Témoignage de Vadim Chekhovskiy (Kharkov) sur la torture et les conditions de détention dans les prisons secrètes du SBU…

On entend tout et n’importe quoi sur l’Ukraine. Christelle Néant m’a envoyé un témoignage, qui en dit long sur les méthodes employées par Kiev. Cette journaliste française, a tenu à voir par elle même ce qu’il se passe vraiment en Ukraine et nous tient informés. Détentions arbitraires, torture, sont communes dans ce pays en guerre. Ne fermez pas les yeux, faites circuler pour que les « défenseurs des droits de l’homme » enquêtent sur ces méthodes.

Vadim est un ancien prisonnier rescapé de l’une des prisons secrètes des Services de Sécurité Ukrainiens (SBU). Il a transmis à l’un de ses amis un témoignage accablant sur les tortures qu’il y a subies et ses conditions de détention. Cet ami m’a fait parvenir la traduction anglaise qu’il avait réussi à faire de ce témoignage, qu’il m’a demandé de traduire et de diffuser. Je mets à la fin de la traduction, la vidéo originale sous-titrée en anglais de son témoignage. Son témoignage n’est pas isolé, comme le montre le second rapport sur les tortures commises par les forces armées et les services de sécurité ukrainiens (en anglais)

Je m’appelle Vadim Nikolayevitch Chekhovskiy, je suis né à Kharkov, j’ai été un prisonnier politique et j’ai été maintenu de manière excessive en cellule de confinement par le SBU à Kharkov. La communauté internationale sait que les autorités judiciaires ukrainiennes, avec la complicité des autorités ukrainiennes, violent cruellement les droits de l’homme dans le pays, alors que dans le même temps, les autorités ukrainiennes déclarent officiellement que le SBU ne commet pas de crimes.

Mais la plupart des prisonniers politiques, comme moi, ont été torturés dans les prisons du SBU. Je connais au moins 46 personnes qui ont été secrètement détenues au SBU de Kharkov, y compris des femmes. Les officiers des Services de Sécurité Ukrainiens nous frappaient, utilisaient des électrochocs, nous menaçaient de violer, de se venger ou de tuer nos familles. Dans le même temps, je tiens à attirer à nouveau votre attention sur le fait que ces prisons secrètes, et le système de tortures qui y ont lieu sont soutenus par les autorités ukrainiennes.

Ce que j’ai à dire d’autre, c’est que les autorités ukrainiennes, malgré les déclarations des défenseurs des droits de l’homme, soutiennent le fonctionnement des prisons secrètes et prennent des mesures pour cacher les preuves de l’illégalité et de la violation des droits de l’homme. J’en parlerai après.

Maintenant, à propos des crimes des autorités ukrainiennes, dont j’ai eu connaissance par moi même et à propos desquels je me suis entretenu avec les gens qui se trouvaient avec moi dans la prison secrète du SBU. Ces gens ont peur de déclarer officiellement qu’ils craignent pour leur vie et celle de leurs proches, à cause des menaces qu’ils ont reçues des autorités judiciaires ukrainiennes. Je suis un participant du mouvement « Antimaïdan », qui se renforce actuellement à Kharkov. En tant que véritable patriote ukrainien, je ne pouvais pas rester indifférent aux événements qui ont eu lieu dans mon pays. C’est pourquoi j’ai pris part à des rassemblements sur la place de la Liberté à Kharkov, je me suis opposé à la tyrannie et à l’illégalité des autorités ukrainiennes actuelles.

Le 18 mars 2015, sans présentation d’aucun acte d’accusation, j’ai été arrêté par le SBU, assisté de représentants du bataillon Azov. Au moment de mon arrestation, j’ai été cruellement battu en présence de ma femme, pour m’obliger à avouer ma culpabilité pour mes crimes, ce que je n’ai pas fait. J’ai été emmené de nuit au SBU de Kharkov où j’ai été placé dans une cellule d’interrogatoire. Durant tout le temps de ma détention illégale, mes proches ne savaient pas où j’étais, avec qui, ni comment j’allais. La même nuit, sans présentation d’aucun acte d’accusation, ma femme a été arrêtée, cruellement battue, et placée dans une cellule d’interrogatoire face à la mienne, probablement pour me mettre la pression psychologiquement et obtenir les preuves dont ils avaient besoin. Ils espéraient que je confesserais être membre d’organisations terroristes, d’avoir commis des actes terroristes et autres crimes terribles contre le peuple ukrainien.

