Petit précis d’Amesys à l’usage de Bernard Cazeneuve…

C’est du lourd ça. Quand je dis que pour faire des pâtes il faut, des œufs, de la farine et de l’eau et que ce soient des fuzzilis, des farfalles, des spaguettis ou une des centaines de formes possibles des pâtes, la base sera toujours la même. Merci à Kitétoa.

(Note : faites clic-clic sur les liens pour bien comprendre toutes les implications de cet article)

Notre ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, est le champion du « pas de failles ». Pas de failles, ni dans la lutte anti-terroriste, ni dans la mise en place du fichier monstre TES. Andréa Fradin a révélé que la société Amesys serait l’un des acteurs de la mise en place du TES, ce qui n’a pas manqué de déclencher quelques interrogations, notamment de la sénatrice Esther Benbassa qui a posé la question au ministre. La réponse, rapportée par nos confrères de NextInpact, a de quoi laisser pantois :

« La sénatrice Esther Benbassa a repris une information révélée par notre consœur Andréa Fradin, à savoir l’implication de la société Amesys dans le périmètre de ce fichier TES. Or, Rue89 rappelle que  « depuis la mort de Mouammar Kadhafi fin 2011, de nombreuses preuves (témoignages, brochures publicitaires…) accusent l’entreprise d’avoir vendu des technologies de surveillance des télécommunications au régime de l’ancien dictateur libyen. Dont il se serait servi pour arrêter et torturer des opposants, en épiant leurs faits et gestes sur Internet ».

Suite à cette mise en cause, Bernard Cazeneuve feint de découvrir ces éléments, pour immédiatement rassurer : « Cette société a été rachetée fin 2010 par Bull, après avoir changé plusieurs fois de mains (…)  La société n’est pas celle dont vous parlez. Son capital a changé depuis ces évènements ». Mais il confirme : la fréquentable Amesys « prendra une partie de la prestation ». »

 

 

J’connaipa

Il convient de fournir quelques précisions à Bernard Cazeneuve, qui fait aussi bien semblant de ne pas connaître Amesys, que Jean-Jacques Urvoas, ou Gérard Longuet par le passé.

Amesys n’a pas été rachetée par Bull. C’est l’inverse qui s’est produit et nous l’avions détaillé dans un long article titré « L’étonnante prise de contrôle de Bull par Philippe Vannier, Dominique Lesourd et Marc Hériard-Dubreuil« .

En deux mots, une petite société de services informatiques (SSII) prenait le pouvoir sur le plan actionnarial de la vitrine française de l’informatique : le géant Bull. Une incongruité qui ne peut s’expliquer, sauf à prendre en compte le rôle d’Amesys dans la vente de systèmes d’écoutes massives dans des pays fâchés avec les droits de l’homme et ce que cela a pu apporter à la France.

Le système Eagle, mis au point par Amesys, l’a été avec l’argent du premier contrat. Ce contrat était passé avec la Libye de Kadhafi. L’interface commerciale d’Amesys était Abdallah Senoussi, beau-frère du guide, patron des services de renseignement libyens et… condamné en France par contumace pour son rôle dans l’attentat du DC-10 d’UTA qui avait fait 170 morts dont 54 Français. Voilà qui devrait parler à Bernard Cazeneuve, lui qui est si impliqué dans la lutte anti-terroriste.

La participation d’Amesys à la mise sur écoute des internautes et des utilisateurs de téléphones en Libye a eu des effets tant en Libye qu’en France. L’entreprise est en effet poursuivie pour complicité d’actes de tortures devant le pôle crimes contre l’humanité, crimes et délit de guerre du Tribunal de Grande Instance de Paris. Ce que ne peuvent ignorer ni Bernard Cazeneuve, ni Jean-Jacques Urvoas.

Amesys n’est pas une simple SSII. Il s’agit d’un pivot de longue date du complexe militaro-industriel. Ce n’est bien entendu pas Airbus, Dassault ou Thalès… Mais sa participation à toute une série de projets dans le domaine de l’armement ou des IMSI-catchers par exemple, la placent dans une situation qui lui donnent une visibilité immédiate pour les services de renseignement (et notamment la fameuse boite postale B.G.A.CG350/R) à qui elle vend plein de choses, et donc, par ricochet, pour les gouvernements français successifs.

L’installation d’un Eagle au Maroc, bien après l’affaire libyenne et sous la présidence Hollande, n’a pu être menée à bien sans que le gouvernement n’eut été, a minima, au courant, si l’on tient compte des relations très particulières qu’entretient la France avec ce pays.

Bref, vous l’aurez compris (si vous en doutiez) le gouvernement français sait très bien ce qu’est Amesys, connaît son historique et fait à nouveau appel à cette entreprise en toute connaissance de cause.

S’paeux…

Après la méthode « je ne les connais pas, vous me l’apprenez, mais vos affirmations restent à vérifier », le polyvalent exécutif embraye sur la méthode « c’est pas eux, ce ne sont plus les mêmes qu’à l’époque de la Libye ».

Attendu, mais tout aussi risible que la première tentative.

Bernard… Cher Bernard Cazeneuve… Plus les mêmes ? Attendez, on va vous rafraîchir la mémoire. En attendant, mangez urgemment du poisson, ça va phosphorer !

Premier point, il faut se remémorer comment, voyant que l’affaire libyenne pouvait un jour lui exploser à la figure, Philippe Vannier, patron d’Amesys puis de Bull, a mené son opération enfumage mains propres. Celui-là même qui retirait 3000 euros en liquide, pour couvrir les menues dépenses de son dernier voyage en Libye. Excursion qui visait à vendre un upgrade de son Eagle. Il décidait de « vendre » l’activité DPI d’Amesys. Mais attention, hein, vendre est un grand mot. Le patron de l’activité DPI serait l’acheteur, l’entreprise « choisie » serait hébergée pour les premiers mois de sa vie dans les locaux mêmes d’Amesys. Cerise sur le gâteau, Stéphane Salies, ledit patron de l’activité DPI, était actionnaire de Crescendo Technologies, la holding qui détenait Bull aux côtés de Philippe Vannier.

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Auteur pour Reflets.info

Voir:

Sous le sable de la jungle de Calais, le béton de « Heroic Land »

Modère comme Twitter (le retour sans fin) (**incroyable lisez la réponse de « twitter » à une journaliste freelance, au signalement du message ci dessous)

 

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