L’extraction minière en France : bientôt près de chez vous ?

Avec la raréfaction des métaux et une demande toujours plus forte, l’extraction minière a le vent en poupe. En France, plusieurs permis de recherches ont été accordés dans la Sarthe, la Mayenne, ou la Creuse. Des demandes de permis sont en cours dans d’autres départements. Une ruée vers les minerais qui ne sera pas sans conséquences sociales et environnementales. Quel impact aura ce soudain intérêt pour les métaux de l’Hexagone ? « C’est maintenant, pendant la phase  »d’exploration », que se décide l’avenir », alerte le collectif Aldeah, spécialiste de l’extractivisme, à quelques jours du festival international contre l’exploitation minière, qui se déroulera à Lussat, dans la Creuse.

Il y a un an, le ministère de l’Économie et du Redressement productif accordait à l’entreprise Variscan, filiale d’une société minière domiciliée en Australie, un premier « permis de recherches de mines » (PER). Ce PER de Tennie couvre 205 km2 entre la Sarthe et la Mayenne. Cinq mois plus tard, le PER de Villaranges, dans la Creuse, est octroyé à Cominor, une autre micro-entreprise au capital social d’à peine 38 125 euros. Sa maison-mère canadienne, La Mancha, est aujourd’hui détenue par un fond d’investissement luxembourgeois [1].

En février dernier, le portefeuille minier de Variscan s’est vu compléter par le permis de Saint-Pierre (Maine-et-Loire). Ceux de Beaulieu (Loire-Atlantique) et de Merléac (Côtes d’Armor), pour lesquels la « consultation du public » est terminée, devront suivre bientôt. Plusieurs autres demandes sont en cours d’instruction. Parmi les métaux convoités, on trouve principalement le cuivre (à Tennie), l’or (à Villeranges et Saint-Pierre) et l’étain (à Beaulieu), mais également de nombreux autres minerais qui peuvent y être associés : zinc, plomb, argent, antimoine, tungstène, niobium, tantale, molybdène, lithium, indium, germanium… Comment s’explique ce nouvel intérêt pour les métaux de l’Hexagone ?

8 millions de kilomètres de câbles de cuivre en Europe

Aujourd’hui, presque tous les objets qui peuplent notre quotidien contiennent des métaux. 8 millions de kilomètres de câbles de cuivre assurent le transport du courant électrique en Europe. Une voiture individuelle en contient en moyenne 2 km (soit 20 kg), mais aussi 780 kg d’acier, 130 kg d’aluminium, 15 kg de zinc et 8 kg de plomb. En France, le bâtiment et les travaux publics consomment près de 4 millions de tonnes d’acier par an. Un avion long-courrier de nouvelle génération (du type A350) est fait d’approximativement 23 tonnes d’aluminium, 17 tonnes d’alliages de titane et 12 tonnes d’aciers et d’alliages spéciaux. Et il faut 240 tonnes de nickel pour construire un réacteur de centrale nucléaire EPR.

Les innovations multiplient sans cesse les composants métalliques des « biens » individuels de consommation, que la publicité se charge de nous faire acheter. La haute technologie « intelligente » (téléphones, ordinateurs, etc.) et les nouvelles technologies « vertes » (voitures hybrides ou électriques, photovoltaïque, éolien, etc.) engloutissent des quantités toujours croissantes non seulement de cuivre et de silicium, métaux par excellence des applications électriques et électroniques, mais également de platine et de palladium, d’or et d’argent, de gallium et d’indium, de germanium, de titane, de tantale (coltan), de lithium, de cobalt et de terres rares.

Voiture, avion, shampoings, encres… Des métaux partout !

Dans le passionnant ouvrage Quel futur pour les métaux [2], auquel cet article emprunte des données, les ingénieurs Philippe Bihouix et Benoît de Guillebon attirent l’attention sur les « usages dispersifs » des métaux (lire aussi notre article Quand le monde manquera de métaux). C’est-à-dire « l’incorporation de métaux dans des produits chimiques ou des objets de consommation courante » qui, de même que les alliages de plus en plus nombreux et sophistiqués, augmentent la part des minerais définitivement perdus pour le recyclage.

