La Vallée du Jourdain asséchée par l’occupant : reportage d’opposants israéliens….

C’est l’été, il fait chaud, un verre d’eau rempli de glaçons est un bonheur, pas pour tous malheureusement. Témoignages d’opposants israéliens.

Merci à David Shulman, Margaret Olin, Guy Hircefeld et Anat Lev, pour ce reportage sur Al-Hadidiya, un village de la Vallée du Jourdain, au sud d’Hebron, écrasé par la chaleur et privé d’eau.

« Quatre mois est plus que suffisant afin d’apprendre le sens de la folie et la cruauté. Qui a mis en place ce système et l’a laissé durer pendant un demi siècle ? N’est-ce pas de la pure folie que de délibérément priver d’eau familles, enfants et personnes âgées en plein été et dans le désert le plus brûlant ?

Il faisait au moins 37 ou 38 degrés aujourd’hui à Al-Hadidiya. Sans eau courante bien sûr et même sans eau du tout. Il est impossible de survivre sans eau là-bas.

Je dois vous avertir que lire ce récit vous donnera autant soif que de regarder Lawrence Prince d’Arabie. J’avais deux litres d’eau sur moi et je ne jeûnais pas contrairement à la plupart des Palestiniens que j’ai rencontré (c’était le Ramadan), mais j’avais soif toute la journée malgré tout.

La colonie israélienne Ro’i, à moins d’un kilomètre de là, ne souffre d’aucune pénurie d’eau. Vous le savez sûrement déjà : l’’eau s’écoule librement dans leurs tuyaux, et provient en partie des sols d’Al-Hadidiya. De plus, j’imagine que leur piscine est bleue, agréable et surtout pleine d’eau.

Priver les Palestiniens d’Al-Hadidiya d’eau est une pure stratégie politique, et non un fait anodin.Le gouvernement militaire sait parfaitement ce qu’il fait. Ils se disent que sans eau ces gens vont soit mourir ou s’en aller. Il s’agit d’un nettoyage ethnique. Personne ne devrait appeler cela autrement.

Voici Abu Saqer, le patriarche du village. Il a la peau et les yeux foncés, et la dignité incroyable typique d’un homme né dans ces tentes noires et qui a vécu toute sa vie parmi ces roches et ces sillons. Il est à la fois calme, lucide, et aigri. Il parle un arabe soutenu et soigné, voire lyrique. Un mélange du dialecte palestinien standard et d’expressions de fermiers enrichis par de nombreux mots rares que les arabophones apprécient. C’est un ami. Je l’ai su dès le début.
Il est encore tôt, environ 19 heures et demi quand la terrible lumière apparaît et voilà ce que notre ami nous raconte :

« Les colons et l’État israélien ont commis de nombreux crimes et continueront à en commettre d’autres mais le pire crime, une monstruosité morale est de nous priver d’eau. Ils ont pollué nos puits et les ont rempli de roches et de saletés, les ont asséché par leur forage et ont asséché les sources naturelles. J’ai moi-même possédé entre 60 et 90 puits ici, et ils ont tous été détruits. Cela c’était déjà passé dans les années 1970. Au même moment, des centaines de mètres cubes d’eau sont gaspillés par les colons, pour leurs pelouses et leurs piscines. Des communautés entières ont été dévastées, leurs peuples repoussés, déplacés par des camps militaires et des colonies. Autrefois une centaine de familles vivaient à Al-Hadidiya, il n’en reste plus que 14. Nous devons rapporter de l’eau dans des citernes de très loin et parfois nous sommes retardés pendant des heures dans les barrages routiers et nous payons l’eau 3 fois plus chère que les Israéliens.

« Dans chaque guerre il y a celui qui tue, et celui qui est tué, mais quel est le rapport avec l’eau ? Pourquoi démolissent-ils continuellement nos maisons ? Se servent ils de nous pour de sordides expériences comme si nous étions des rats ? Nous vivons dans la zone C où les bergers sont responsables de l’écosystème, de la survie de nombreuses espèces d’êtres vivants. Mais ils arrêtent les bergers et leurs font payer des amendes exorbitantes – au début c’était 5 dinars jordaniens par mouton, puis 11 dinars, rien que pour libérer leurs troupeaux. Une amende peut facilement grimper jusqu’à 100 dinars. Parfois, des hélicoptères poursuivent les bergers et les troupeaux, les soldats en sortent et tirent sur les bêtes. Ils prétendent que c’est une zone de sécurité mais pourquoi tirer sur les moutons ? Ils enrichissent l’État israélien en nous appauvrissant.

« A la fin des années 1980, au moment des accords d’Oslo, il y avait de l’espoir, mais finalement le désastre est devenu encore plus terrible. Regardez simplement ici, voyez comme ils ont détruit nos maisons. Ils font tout ce qu’ils peuvent pour nous chasser. Nous sommes des gens simples à Al-Hadidiya, à ‘Ein al-Hilwe, à Ra’s al-Ahmar. Que désirons-nous ? Faire paître nos moutons, nourrir nos familles, donner une éducation à nos enfants. Rien de plus. La cour suprême israélienne a décidé que les démolitions n’auraient plus lieu mais les soldats n’en tiennent pas compte. Quand un soldat vient terroriser mon foyer où est le juge ? L’année dernière il y a eu des démolitions (le 26 novembre 2015), et ils nous menacent encore aujourd’hui. Ma fille a été blessée par une Israélienne (probablement une soldate) devant mes yeux.Comment suis-je censé vivre avec les Israéliens dans ce qu’ils prétendent être la seule véritable démocratie au Moyen-Orient ? Une nouvelle génération se réveille, nous en avons assez des mensonges. Ils ont également empoisonnés 44 de nos moutons en 2014. Comment pourrions nous vivre avec eux ? »

Abu Saqer parle lentement comme s’il pesait ses mots. Un homme éloquent. Mais son histoire n’est pas seulement la sienne mais celle de toutes les communautés palestiniennes dans la vallée du Jourdain. Les récits des Palestiniens se ressemblent tous : les injustices, le terrorisme d’État et encore et toujours cette soif insupportable. A la fois la soif d’eau et la soif de justice. Ou peut être l’inverse. »

…/…

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Source: touchingphotographs  relayé par LesBrinsd’Herbe

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