux pas du rond-point de la route de Villeneuve, ne serait pas conforme à la réglementation en matière commerciale et d’urbanisme.

Depuis le 1er mai 2009, des agriculteurs lot-et-garonnais se sont installés à proximité du rond-point de la route de Villeneuve-de-Marsan, sur la commune de Mazerolles. Dans un local sommairement aménagé, ils pratiquent une vente directe du producteur au consommateur sur un terrain loué à un paysan.

« C’est le seul moyen que nous avons trouvé pour nous en sortir », explique Éric Forestier, dont la propriété située en Marmandais était en redressement. « Plutôt que de faire les couillons ici, on serait mieux sur nos exploitations, c’est notre vrai boulot. Pourtant sans ça, je ne sais pas où je serais aujourd’hui. »

En un an et demi, les « couillons » se sont fait une belle clientèle. Certains jours, le petit hangar ne désemplit pas. On y trouve des fruits et des légumes à des prix défiant toute concurrence. Cet été, un vendeur de viande bio les a rejoints, au printemps, c’était un producteur d’asperges.

« Vous avez vu la qualité de ces produits ? Vous avez comparé les prix ? », interroge Bernadette qui vient régulièrement depuis Saint-Sever.

La justice est saisie

Ce succès a évidemment créé des remous dans le paysage commercial alentour. Plusieurs magasins ont porté plainte pour concurrence déloyale. Les services de l’État ne rigolent pas non plus.

La Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations (DDCSPP) estime que la réglementation concernant les espaces de vente n’est pas respectée.

La Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) assure dans le même temps que les règlements en matière d’urbanisme sont transgressés. La préfecture a donné aux agriculteurs lot-et-garonnais jusqu’au 1er décembre pour quitter les lieux. Or ils sont toujours là. Le parquet de Mont-de-Marsan a donc été saisi et décidera des suites à donner. Probablement une expulsion.

« J’attends qu’on vienne passer les menottes à des agriculteurs qui essaient de sauver leur peau, lance Éric Forestier. On en fait moins pour certains supermarchés. » Suivez son regard en direction de la rocade.

Les agriculteurs lot-et-garonnais ont pris un avocat et alerté leur syndicat, le Modef. Ils ont également fait signer une pétition qui a récolté 2 500 signatures en une quinzaine de jours. « Tout le monde doit gagner sa vie », râle une cliente et voisine. « On veut tuer les petits maintenant. Le producteur, il doit se défendre », rajoute encore Bernadette.

« C’est la lutte du pot de terre contre le pot de fer », résume Simon, un voisin habitué des lieux. Et c’est rarement le pot de terre qui gagne dans ces cas-là.

Article publié sur sudouest.fr