Un Hoax très bien fait….

Aujourd’hui tout le monde sait, que cette vidéo est un hoax. Elle a berné bien des gens, du simple internaute à Olivier Mazerolle, journaliste à BFMTV. Je vous l’avais proposée aussi, avec les excuses du journaliste berné. (lisez les coms de l’époque). Pourquoi y revenir? Je consultais des articles sur le site de JP Petit et j’y ai trouvé cette vidéo, mais ce sont surtout les explications, sur le développement exponentiel de la Chine et, sa capacité d’adaptation. Écrit en 2010, on ne peut que constater la justesse de l’analyse de JP Petit, qui est sans concession sur nos zélites.

Merci à Kuing Yamang

J’interviens parce que ce hoax continue son chemin. Très bien monté, d’ailleurs. Beaucoup s’y sont laissés prendre. Pas moi : ma femme est chinoise. En fait ces deux hommes parlent de différentes choses, dont l’exposition universelle de Nankin. Le hoax est bien monté, exploitant chaque expression de cet « économiste chinois », personnage qui est en fait en train de parler de choses qui n’ont rien à voir avec le texte en sous-titre.


Ce qui est intéressant c’est que ce hoaxer a voulu faire passer dans ce  » message ». On y présente les Français comme intéressés par le foot, les loisirs. Ce ne sont que des paresseux qui ne comprennent pas qu’avant tout il faut travailler. Ils empruntent plus qu’ils ne gagnent et on leur prête beaucoup trop. Ils ont ( en particulier les fonctionnaires français ) des acquis sociaux démesurés, auxquels ils s’accrochent. Et le comble est que l’Etat français saigne à blanc  » ceux qui créent des richesses « .
Quel commentaire faire sur ce discours ?
Il y a des phrases qui sont parfaitement exactes, même si le personnage interviewé ne les prononce pas. On lui fait par exemple dire :
Tandis que leur niveau de vie s’abaisse, le nôtre s’élève.
Dans une ou deux générations, nous aurons rattrapé les Européens, et nous les aurons même dépassés. Ils seront devenus  » nos pauvres  » et nous leur enverrons des sacs de riz.
Entre des pays  » émergeant » comme la Chine, l’Inde et les pays Occidentaux, un phénomène de vases communiquant est en train d’opérer, particulièrement vis à vis de la Chine, qui n’est pas comme l’Inde handicapée par ses pesanteurs religieuses et culturelles. Les délocalisations sévissent partout et s’accélèrent. La Chine est devenue  » l’atelier du monde « .
Il y a six ou sept ans je connaissais un chef d’entreprise qui fabriquait des présentoirs en tous genres. Son entreprise avait jusqu’ici convenablement marché. Un jour je le rencontre et il me dit :
Je dois veiller à la bonne marche et à la santé de mon entreprise, anticiper sur la situation à venir. Je reviens de Tchécoslovaquie. Nos présentoirs seront désormais fabriqués là-bas.
Aujourd’hui, si une entreprise veut se créer et fabriquer quelque chose, il ne viendra pas à l’idée de ses responsables de faire fabriquer cela en France, mais dans un pays de l’Est, en Inde ou en Chine.

Un dessin humoristique datant de 2005

Il arrive qu’en France on ait affaire à une entreprise existant depuis des générations, employant du personnel compétent. J’entends  » une entreprise qui fabrique réellement quelque chose « , avec des machines, des ouvriers, des techniciens soit soudain rachetée, sa direction étant confiée entre les mains d’un dynamique pdg, plus « moderne ». Celui-ci s’empresse de  » dégraisser « , négocie le départ en pré-retraite d’un personnel âgé mais … compétent, expérimenté, du genre 50-55 ans. Il allège la charge salariale en embauchant  » des petits jeunes « , moins coûteux en salaires, qui recherchent un emploi, mais sans expérience. Le résultat peut être catastrophique, au point de lasser le nationalisme du client qui pensera que « faire fabriquer français » est décidément trop problématique…
Le  » vase communiquant  » continue de fonctionner.
La naissance de l’agressivité chinoise en matière industrielle et commerciale est à porter au crédit de Deng Xiaoping, mort à 92 ans.

