Même les espions ne peuvent plus espionner tranquillement, merci Hadopi!

A trop surveiller la population en imposant des lois comme Hadopi, on créé des situations qui ne font pas plaisir à tout le monde et les services d’espionnage en subissent les conséquences directes.


La NSA, la DGSE et la DCRI ne disent pas merci à l’Hadopi

Aujourd’hui, pour traquer les candidats à l’action suicide, nos agents passent plus de temps derrière un écran d’ordinateur qu’à la sortie des mosquées.

Un expert de la DCRI, service de contre-espionnage français.

La Hadopi fait de nous des pirates

Or, et dans le même temps, le recours croissant des internautes à des outils et technologies de cryptographie et de protection de la vie privée, afin de se protéger de l’Hadopi, ou de la censure du Net comme c’était le cas en Tunisie notamment, embête très sérieusement les services de renseignement américains, mais également français.

L’ouverture du procès de cinq militants liés à une filière jihadiste franco-belge est l’occasion, pour Le Figaro d’expliquer, dans un article intitulé Internet, fil conducteur des dossiers islamistes, qu’”à l’heure des réseaux sociaux, la traque des terroristes se fait désormais plus sur Internet que sur le terrain” :

Un magistrat antiterroriste l’assure: «Internet est devenu le fil conducteur des dossiers islamistes à Paris.» Le tribunal en instruit une cinquantaine. Sans compter les enquêtes préliminaires diligentées par le parquet.

À chaque fois ou presque, les terroristes présumés ont utilisé des moyens de communication informatiques pour endoctriner, recruter, échafauder des projets d’attentat.

«Aujourd’hui, dit un expert de la DCRI, service de contre-espionnage français, pour traquer les candidats à l’action suicide, nos agents passent plus de temps derrière un écran d’ordinateur qu’à la sortie des mosquées.»

Plutôt que de bloquer les sites, forums et autres réseaux sociaux où se nouent les contacts entre “frères“, les agents de la DCRI et de la DGSE qui les surveillent activement s’en servent pour se tenir informé, ou pour les infiltrer, quitte à créer de vrais-faux sites djihadistes de types pots de miel.

La France n’est pas au bout de ses peines

Pour échapper à cette cybersurveillance et aux grandes oreilles des services de renseignement (voir Frenchelon: la carte des stations espion du renseignement français), Le Figaro rapporte que les islamistes jugés à Paris ne s’envoyaient pas de courriels, mais qu’ils communiquaient via le dossier “brouillon” de leur messagerie internet.

Le recours aux logiciels de cryptographie, au réseau Tor, proxys anonymiseurs et autres outils et techniques de protection de l’anonymat pose “un vrai casse-tête aux autorités

Et la France n’est pas au bout de ses peines.

Car l’avènement d’Hadopi, gendarme des droits d’auteur sur Internet, a le don d’agacer l’allié américain. Les services de renseignements des États-Unis craignent que cette forme de répression massive, qui se veut préventive, ne développe chez les adeptes des films et musiques piratés un engouement pour les techniques d’anonymisation jusqu’alors réservées à quelques hackers ou à certains types de réseaux criminels ou terroristes.

Un cyberpolicier français en convient: «S’il est encore possible d’isoler en France une partie du flux d’informations codées pour tenter de le décrypter, l’opération deviendra nettement plus délicate quand le ruisseau sera devenu torrent à force de transporter les lourds fichiers vidéo de dizaines de milliers de pirates improvisés.»

L’internet est un très bon moyen de se cacher

En octobre dernier, Bernard Barbier, le “directeur technique” de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE), avait déjà expliqué Frenchelon: la DGSE est en “1ère division”) que si, lorsqu’il était arrivé dans la maison, en 1989, le recours à la cryptographie servait d’alerte, car seuls les diplomates, les militaires ou les services secrets chiffraient leurs communications, aujourd’hui, “tous les apprentis terroristes utilisent la crypto“, et l’internet leur permet de se cacher : “ils savent qu’ils peuvent être écoutés, et donc se cachent dans la masse des utilisateurs de l’internet” :

“Nos cibles principales aujourd’hui n’utilisent plus le chiffrement gouvernemental ou militaire mais plutôt de la cryptographie grand public, car nous travaillons à 90% sur l’anti-terrorisme. Aujourd’hui, nos cibles sont les réseaux du grand public, parce qu’utilisés par les terroristes.”

En aparté, lors de la pause café, on avait ainsi appris que les services de renseignement américains avaient même “engueulé” leurs homologues français au sujet de l’Hadopi… suivant en cela les services de renseignement britanniques qui avaient déconseillé à leur gouvernement un tel mécanisme qui rendrait “difficile” la surveillance des internautes.

On sait aussi désormais que la Hadopi, en poussant les internautes à se protéger et à recourir à la cryptographie, embête aussi les services antiterroristes de la DGSE et de la DCRI.

Internet est une rue, la crypto la clef de nos logis

A toutes fins utiles, il serait bon de préciser que les centres commerciaux, arrière-salles de café, parcs publics et grands magasins sont également de très bon moyens, utilisés depuis longtemps par les espions, pour parvenir à se “cacher“.

Comme le rappelle le portail gouvernemental consacré à la sécurité informatique, l’internet est une rue peuplée d’inconnus, ou, comme l’écrivait Nicolas Voisin dans Internet est une rue :

Internet n’est pas bon ou mauvais, comme une rue n’est pas “bonne ou mauvaise”. Internet est ce que l’on y fait. Le web est riche des rencontres et découvertes que vous y ferez.

Il est donc normal d’y trouver des terroristes, des pédophiles, des nazis, mais aussi et surtout des gens qui, pour protéger leurs communications, leurs vies privées, le secret de leurs affaires, ont eux aussi recours à la cryptographie.

Ce pourquoi, d’ailleurs, securite-informatique propose d’ailleurs un module d’autoformation et d’introduction à la cryptologie, cette “science du secret“.

Un Etat surveillant, ou protecteur ?

Le problème, ce n’est pas la cryptographie, ni le besoin qu’ont les internautes de vouloir protéger leur vie privée, pas plus que celui des entreprises de protéger leurs salariés des risques d’espionnage industriel.

Le problème, c’est la Hadopi, et cette façon qu’ont les autorités de dépenser bien plus d’argent, de temps et d’énergie à vouloir nous surveiller plutôt qu’à nous aider à nous protéger (voir Internet : quand l’Etat ne nous protège pas).

Il a ainsi fallu 32 ans pour que la CNIL obtienne un budget de 13 millions d’euros. La Hadopi, elle, l’a obtenue en moins d’un an (voir la petite étude comparée que j’en ai tiré : Hadopi vs CNIL : l’une chante, l’autre pas).

Budgets comparés de la Hadopi et de la CNIL

Alors que le gouvernement cherche à décapiter la CNIL, à lui couper les vivres, et alors que, 32 ans après son adoption au Parlement, 82% des organismes ne respectent pas la loi informatique et libertés, il serait pourtant bon de renverser les priorités.

PS : le “truc” du dossier brouillon, je l’avais déjà mentionné dans mon article Journalistes : protégez vos sources ! (voir aussi mon petit manuel de contre-espionnage informatique).

Voir aussi :
Rions un peu avec la Hadopi
Safari et la (nouvelle) chasse aux Français
Le monde entier enterre la vie privée
Le président de la CNIL sauve sa tête
Le président de la CNIL a voté “pour” la Loppsi
L’armée privatise le nettoyage de ses grandes oreilles

Source: bugbrother

http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2011/02/04/les-services-de-renseignement-ne-disent-pas-merci-a-lhadopi/