Après une telle pression sur ma femme et moi, j’étais, bien sûr, brisé. Et pendant une semaine, différentes versions de rapports ont été établis sur moi, presque toutes incluant des crimes graves contre l’état. Les rapports ont été établis sans aucune procédure légale officielle. Les interrogatoires étaient guidés, et les rapports établis par l’enquêteur Andreï Prosnjak, capitaine de justice. Après que j’ai signé tous ces documents, il n’y a plus eu d’interrogatoires ni d’autre enquête sur moi. Et j’ai été laissé seul dans une cellule d’interrogatoire pendant un mois. Je tiens à faire un aparté sur l’aménagement de mon lieu de détention. Il n’y avait pas de toilettes, pas de coin où se laver, pas de couchette. Je devais dormir ou m’asseoir sur une chaise, ou sur le sol. Et c’était une grande chance de pouvoir bien dormir, quand on m’a apporté un vieux matelas sale et avec des taches de sang.

Je sentais constamment le froid et l’humidité. Un tuyau où de l’eau coulait traversait la cellule. À cause de cela j’ai attrapé une bronchite. Malgré mes appels, l’aide médicale me concernant fut partielle. Je suis invalide, je n’ai qu’un seul rein. Je les en ai informés dès que j’ai été arrêté. Et j’avais besoin d’un traitement de soutien, mais malgré mes requêtes et plaintes concernant la douleur, personne n’y a prêté attention, je n’ai pas eu de médicaments. De fait, à cause des blessures que j’ai reçu lors de mon arrestation et de mes premiers interrogatoires, j’ai eu besoin d’une opération chirurgicale. J’ai été opéré. J’ai été emmené dans une salle ambulatoire. J’ai été emmené en voiture, mais je ne pouvais pas comprendre où, car il n’y avait aucune fenêtre. C’était une petite pièce. Plus tard j’ai été ramené dans la cellule. Mi-avril j’ai été placé dans la cellule huit, où se trouvait Vitaly Nicolaeyvitch Koulish, de Kharkov, né en 1972. Il avait été kidnappé par des officiers du SBU à Debaltsevo. Il travaillait là-bas, au centre de résolution du conflit dans le Donbass. Il était dans cette cellule depuis deux mois, sans enquête ni passage devant la cour, ils n’avaient mené avec lui aucun acte de procédure, aucun interrogatoire.

Le 1er mai, nous avons été amenés dehors pour la première fois pour une promenade, durant laquelle j’ai découvert qui était dans les autres cellules. Dans la cellule numéro sept se trouvait une femme, prénommée Anna, elle était de Donetsk et était en prison depuis déjà six mois. Après les tortures et les interrogatoires infligés par les officiers du SBU, elle était devenue mentalement instable. Nous avions entendu auparavant des cris sortir de la cellule numéro sept, comme des cris d’animaux. Lors de cette promenade nous avons découvert que c’est elle qui criait ainsi.

Notre nourriture était très mauvaise. Ils nous donnaient deux cuillerées de céréales, et une cuillerée de chou. Pour le dîner, nous avions 12 cuillerées de soupe, et du thé sans sucre. Avec ce régime j’ai perdu environ 40 kilos, et mon voisin de cellule Vitaly montrait tous les signes de la dystrophie. Début mai, nous avons reçu l’ordre de prendre nos affaire pour être transférés dans un autre endroit. Nous avons aussi reçu l’ordre de nettoyer la cellule pour qu’aucun signe de la présence de personnes dans cette cellule ne puisse être vu. Rapidement des personnes ont été emmenées pour interrogatoire. Ces personnes étaient dans le couloir et attachés avec des menottes aux petites fenêtres des portes des cellules, alors nous avons pu discuter. Ils nous ont dit qu’une commission des droits de l’homme était venue et s’intéressait particulièrement aux prisons secrètes du SBU.