Deng Xiaoping en 1962

Peu importe que le chat soit noir ou blanc. S’il attrape la souris, c’est un bon chat ( Deng Xiaoping, 1962 )
Il y a un dénominateur commun chez tous nos hommes politiques, qu’ils soient de droite ou  » de gauche  » …. c’est qu’il ne parlent pas, ou très rarement, de la façon dont la Chine est en train de peser sur la géopolitique mondiale, ce que ce hoax tente d’évoquer de façon caricaturale. Cette pression est tout à fait réelle. Vous n’avez qu’à voir les croissance exponentielle des produits  » made un China « , partout. Mao Tse doung était un littéraire de formation, qui n’avait aucune notion de technique.
On lui doit de fantastiques catastrophes, comme celle d’imaginer développer une sidérurgie dans les campagnes. Mao a poursuivi un mouvement, initié au début du siècle, visant à tirer la Chine de son arriération. Il a poursuivi, intensifié des mesures déjà initiées par ses prédécesseurs en interdisant le bandage des pieds, qui correspondait, en Chine, entre autre, à un vieux fantasme sexuel, les gravures érotiques montrant toujours des courtisanes ainsi équipées de cet attribut puissamment excitant pour les habitués des maisons closes de haut rang. C’était aussi le symbole de l’aliénation de la femme chinoise.
Mais je ne vais pas m’étendre plus avant sur cette période de l’histoire.
Il y a eu  » choc des cultures « , même s’il convient d’être prudent dans le contenue de ce mot. On peut peut être parler de  » choc des modes de vie à une époque donnée « . Je suis en train de préparer un dossier sur l’histoire du Japon qui, avec  » l’ère Meiji  » est passé en quelques décennies du Moyen-Age au monde moderne de l’époque ( XIX° siècle ). Les Japonais ont fait d’ailleurs beaucoup mieux, et je raconterai tout cela. Sous l’impulsion de leur Empereur, sorte de  » Pierre le Grand  » asiatique, et d’un groupe qu’on pourrait qualifier de  » militaro-industriel  » (pendant Japonais du lobby militaro-industriel qui servit de tremplin à Hitler ), ils se sont dotés de tous les éléments de fonctionnement des occidentaux, sur tous les plans. Ils se sont créé une armée moderne, une police, une administration, un service d’éducation, de santé, des usines, des arsenaux, etc.

Ce faisant, ils ont choisi d’emblée la modernité, passant d’un bond fantastique des jonques aux cuirassés fortement armés, avec lesquels ils écrasèrent la faible flotte chinoise puis, en 1905 la flotte de … L’Empire russe, à la stupéfaction générale.

Je raconterai tout cela en détail et c’est passionnant. Le créateur de la marine de guerre fut un français, un polytechnicien qui, en séjournant seulement quatre années dans le pays, le dota d’une machine de guerre navale ultra-moderne. Visionnaire, il avait compris d’emblée que la marine de guerre devait être :

– Tout métal

– Fortement blindée

– Constituée de grandes unités

– Dotées de canons dont le calibre dépasse celui des unités terrestres, portant à grande distance (calibre des canons du Yamato : 460 mm, jamais égalé au monde ).

– Rapide, très rapide.

Le plus grand croiseur du Monde, le Yamato, lancé en 1941, 245 mètres à la flottaison, 2450 hommes d’équipage

Ainsi conçue, cette flotte, conçue par un Français, pouvait faire jeu égal avec les flottes les plus modernes du monde, et en tout cas écraser sans coup férir les flottes chinoises et russes.
J’évoque ces aspects pour suggérer le passage très rapide du Japon, sous l’impulsion d’une oligarchie visionnaire, d’un état d’arriération médiéval au modernisme le plus stupéfiant.

Ceci nécessite des capacités d’adaptation hors du commun, qui furent possible au Japon, au XIX° siècle du fait d’un fort taux d’alphabétisation. On connaît les suite de ce  » bon en avant japonais », brutalement expansionniste.

En 1972 Deng Tiaoping comprend que pour faire progresser la Chine sur tous les plans, économique, industriel, stratégique, scientifique, le pays ne peut continuer à vivre replié sur lui-même, accroché à des conceptions marxistes inefficaces, celles de Mao, le Grand Timonier.
Comme la Chine, le Japon est relativement pauvre en ressources naturelles, en particulier énergétiques. Son développement, son hégémonie dans l’immense Asie impliquait que le pays se dote d’armes modernes.

Le but de la Chine n’est pas d’envahir les pays voisins, si on excepte le Tibet. Mais sur ce point les relations entre ces deux régions du monde représentent une longue histoire, que beaucoup de gens ignorent, préférant porter toute leur attention sur la destruction des monastères et la mise au pas brutale de la caste monacale.

La Chine a une revanche à prendre sur le monde occidental. Ces gens n’ont pas oublié les deux guerres de l’opium. Les lecteurs ont certainement en tête l’image de Chinois complètement dans les vapes, allongés sur des nappes, dans des fumeries.

