Sous le sable de la jungle de Calais, le béton de « Heroic Land »..

Une arnaque de plus. Non non!! messieurs les « Rapetout », qui veulent gouverner un pays, qu’ils ont mis en faillite et, vous vous y êtes mis à plusieurs UMPS et consort. nous n’avons pas besoin de travail, d’industries, d’entreprises aidées pour qu’elles embauchent, de logements pour les SDF et familles en détresse, de docteurs, ni d’infirmiers. NOUS AVONS BESOINS DE CENTRES D’AMUSEMENTS, vous ne nous suffisez plus en matière de comédia del arte clownesque, rajoutez en une couche, pas besoin de costume de Mickey, vous le portez déjà et, ça n’est pas en votre faveur. Enfilez le slip de Tarzan, à proximité de la jungle ça ne déparera pas… Panem et circenses …

Alors ça y est. Le camps de Calais, qui abrite environ dix mille réfugiés – hommes, femmes et enfants espérant se rendre en Angleterre -, est donc en phase de démantèlement depuis ce matin, 24 octobre. Tout ce remue-ménage n’est pas seulement du à la météo diplomatique à l’exaspération des habitants de Calais et du roulage de mécanique pré-électoral du Premier ministre. L’idée est de nettoyer la zone et faire place nette pour lancer le grand chantier de la sénatrice et maire droitière de la ville, Natacha Bouchard (LR tendance Sarko), à savoir un parc d’attractions qui répond au doux nom de « Heroic Land ».

Ce qui ressemble à une grosse blague, vue la situation humanitaire déplorable de ce coin de France, doit très sérieusement ouvrir ses portes en 2019. Mais le chantier de ce vaste Luna Parc à la gloire des mangas et de la SF de pacotille doit surtout débuter en 2017, c’est à dire après demain. Ça urge. Ça se bouscule au portillon pour espérer occuper les quelque mille emplois précaires promis par ce nouveau projet d’aménagement débilisant qui va divertir le populo, ou plutôt faire diversion, pour que l’affaire des migrants de Calais ne soit plus qu’une vieille histoire pour gauchistes désœuvrés.

Alors bien sûr, pas surprenant de voir une collectivité locale, dans une région dévastée par la misère économique et le déclin industriel, chercher à changer la donne en « redynamisant » son territoire avec un projet capable de « mobiliser les énergies » et de faire rêver petits et grands. C’est bien connu, la culture, l’art et les loisirs, c’est le nouvel opium des peuples chômardisés par les délocalisations de la compétition globale. Tenez, n’est-ce pas à Lens que le mythique musée du Louvre a ouvert une succursale afin de compenser la désertification post-industrielle ? Comme à Abou Dhabi, dans le Golfe persique — mais pas vraiment pour les mêmes raisons.

hl-jungle-mapLe chantier ne va pas prendre place exactement sur le site de l’actuel camps de réfugiés — on a quand même de la pudeur chez les élus du « calaisis », — il sera juste à moins de trois kilomètres. Ce projet à 275 millions d’euros va s’étendre sur 60 Ha, comprenant un parking géant et une cité dortoir en plastique, Heroic City, avec hôtels à la Disneyland en prime. Le plan com de la mairie a tout prévu pour éblouir les investisseurs : « faire de Calais une destination touristique majeure »; « en accolant au nom de la ville celui d’une activité à fort pouvoir d’image positive, il contribuera à rehausser la notoriété de la ville en France et dans les pays européens voisins. » Ils espèrent attirer 1,5 millions de gogos par an, estimation justifiée par une avalanche de données statistiques qui fait déjà trembler les concurrents (« 14,3 millions d’habitants à moins de 1h30 de transport, plus de 60 million à moins de 3h »). Tout en mettant l’accent sur « la porte d’entrée de l’Europe continentale pour le Royaume-Uni » que constitue Calais qui « bénéficie d’un flux de voyageurs transmanche de 31,4 millions de personnes par an ». Whaouh.

Sans en dire un mot, les promoteurs ont misé sur la présence des réfugiés (et de leur expulsion, c’est pareil) pour faire cracher l’État au bassinet. C’est même un vrai chantage auquel s’est livrée la maire Bouchard, si l’on en croit la presse locale, rarement fâchée avec les édiles : « Migrants à Calais : Natacha Bouchart réclame 50 M€ aux ministres français et britannique », titrait La Voix du nord en août 2015. Et elle le disait très clairement en des termes pas du tout diplomatiques :

La sénatrice-maire de Calais estime le dommage économique à 50 M € et réclame aux deux pays des compensations financières. «  J’attends un chèque et des compensations. Si les ministres n’écoutent pas, une plainte sera déposée auprès de l’Etat pour préjudice par rapport au fonctionnement d’une collectivité territoriale, ajoute Natacha Bouchart. Les Anglais sont capables de mettre 25 M € dans la sécurisation du port et du Tunnel, cela doit être possible de verser 25 M € pour la partie économique.  »

Elle envisage par exemple une participation des États dans les projets du Calaisis (Heroic Land) ou que l’Angleterre et la France garantissent la sécurité du Tunnel et du Port auprès des transporteurs et des investisseurs. «  Une indemnisation peut aussi être versée aux commerçants et restaurateurs touchés par l’image qui est renvoyée de Calais  », énumère-t-elle. Elle a rappelé son souhait que Calais soit classée en zone prioritaire, que la sous-préfecture bénéficie également d’un classement supplémentaire.