Le 9 mai, des officiers du SBU ont commencé à venir me voir, et à coup de menaces et d’intimidations m’ont obligé à faire de fausses déclarations contre une activiste d’Antimaïdan : Marina Кovtoun. Ils ont inventé un dossier pénal sur base de différents articles : terrorisme, assistance à des organisations terroristes. Et de la même façon, j’ai du diffamer Victor Pavlovitch Tapchaeyv, qui avait été tourmenté jusqu’à la mort par les officiers du SBU, et ils essayaient de présenter sa mort comme un événement banal, comme un accident domestique. Plus tard, le 20 mai 2015, j’ai été amené devant la cour du district de Kievsky à Kharkov, où on m’a accusé d’avoir détenu une arme, et condamné comme mesure de restriction à être en résidence surveillée. Malgré l’ordre de la cour, j’ai été placé de nouveau dans la cellule huit. J’ai demandé à l’enquêteur Prosnyak : « Pourquoi faites-vous cela ? » Il m’a expliqué que peu importe comment, mais ils allaient essayer de m’amener devant le système judiciaire [note de la traductrice : en clair de légaliser leur arrestation illégale].

Le 21 mai 2015, le jour d’après, je fus amené de nouveau devant la cour du district de Kievsky et ils m’ont forcé à donner de fausses preuves contre Marina Kovtoun. Début juin 2015, le directeur de la prison fut changé. Les conditions de détention se sont un peu arrangées. Nous avions parfois du papier toilette, parfois du savon. La nourriture a commencé à être cuisinée directement dans la prison. La cuisine était une tache confiée à une femme détenue illégalement elle aussi. Elle s’appelle Anna, nom de famille Neboga. Son nom complet est Anna Vjatcheslavovna Neboga, elle est de Kharkov. Elle est restée dans la prison jusqu’en septembre, puis elle a été emmenée autre part, ils ont dit qu’ils l’emmenaient à la prison de la ville, et nous ne savons pas ce qu’elle est devenue.

En septembre, de nouveau, des officiers du SBU sont venu me mettre la pression et ont exigé que je signe un accord avec le bureau du procureur et la cour en confessant être coupable selon l’article 263 du code pénal ukrainien pour détention illégale d’armes. En échange de cela, ils m’ont promis que je pourrais voir ma famille, et que ma peine de prison serait minime. Compte tenu du côté désespéré de ma position, j’essayais d’obtenir un statut… au moins un statut juridique, j’ai été forcé de signer cet accord. Et la date de ma comparution a été fixée au 24 septembre. La cour du district de Moskovsky m’a condamné à un an d’emprisonnement, et j’ai été emmené à la prison de la ville, dans la cellule 27, avant que la sentence ne prenne effet. Pendant que j’étais dans cette prison, j’ai demandé plusieurs fois à l’administration de me mettre en contact avec des employés des organisations de défense des droits de l’homme comme l’OSCE, la Croix-Rouge, pour les informer de l’illégalité qui a lieu au sein du SBU.

Plus tard, j’ai été emmené à la colonie pénitentiaire N° 12 où j’ai purgé ma peine pendant un an. Vers la fin du terme de ma peine en colonie, j’ai reçu des visites régulières des officiers du SBU qui par la menace, c’est-à-dire en me promettant une nouvelle peine d’emprisonnement plus longue, ont essayé de me pousser à donner de fausses preuves contre des citoyens russes et ukrainiens, qui étaient soi-disant impliqués dans des activités terroristes, et auraient commis des actes terroristes. Ils ont menacé d’arrêter ma famille. Lors des rares promenades, environ 10 en six mois, lorsque j’étais au SBU, j’ai eu la possibilité de communiquer avec les autres personnes détenues illégalement, de discuterde l’illégalité, des tortures et autres actes illégitimes qui avaient lieu sur le territoire ukrainien.

Sur la façon dont les prisonniers du SBU étaient cachés aux organisations de défense des droits de l’homme, et sur d’autres faits. À ce sujet, c’est mon voisin de cellule, Alexeï qui a été dans une prison du SBU depuis 2014, et que j’ai revu après la prison, qui me l’a dit. D’après les dires d’Alexeï, fin 2014 il a été envoyé au SBU de Kharkov après avoir été arrêté sans acte de procédure. Ils ont commencé à lui imposer une pression physique et psychologie afin qu’il avoue ce qu’il n’avait pas fait. Ils lui ont demandé de plaider coupable d’avoir commis un certain nombre d’actes de sabotage sur le territoire des districts frontaliers de la région de Kharkov.

Lui, ainsi que d’autres prisonniers du SBU, ont été détenus pour raisons politiques. Lui, et d’autres prisonniers ont été libérés par une cour ukrainienne. Eux tous, ainsi que moi même étions là-bas de manière illégale. Nos proches n’étaient pas informés de notre détention. Alexeï a aussi souligné que le SBU essayait de cacher aux organisation de défense des droits de l’homme la détention illégale de personnes dans leurs prisons secrètes. Cela est prouvé par le fait que les prisonniers étaient constamment déplacés dans d’autres endroits.