Fumerie d’opium à Shangaï

Ce qu’ils ignorent peut être c’est que cet opium, fabriqué en Inde au profit des Britanniques fut introduit par ceux-ci dans le pays. La Chine de l’époque ( dynastie Qing ) voulut s’opposer à cette pénétration de ce produit délétère sur son territoire. Les Occidentaux (l’Angleterre d’abord, à laquelle se joignit la France, la Russie et les Etats-Unis) répliquèrent militairement en contraignant les Chinois à accepter cette importation fort lucrative.

La Géopolitique n’est pas un terrain de jeu, c’est un champ de bataille, siège de toutes les compétitions. Si le Japon du XIX° siècle décide d’entrer dans la modernité technologique, c’est pour éviter ce que les Occidentaux sont déjà en train d’installer dans tout l’orient (les Français au Vietnam, les Européens en Chine avec les guerres de l’Opium, plus les visées russes vers le Pacifique, etc ). Ces Japonais se disent :
– Si nous restons dans notre Moyen-Age, avec nos province-propriétés terriennes, gérées par des deimos, défendues par plus d’un million de samouraï, constitués en armées privées, nous allons nous faire laminer par les occidentaux et devenir, comme le Vietnam, une colonie, que se partageront les différents pays. Ils nous faut donc acquérir les équipements et les armes du monde moderne, très vite. C’est une question de survie du pays.

Pendant ce temps la Corée n’a plus de direction politique, la Chine se débat dans des convulsions révolutionnaires embryonnaires, en ayant à sa tête une impératrice issue d’un autre âge, qui vit dans la Cité Interdite, entourée d’eunuques.

Chine : l’impératrice Cixi en 1902, se regardant dans sa glace

Le mental de Mao est resté bloqué dans les années 1917 et suivantes, au temps des Kolkhozes, de l’agriculture collectiviste et des plans quinquennaux. Deng Tsiaoping conçoit alors un autre mode de développement, sans précédent historique. Il décide de conserver la férule de l’appareil politique chinois, du parti, la puissance de son armée populaire, tout en hébergeant au sein de cette Chine  » communiste  » des unités économiques, des unités de production construites à l’image des structures occidentales, en appliquant ce qu’on pourrait appeler un libéralisme contrôlé. D’où sa célèbre phrase, qui résume tout :

Peu importe que le chat doit noir ou blanc. S’il attrape la souris, c’est un bon chat

En transposant, on pourrait écrire :

Peu importe le système politico-économique qui gère le pays, du moment qu’il nous permet de nous développer

En Chine règne une corruption millénaire, toujours présente aujourd’hui. Les masses paysannes misérables convergent vers les centres urbains et les mégapoles industrielles pour fournir la force de frappe chinoise : une main-d’oeuvre à très bas salaire. On pourrait dire  » nourrie-logée  » mais on pourrait ajouter  » bénéficiant d’une assistance médicale fournie par l’entreprise « . Ces masses de travailleurs sont utilisées, mais le niveau d’utilisation de cette force de travail ne descend pas au niveau de dégradation inhumaine où on avait abaissé le prolétariat européen au début du siècle, avec des conditions de vie insalubres, le travail des enfants dans les mines, etc. Mais pour ces gens, le fait d’avoir un toit et le ventre plein est déjà inespéré.

Ceci étant, si on enlevait un travailleur européen et qu’on le  » transforme en prolétaire chinois  » supporterait-il d’être logé dans des dortoirs, de manger dans des cantines, et de n’avoir que quelques mètres à faire pour aller prendre sa place dans quelques unité de production, revêtu d’un uniforme ?

Ca, c’est pour  » le bas de gamme de la société chinoise  » qui constitue, numériquement, un part importante de sa population. Cela fonctionne parce que le pouvoir a autorisé la naissance d’une oligarchie qui, elle, s’emplit bruyamment les poches. Parmi les plus riches se trouvent les propriétaires-exploitants de mines de charbon. La Chine a  » défonctionnarisé » et dénationalisé son système de production.

Avant Deng, les Mines étaient propriétés de l’Etat. Maintenant tout ce qui pouvait l’être ( sauf au premier chef l’industrie des armements ) a été privatisé. Quand il s’agit d’avoir une forte production, rien ne fonctionne mieux qu’un bon système capitaliste, avec des salaires bas, des acquis sociaux inexistants, l’absence de retraites, etc. Les mines chinoises sont des goulags. Les conditions de travail sont connues pour être les plus dures qui soient. L’attention est concentrée sur la production, pas sur la sécurité.

Chaque année des accidents se produisent dans des mines chinoises. Par contre, chaque année, quand les fabricants d’automobiles Occidentaux viennent présenter leurs nouveaux modèles, il y a toujours une voiture hyper-luxueuse et hyper-chère, immédiatement achetée, quel que soit son prix, par un propriétaire de mine de charbon.

