Employés par l’armée française de 2001 à 2014, des interprètes afghans se battent depuis trois ans pour faire valoir leur droit d’asile politique….

Le cynisme du gouvernement sous Hollande n’a pas de limite. On accueille des milliers de migrants clandestins à bras ouverts et, ceux qui ont travaillé pour la France et risquent maintenant leurs vies, sont rejetés. Le caniche des USA s’en lave les mains, en temps de guerre, les vies ne sont que variables d’ajustement, dès qu’elles sont inutiles on les laisse sur place. Le « rayonnement » de la France, avec le reniement de ses promesses et autres contrats est bien affaiblit.  J’y vois un point commun avec les Harkis, abandonnés en Algérie.

«Les coupures d’électricité sont fréquentes, nous devons faire vite», me dit Adib Khodadad dans un français presque parfait. Il est dans les alentours de Kaboul et se bat avec son réseau internet de mauvaise qualité. C’est la moindre des batailles qu’il mène.

À 30 ans, Adib, diplômé de langue française à l’Université de Kaboul, est contraint de rester cloîtré chez lui et ne peut plus subvenir correctement aux besoins de sa femme et de ses deux enfants. Son épouse fait les courses et va chercher du bois pour se chauffer, mais ne travaille pas, comme la majorité des femmes en Afghanistan. Seules quelques mises en pages pour un magazine local permettent au couple de subsister.

«Mon beau-père me met la pression et s’inquiète pour sa fille. Il essaye de la faire divorcer, sous motif que je ne subviens pas aux besoins de la famille. Mais ma femme c’est mon amour et elle m’aime.»

Et cette situation dans laquelle se trouve Adib, la France en est responsable.

«J’ai travaillé pour les étrangers, ma vie a basculé»

Après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, et la décision de l’administration Bush de relancer la «guerre contre le terrorisme», une opération de l’Otan est lancée en Afghanistan. La France choisit d’en faire partie, et elle enverra en 13 ans plus de 70.000 soldats dans le pays. L’objectif est de chasser les talibans de Kaboul, de détruire les camps d’entraînement d’Al Qaïda en Afghanistan et de reconstituer une armée afghane, de la former. Pour cela, la France fait appel à des centaines d’interprètes, maillon crucial, indispensable, pour le travail de l’armée sur le terrain. C’est en cette qualité d’interprète qu’Adib a travaillé pour la France, avec l’armée, dix mois en tout.

«J’ai passé de très bons moments avec les soldats français. Moi je gérais toutes les affaires entre les soldats et les civils afghans. On faisait des réunions avec les Malik, chefs de villages, et on prévenait les villageois de nos actions. Quand les nouveaux escadrons arrivaient et qu’ils étaient inquiets, je les rassurais en leur disant comment reconnaître le comportement de talibans, comment communiquer les villageois, ou tout simplement comment entrer dans une maison afghane. Nous avons toujours été sincères et honnêtes avec eux. Sans nous, les soldats français étaient perdus. Moi j’ai travaillé pour les étrangers, ma vie a basculé.»

Un jour, l’oncle d’Adib reçoit la visite d’un Mollah et de villageois de sa région natale, dans la province d’Helmand. Les visiteurs préviennent: ils n’hésiteront pas à décimer toute la famille si Adib travaille pour les étrangers. «Mon oncle a nié, mais ils ont prévenu qu’ils tueraient même les enfants et les femmes», se rappelle t-il.

Tract de Daech et chef Taliban

Figures de traîtres de la nation et de la religion, perçus comme «hérétiques» ou «athées» (postures la plus grave dans l’idéologie de l’Etat Islamique) les interprètes sont actuellement recherchés par l’organisation terroriste, en plus d’autres groupuscules extrémistes et les Talibans. Dans un tract distribué à Kaboul, traduit et authentifié par un spécialiste chez RFI, l’EI annonce explicitement:

«Nous considérons comme athées les gens qui collaborent avec ceux qui font la guerre contre les musulmans: toute sorte de collaboration comme leur protection, la fourniture en vêtements, repas et soins.»

Voir Tract de Daesh

«Nous sommes des trophées pour les extrémistes de ce pays. Nos têtes valent même plus cher que celles d’un soldat», assure Adib.

Lui considère avoir pris tous les risques pour la France. Il se souvient notamment de ce chef Taliban capturé dans la vallée Afghania. «J’ai dû traduire l’interrogatoire. Quand il m’a vu, il a directement menacé de me tuer juste après sa sortie.» Sans compter les nombreux civils locaux, qui, lors d’opérations le traitent de «laïque, non musulman.»

