Comment Goldman Sachs a lâché Obama

Obama va-t-il gagner ces élections présidentielles américaines? Vu qu’il a perdu le soutient financier d’un très gros investisseur, la banque la plus pourrie non pas par ses actifs mais par ses agissements: la Goldman Sachs. On aurait pu être étonné puisque Obama, bien vendu qu’il est aux financiers qu’il est, a quand même protégé et même blanchi certaines grandes banques, mais personne n’est à l’abri d’un retournement de veste semble-t-il… De toute manière, quel que soit le vainqueur à ces élections, vous pensez réellement que cela changera quoi que ce soit?

Principaux bailleurs de fonds de la campagne d’Obama en 2008, cadres et employés de la célèbre banque d’affaires new-yorkaise ont retourné leur veste.

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Lorsque Barack Obama s’est lancé dans la course à la présidence en 2008, aucune grande société américaine n’a davantage contribué au financement de sa campagne que Goldman Sachs. Cette année, aucune n’a fait davantage pour contribuer à sa défaite. Révulsés par ce qu’ils considèrent comme des attaques contre leur activité et leur réputation, cadres et employés de Goldman Sachs ont en majotité abandonné M. Obama et constituent aujourd’hui les principaux soutiens financiers du candidat républicain Mitt Romney et du parti conservateur.

Les employés de Goldman Sachs ont donné plus de 1 million de dollars à Obama en 2008. Pour cette élection, ils n’ont versé que 136 000 dollars pour la campagne du président – soit moins que ce que Obama a collecté auprès des employés du département d’Etat. Et ils n’ont rien donné au principal super PAC [comité d’action politique] démocrate qui soutient la réélection du président. En revanche, les employés de Goldman Sachs ont donné 900 000 dollars pour la campagne de Romney, et 900 000 dollars de plus au super PAC créé pour l’aider.

Preuve de caractère radical de ce revirement, cela faisait vingt-trois ans que la banque d’affaires new-yorkaise était le premier bailleur de fonds des démocrates.

Afflux de soutiens pour Romney
Au cours de nos entretiens avec plus d’une douzaine de responsables de Goldman Sachs, beaucoup ont déclaré s’être sentis trahis par les démocrates du Congrès et par la Maison-Blanche, qu’ils considéraient depuis des années comme des alliés. Jim Donovan, un banquier auparavant responsable des relations de Goldman Sachs avec Bain Capital, la société de capital investissement fondée par Mitt Romney, a contribué à attirer l’attention de ses collègues sur le candidat républicain.

« En tant qu’ami de longue date de Mitt et de sa femme Ann, je peux attester que ses convictions et sa détermination à rétablir l’économie américaine sont aussi solides que le sont ses valeurs, explique M. Donovan, en charge des investissements personnels de Mitt Romney chez Goldman Sachs. C’est pourquoi on a observé un tel afflux de soutiens pour Mitt, dans tous les secteurs. »

Les cadres supérieurs de Goldman Sachs expliquent que si la Maison-Blanche a commencé à susciter des grincements de dents, c’est parce que la banque pensait qu’elle serait consultée lorsque le gouvernement Obama commencerait à mettre au point de nouvelles réglementations pour répondre à la crise financière. Ce ne fut pas le cas. Au contraire, ils ont été pris de court par une mesure surnommée la « règle Volcker », qui porterait atteinte à l’une des activités les plus lucratives de Goldman. Les cadres de Goldman, notamment ceux qui ont réuni des millions de dollars pour l’élection de M. Obama en 2008, soulignent qu’ils se sont également sentis offensés par la rhétorique populiste du président, et notamment par sa célèbre saillie à propos des « Fat Cats de Wall Street » [les gros bonnets de la finance].

Le revirement de Goldman Sachs est devenu patent lors d’une collecte de fonds en faveur de Mitt Romney organisée en mai 2011 à l’hôtel Ritz-Carlton de Manhattan, non loin du siège de la banque d’affaires à Battery Park. Le déjeuner privé réunissait tellement de cadres supérieurs de la banque que les gens l’ont décrit comme le « bal des débutantes » de Mitt Romney – son introduction dans le beau monde.

Le changement d’allégeance de Goldman Sachs reflète un retournement de plus grande ampleur du secteur de la finance, qui constituait autrefois une source majeure de financements pour le parti démocrate. Les employés de JPMorgan Chase, Citigroup, Bank of America, Morgan Stanley et Goldman Sachs ont versé 3,5 millions de dollars à M. Obama en 2008. Pour la campagne de 2012, ils lui ont donné 650 000 dollars, contre 3,3 millions de dollars pour M. Romney.

La banque qui embarrasse les politiques
Le « gouvernement Sachs », comme l’ont baptisé les détracteurs de la banque, voient depuis longtemps ses cadres passer de Wall Street à Washington. Goldman Sachs a ainsi donné deux anciens ministres des Finances – le démocrate Robert Rubin et le républicain Henry Paulson – ainsi qu’un ex-sénateur, l’ancien directeur général Jon Corzine, un démocrate du New Jersey. Le mariage de la finance et de la politique a commencé dans les années 1930 [pendant la Grande Dépression] avec Sidney Weinberg, un self-made-man qui dirigea Goldman pendant trois décennies et fut l’un des principaux collecteurs de fonds pour le président démocrate Franklin D. Roosevelt [Président de 1933 à 1945]. Avec la bénédiction de M. Roosevelt, il constitua le Business Advisory and Planning Council, un organisme professionnel qui présentait des cadres à des responsables gouvernementaux.

Source: Courrier international

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