Les capitalistes du monde entier sont exempts d’états d’âme. Les capitalistes chinois également, mais ceux-là aiment faire étalage de leur opulence.

Le pouvoir tolère cette structure, tout en gardant un contrôle de fer sur l’ensemble. C’est :

– Enrichissez-vous, mais ne vous avisez pas de confondre cet enrichissement avec le début de la détention d’un pouvoir.

En Occident, les hommes politiques sont des marionnettes entre les mains des puissances d’argent. En Chine le pouvoir politique reste entre les mains du Parti. Sa police et son armée sont là pour lui permettre d’exercer un contrôle de fer sur tout ce qui bouge et  » ne va pas dans la bonne direction « .

Tout ce que compromet, peu ou prou, cette marche en avant est intempestif. La manifestation de Tien Amen, par exemple. On sait maintenant que c’est Deng lui-même qui donna l’ordre d’une répression immédiate. Une répression brutale. En Chine les baïonnettes remplacent les lances à eau et les balles en acoutchouc. Un mai 68, en Chine ? Désolés, on n’a pas de temps à perdre à ces vétilles. Dispersez vous. Circulez, il n’y a rien à voir.

On a voulu voir dans les morts de Tien Amen un acte féroce, cruel. Les photos satellites montrant les corps ont été truquées. Ça ne veut pas dire qu’il n’y ait pas eu de victimes mais, paradoxalement, beaucoup de tués furent des gens qui furent la cible des militaires chinois, lorsque ceux-ci convergèrent vers la place, à toute allure. Les ordres avaient été donnés : le gouvernement va vider la place de ses manifestants. Riverains, restez chez vous et fermez vos volets. Cet ordre s’adressait aux habitants dont les fenêtres donnaient sur la grande avenue conduisant à la place. Les soldats arrivèrent et tirèrent sur toutes les fenêtres ouvertes ! Puis la place fit dégagée, sans grande difficulté. Le nombre de morts est simplement à l’échelle du pays. Chez nous, en France, un manifestation du tourne mal se solde par quelques dizaines de morts. En Chine, comptez un ou deux ordres de grandeur de plus.

Mais le message fut clairement formulé :
Le pays est en marche. Le niveau de vie général va s’élever. La machine fonctionnera, à sa manière, que cela vous plaise ou non. Nous voulons une Chine puissante, sur la scène internationale, sur tous les plans. Si vous êtes étudiants, faites donc des études pour avoir une bonne place dans la société et contribuer au développement du pays. Mais si vous espérez devenir des leaders politiques, dans le style des Français de mai 68, Jouer les Cohn Bendit et les Sauvageot, laissez tomber. Vous seriez intempestifs.

La Chine est une immense armée, en marche, une fourmilière, une marabunta. Elle est en train de conquérir  » le monde « ( le mot  » parts des marchés  » a maintenant remplacé le mot  » territoire  » ), silencieusement. Allemands en Japonais se figurèrent un temps qu’ils constituaient les représentants d’une race supérieure. Ils avaient ainsi droit à leur  » espace vital « , constitué de vastes territoires où la population autochtone, fait de sous-hommes devait être décimée, éliminée, froidement. Dans la foulée de l’opération Barbarossa les Allemands ne tuèrent pas que des millions de juifs. Ils furent responsables de la mort de 20 millions de Russes.

Ce qu’on ignore c’est que Japon, dans sa guerre expansionniste en Asie causa, de mille manières, la mort de trente millions d’individus, tous pays confondus. A Nankin les japonais massacrèrent 300.000 personnes, dont 200.000 civils, hommes, femmes et enfants, en six semaines.

L’Allemagne et le Japon devaient tuer des autochtones pour occuper de vastes territoires, parce qu’on ne peut pas envahir un continent quand on a une population qui ne dépasse pas 60 à 70 millions d’habitants.

Est-ce à dire qu’un jour des hordes chinoises déferleront sur le monde, comme dans un film de Jean Yanne et que les Champs Elysées, à Paris, se peupleront de Chinois vêtus de vareuses et de casquettes Mao, arborant l’étoile rouge ?

Non, il y aura un jour …. beaucoup de touristes chinois, vêtus à l’occidentale, nous visitant comme on visite une réserve africaine, avec curiosité. Comme on parcourt des pays  » économiquement conquis « . Avec Deng, la Chine a entrepris de partir à la conquête du monde, mais pas sur le terrain géographique. Les cibles, les  » souris  » dont il parle, que ce grand chat jaune compte attraper, ce sont les marchés.
La Chine change. Mais quelle est l’ampleur de ce changement ?
…/…

Lire la suite

Auteur Jean Pierre Petit

2 commentaires

Laisser un commentaire