Mi-novembre 2014, pendant six heures, environ 20 personnes ont été cachées dans ce qui semble avoir été l’auditorium du SBU. Ce jour là, une commission des droits de l’homme est venue au SBU pour vérifier la légalité de la détention de personnes en ce lieu. Après cela, dans les derniers jours de février 2015, les 12 personnes qui étaient avec lui dans la cellule ont été emmenées et cachées pendant six heures dans les bureaux des officiers ou enquêteurs du SBU de Kharkov.

Le 20 avril 2016, 17 personnes ont été emmenées vers 17 h en bus vers le bâtiment qui était protégé par des barbelés dans la rue Karl Marx. Ils ont été gardés là dans le bus pendant cinq heures, puis ramenés à leurs cellules. Un mois plus tard, le 20 mai 2016, 19 prisonniers ont été cachés dans le stand de tir du SBU pendant quatre heures. Pendant tout le temps où Alexeï était en prison, l’officier Anton Kalyoujny lui mettait constamment la pression, posait des conditions et des exigences.

Après avoir fait ce que cet officier voulait de lui, Alexeï a été habillé avec des vêtements neufs, et sorti de la prison. Il a souligné que tous les interrogatoires, et les passages à tabac étaient menés par Anton Kalyoujny. Et le but de ces passages à tabac était de pousser les gens à confesser leur culpabilité pour les crimes de séparatisme, d’actes terroristes et de terrorisme.

Je veux aussi raconter les histoires d’autres personnes, que j’ai rencontré lors de mon séjour dans la prison du SBU. Ici, par exemple, une histoire d’Alexeï, plus précisément je devrais dire pas une histoire mais les pleurs de son âme. Un homme, plus très jeune, conduisait pour rentrer chez lui, et il a vu que les Forces Armées Ukrainiennes installaient des lance-roquettes multipples Grad en position de combat et les dirigeaient vers Donetsk. Il a appelé sa femme au téléphone, pour que sa famille se cache quelque part dans la cave, et sa conversation a été notée par des officiers du SBU. Il a été arrêté, soumis à des tortures cruelles. Ils ont mis des vis de taraudage sous ses ongles, il a été dénudé et attaché avec des menottes à un arbre par temps froid, mais l’homme a déjà 60 ans, il n’est pas jeune. Il a offert, donné toute sa vie pour le bien de l’Ukraine, il travaillait comme mineur.

Un autre homme, jeune, Stanislav Bezlakovsky, a été arrêté par Secteur Droit simplement parce qu’il avait comme sonnerie de téléphone, « Soulève toi, Donbass ! ». Il a été cruellement battu. Il a été battu, et alors qu’il était très mal, il pouvait à peine marcher, il a été placé dans une cellule du SBU. Un autre homme était là-bas avec nous, un citoyen russe, Konstantin Iourieyvitch Vladimirov. Il était venu passer des vacances au bord de la mer d’Azov et a été arrêté par les radicaux du bataillon Azov simplement parce qu’il est citoyen russe. Il a été exposé à des tortures cruelles, résultat il a subit un traumatisme mental et est devenu fou.

Toutes ces personnes ont été illégalement détenues dans les geôles du SBU. Tout ce que je viens de dire n’est qu’une petite partie des faits qui concernent la violation des droits de l’homme en Ukraine. Ces faits sont cachés aux organisations de défense des droits de l’homme, mais aussi aux citoyens ukrainiens. Après ces faits terribles, les autorités ukrainiennes osent nier les violations des droits de l’homme. Moi et d’autres personnes illégalement détenues, en mémoire des personnes tourmentées jusqu’à la mort et portées disparues dans les prisons du SBU, considérons que les crimes des autorités ukrainiennes doivent être rendus publics, et nous demandons aux organisations internationales de juger ces actes criminels et de punir les coupables. En effet, cette survivance du Moyen Âge et l’iniquité se poursuivent aujourd’hui.

Je vais lire maintenant la liste des prisonniers du SBU à Kharkov :

Voir la liste des 41 personnes emprisonnées et torturées

Aidez s’il-vous-plaît à faire connaître cette information ! Les gens en Europe doivent savoir se qui se passe réellement en Ukraine !

Traduction par Christelle Néant pour DoniPress

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