Demande d’asile

Sous pression, il décide de ne pas retravailler avec l’armée à l’issue de sa pause universitaire. Il demande dans la foulée son asile politique pour la France. «Mon père et mes frères sont dans l’armée afghane. Ils ont des armes et savent se défendre, mais moi je n’ai rien de tout ça pour faire face en cas d’attaque.»

Je lui ai rappelé qu’on n’était pas des migrants mais des gens qui avaient servi la France. Aujourd’hui, j’attends juste la mort

Entre 2013 et 2014, il fait sa première demande. Il ne recevra jamais la moindre réponse malgré des lettres de menaces versées au dossier, le menaçant d’exécution. La seconde fois, quand le ministère de la Défense décide de réexaminer les dossiers en 2015, par la force de Caroline Decroix, avocate bénévole française de 36 ans, l’homme n’est pas retenu parmi les cent dossiers acceptés.

«On avait tous manifesté devant l’ambassade française de Kaboul. On était environ 90 à s’être déplacés. C’était très dangereux de se regrouper car nous étions tous des cibles. L’ambassadeur nous a finalement reçu. Il m’a dit froidement que la France était débordée de migrants et que ce n’était pas le bon moment. Je lui ai rappelé qu’on n’était pas des migrants mais des gens qui avaient servi la France. Aujourd’hui, j’attends juste la mort.»

Honneur et grève de la faim

Caroline Decroix découvre la cause des interprètes afghans dans un article, en 2015. Avec un collectif d’avocats bénévoles, elle menace alors l’État Française de saisir la justice: «le tribunal administratif de Nantes avait forcé l’Etat à accepter la demande de visa au titre de l’asile pour une famille syrienne. Du coup, ils ont eu peur d’un procès et ont accepté de rouvrir les dossiers. On a eu cette menace avec nous pendant trois mois, avant que le Conseil d’Etat ne brise cela en juillet 2015. Le ministère de la Défense et des Affaires Étrangères n’ont accepté que 100 dossiers sur 252. Même pas 50%! Ils ont voulu garder la main pour ne pas donner d’idées aux autres supplétifs qui ne s’étaient jamais manifesté. Ça été fait n’importe comment. Ils n’ont pas motivé les refus, car ils savaient qu’on n’aurait pas de recours possible. Ils ont donc trié sans aucun critère.»

«Moi j’ai échappé à une bombe glissée dans ma maison une nuit. Mais l’Etat français pense qu’on en rajoute…»

Abdul Razik

Abdul Razik, arrivé en France en mars 2016, est le président de l’association des interprètes afghans pour l’armée française. Selon lui, la France ne prend pas la mesure du danger sur place pour ses camarades. «Moi j’ai échappé à une bombe glissée dans ma maison une nuit. Mais l’Etat français pense qu’on en rajoute…», souffle t-il.

Caroline Decroix ne perd pas espoir et a lancé une seconde procédure judiciaire qui vise une demande de protection fonctionnelle accordant juridiquement défense aux employés de l’administration. Cette dernière se base sur une loi de 1983. Cela prendra encore du temps selon l’avocate. Il y a plus de deux mois, elle a également écrit à François Hollande. A ce jour, l’association des interprètes afghans de l’Armée Française reste toujours sans réponse. Caroline dit passer ses soirées bénévolement à s’occuper des quelques 152 cas qui lui ont envoyé chacun photos et récits de leurs trajectoires professionnelles et personnelles comme preuves pour la prochaine procédure judiciaire.

«Un jour j’ai rencontré le conseiller diplomatique d’Hollande. Nous lui avons fait remarquer que si la France se comportait encore comme ça, plus aucun interprète ne travaillerait pour l’armée. Il m’a répondu cyniquement qu’ils trouveraient partout des gens intéressés par l’argent.»

Caroline Decroix

«Quand je les vois bras dessus-bras dessous avec les militaires français, j’ai envie de vomir», dit-elle. «Un jour j’ai rencontré le conseiller diplomatique d’Hollande. Nous lui avons fait remarquer que si la France se comportait encore comme ça, plus aucun interprète ne travaillerait pour l’armée. Il m’a répondu cyniquement qu’ils trouveraient partout des gens intéressés par l’argent. Je pense que pour l’honneur de notre pays, cette affaire là ne doit pas se régler en justice, mais au niveau politique. Vu le précédent que nous avons, j’espère pour mon pays que la justice ne forcera pas l’Etat à accomplir ses devoirs. Je crois toujours que ça se réglera politiquement et avec honneur».