Les métaux se retrouvent ainsi dans les pigments, les encres et les peintures, les fertilisants, les additifs dans les verres et les plastiques, les pesticides ou les feux d’artifice. Mais aussi : dans les shampoings (sulfure de sélénium, strontium ou mercure), les teintures pour cheveux (bismuth, plomb, cobalt), les rouges à lèvres nacrés (bismuth, un métal lourd associé au plomb), les savons désinfectants (arsenic ou sélénium), les déodorants (aluminium, zirconium, sulfate de zinc), les dentifrices (titane pour colorer en blanc, sulfate de zinc, parfois étain), les lames de rasoirs jetables (cobalt), les fleurs coupées (sulfate de nickel ou nitrate d’argent pour garder la fraîcheur !), les colorants alimentaires (aluminium) ! En 2012, la production mondiale des métaux (extraction et traitements pour séparer les minerais) a dépassé les 3 milliards de tonnes [3].

Une croissance métallo-intensive

Nos systèmes de production sont de plus en plus « métallo-intensifs ». Bien sûr, notre recours aux métaux est ancien. Certains – le cuivre, l’or, l’argent – étaient déjà connus au Néolithique. L’étain (et le bronze), le fer (et l’acier), le plomb et le mercure, étaient exploités avant la révolution industrielle. Les métaux ont inspiré des mythes et des sciences – l’astrologie et surtout l’alchimie, la « médecine des métaux ». Ils ont provoqué de nombreux conflits et motivé des conquêtes : Jules César cherchait déjà à accéder aux filons d’or de la Gaule ! La « découverte » des Amériques par l’Occident a signé le début d’une longue histoire de pillage, à commencer par les trésors aztèque et inca et l’extraction des phénoménales quantités d’argent des mines péruviennes et mexicaines dès les premiers siècles de la colonisation.

Néanmoins, c’est avec les révolutions industrielles – à commencer par la première, celle du fer et du charbon – que la consommation des métaux passe elle aussi à l’échelle industrielle. Aux 18ème et 19ème siècles, le développement de la chimie et de la métallurgie (notamment de l’électrolyse) permet de découvrir de nouveaux métaux (zinc, cobalt, nickel, manganèse, molybdène, tungstène, titane, chrome,…) qui ne seront réellement utilisés qu’au 20ème siècle. Résultat ? Entre 1900 et 2000, alors que la population n’a fait que quadrupler, la consommation des métaux a été multipliée par 19 [4] ! Et elle a encore doublé au cours des vingt dernières années. De l’utilisation d’une vingtaine de « grands métaux » il y a 30 ans, nous sommes passés à plus de 60 aujourd’hui [5] ! Selon le World Gold Council, plus de deux tiers de l’or extrait depuis sa découverte, il y a 6000 ans, l’a été lors des cinquante dernières années…

Explosion de la demande et flambée des prix

La demande de métaux des pays émergents, en premier lieu celle de la Chine, poussée par leur croissance industrielle, leur urbanisation et par ce qu’il est convenu d’appeler « l’élévation de leur niveau de vie », est venue s’ajouter à celle des pays « émergés » depuis longtemps. A quelques exceptions près, ces derniers n’ont pas baissé leur consommation de métaux, alors même que beaucoup d’industries fortement consommatrices ont été délocalisées. D’où l’explosion de la demande de métaux ferreux, d’alliages, de cuivre, d’aluminium, de zinc, de nickel et d’autres grands métaux industriels, pendant que l’invasion des marchés par de nouveaux produits technologiques à l’obsolescence croissante booste la consommation des métaux high-tech, déjà relativement rares et surtout inégalement répartis sur la croûte terrestre.

Source, suite et fin de l’article sur Bastamag

 

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