Elle n’obtiendra peut-être pas autant, mais l’État a déjà mis au pot 220.000€ dans le budget préparatoire, un « fonds d’études » doté de 1,1 M€. Et il allongera sans doute l’essentiel des 15 M€ d’infrastructures routières qui seront nécessaires pour amener les clients jusqu’au parc géant. Faut pas oublier que la mère Bouchard a mis tout son poids pour convaincre le gouvernement, l’an dernier, de criminaliser encore un peu plus la maigre existence des migrants dans la région. La sénatrice est parvenue à ce que la zone d’Eurotunnel devienne « un point d’importance vitale pour la défense nationale ou un site sensible, dont l’indisponibilité risquerait de diminuer d’une façon importante le potentiel de guerre ou économique, la sécurité ou la capacité de survie de la Nation ». Notez le « potentiel… économique ». Elle avait déjà des étoiles dans les yeux, Natacha Bouchard.

Photo du

Photo du « masterplaner » de Heroic Land sur son site officiel

Cerise pourrie sur ce gâteau avarié : la présence d’un ex-néonazi dans l’équipe de direction du parc. Un billet fort bien documenté du site Anfifa-autonome.net (mars 2015), puis une enquête de Marianne (septembre 2015) ont en effet établi que Yann Tran Long, qui apparaît tout sourire parmi les quatre principaux dirigeants d’Heroic Land (ci-contre), est bien un ex-militant du groupe nazillon FANE dans les années 80. Aujourd’hui, sa société, Loftus Overseas Management, domiciliée à Hong Kong après avoir fait faillite en France, assure le « masterplan » du parc à thèmes, c’est à dire sa conception et son ingénierie. Son expérience en la matière ? Il aurait participé au Fururoscope (et ben, c’est du joli…), et à d’autres parcs en Corée et en Turquie. Moins connu, le projet fou de Tran Long de monter une copie de Disneyland en… Syrie, en pleine guerre civile, près de Homs (lire ce papier de Vice de 2013 – cf dessin ci-contre). Du lourd…

(c) Vice, 2013

(c) Vice, 2013

L’intéressé a bien tenté de crier à la calomnie, que la mairie a gobé sans broncher en parlant d’une « homonymie »! Il a aussi essayé de faire croire à une confusion avec son frère cadet, Mihn — actuellement proche du maire FN de Fréjus David Rachline –, avec qui il excellait dans les ratonnades nocturnes, comme l’ont démontré des archives dignes de foi du site antifa déjà cité. Enquête complété par un canard local, Le Rusé, qui cite les chiffres de la mairie pour dire que Loftus a été rétribué à hauteur de 665.000€ en frais d’études, soit en gros plus de la moitié du budget préparatoire dont nous parlions plus haut (cf son n°278, 6 mars 2015). Mais Bouchard assume. Après tout, les ex-fachos d’Occident comme Devedjian, Longuet ou Madelin ont eu des carrières autrement plus visibles. « Du passé faisons crâne rasé » oserait-on dire…

Heroic Land a même eu droit à une « concertation publique » entre mars et juin 2016, sorte de « débat public » au rabais, car la loi n’oblige pas les promoteurs, sous les 300 M€ d’investissements, de se plier à cette formalité. Faut dire que les élus du coin n’auraient pas vraiment risqué grand chose — la commission du débat public (CNDP) facilite l’adhésion des projets, et non l’inverse — , à part une perte de temps et d’argent (c’est au promoteur de régler la note, qui s’élève en moyenne à un demi-million d’euros). C’est grâce à l’intervention d’élus d’opposition et de France nature environnement (FNE) que la CNDP a été saisie, et a finalement « conseillé » à l’équipe Bouchard d’organiser cette « concertation » au cours de quatre réunions publiques. Il y a été question, bien évidemment, de la « la sécurisation du parc […] compte tenu, en particulier, de la proximité du camp des migrants ».

Mais le plus important, comme l’écrit le « garant » de cette consultation bidon dans son compte-rendu [PDF], c’est (sic) « la quasi absence d’opposition au projet » exprimée lors des réunions. Même si, ceci expliquant sans doute cela, « on regrettera un point préoccupant lors de cette rencontre : l’absence d’interventions de la part de l’État, de la SANEF [le gérant de l’autoroute A26] ou de SNCF Réseau, très largement impliqués dans la réalisation de ces ouvrages et l’atteinte de leurs objectifs ». D’autant que les accointances de la mairie avec le sulfureux Tran Long sont restées dans l’anti-chambre, comme le note le même garant, précisant « que la question du financement du projet par des investisseurs privés n’a fait l’objet
d’aucun échange avec le public, ceci pour des raisons de confidentialité compréhensibles par chacun ».

Allez, il reste encore deux ans pour faire une petite place, dans la scénographie du parc, aux vrais « héros » du démantèlement « réussi » du camps de réfugiés, à savoir les CRS, gendarmes mobiles ou autres petites mains de la préfecture, qui ont fait place nette avec délicatesse et humanité. Jusqu’à ce que les campements se forment à nouveau sur la lande comme on peut s’y attendre.


PS – Sur la situation des réfugiés lors d’une première tentative d’évacuation en février 2016, lire ce papier d’Article11.

Source Reflet-Info

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