L’avocate attend de rencontrer le nouveau gouvernement qu’Emmanuel Macron et son premier ministre devront former et, à l’issue de cette rencontre, elle entamera une grève de la faim à Kaboul si la situation reste au statu quo.

«On ne joue pas l’épicier avec des vies»

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Auteur Quentin Muller pour SLATE

17 commentaires

  • Allez, en vrac:
    L’Indochine. Quand la France est partie elle a abandonné sur place une bonne partie de la population qui a été quelque peu redressée dan des camps par la suite.
    En algérie, abandon d’une partie de la population qui la soutenait.
    En afrique, elle fait tirer sur les tirailleur qui sont venus la défendre.

    Les politiciens français ont une tradition de TRAHISON. Socialisme oblige?

  • domi

    les harkis ,c’était DE GAULLE non ce sont les élites françaises en général qui sont des grosses m….

  • Voltigeur Voltigeur

    Je ne compare pas, je fais un parallèle avec les harkis, eux aussi abandonnés à leur triste sort par la France de de Gaulle. On s’en sert et on jette ?

  • castelcerf

    On vois bien à vos propos qui dans cette histoire à une âme de collaborateur ou une âme de résistant.
    je ne vous salut pas.

  • KromoZom KromoZom

    Vous noterez au passage, que nous sommes le seul pays à posséder un président ayant les oreilles disposés horizontalement.
    Ce type est une caricature vivante.
    https://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_scratch.gif
    (L’andouille sur la photo)

  • ROSSEL

    Ces interprètes ne sont peut-être pas des idéalistes mais les laisser à leur triste sort serait un manquement à l’honneur. Plus grave peut-être, la crédibilité de notre armée serait gravement écornée. Dans les guerres asymétriques actuelles, la confiance des populations locales est vitale. Le savoir-faire de nos troupes en ce domaine est unanimement reconnu et lui permet d’obtenir des résultats sans commune mesure avec la pauvreté des moyens dont elles disposent. Contrairement à ce que professent certains ignares anti-militaristes primaires, l’armée française est loin de passer pour quantité négligeable auprès des forces étrangères qu’elle côtoie. Sa faculté d’adaptation au milieu humain en est la principale raison.

  • Où est l’Honneur dans toute cette merde ?

    Que ce soit les Harkis, les Tirailleurs Sénégalais, et toutes les troupes auxiliaires que la France a sut envoyer en première ligne avant les Pious-pious de toutes nos campagnes, c’est toujours la même viande à canon.

    Pour le coup, j’en deviendrai végéterrien… https://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_unsure.gif

  • Ben, désolé Gnafron, mais pour une fois, je m’inscris en faute !

    Les individus qui collaborent avec moi, je ne les lâche pas !

    https://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_unsure.gif

    • Jadis

      Tu es pas un Etat Fenrir…
      La France n’est qu’une image, la preuve avec nos élections et 2005…
      Mitterrand l’avait dit: « je suis le dernier président ».
      la France n’est pas le peuple Français , c’est juste un produit marketing.
      Depuis 2007 le retour du mot populiste devrait le faire comprendre… Les mots ont un sens.

    • Bonjour Jadis.

      Je ne me prend point pour un Etat.

      Je m’exprime à titre personnel, en tant qu’individu qui s’emploie à vivre libre dans une société qui ne le permet pas.

      « Mon honneur, c’est ma fidélité »

      … à mes principes. https://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_wink.gifhttps://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_whistle3.gif

    • gnafron

      c’est déjà assez la honte que mon pays aille foutre la merde dans plein de pays qui ne nous ont rien fait !

  • ROSSEL

    Les harkis, tirailleurs et autres troupes coloniales n’ont jamais été de la chair à canon destinée à épargner le sang gaulois. Qu’ils n’aient rien eu à faire dans nos conflits est une autre histoire. Le pourcentage des pertes entres métropolitains est sensiblement le même n’en déplaise à une certaine propagande toujours prompte à trainer le passé dans la boue. Les listes de tués sur nos monuments aux morts sont assez éloquentes. Quant à l’Honneur,on ne peut comprendre que les sentiments dont on est capable.