Gouvernement: Une mauvaise passe ou le début de la fin ?….

Jacques Sapir nous fait partager son analyse, d’après les sondages d’opinions. Sachant combien il est facile de manipuler les chiffres et, d’orienter les sondages, nous prendrons cette analyse avec le recul nécessaire, tout en tenant compte que, le personnage « jupitérien », est certes rejeté par une majorité de citoyens mais, ces mêmes citoyens pouvant adorer demain, ce qu’ils brûlent aujourd’hui, gare aux surprises et ça n’a pas échappé à Mr Sapir.. Partagez ! Volti

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Auteur Jacques Sapir pour Sputnik-News

Emmanuel Macron et le gouvernement d’Edouard Philippe affrontent depuis la fin de l’été des sondages particulièrement mauvais. Bien sûr, il ne s’agit que de sondages. Ces derniers ne sont que des photographies, à un moment donné, de l’opinion. Rien ne dit qu’ils se traduiront en résultats électoraux lors des prochaines élections.

Mais, ces sondages néanmoins s’accumulent. S’agit-il du désamour face à Emmanuel Macron, ou de la montée d’une véritable opposition à sa politique? Ces sondages surviennent alors que le dernier remaniement ministériel, qui a été imposé par le départ du gouvernement de M. Gérard Collomb, Ministre de l’intérieur, a duré environ deux semaines. C’est un délai sans comparaison sous la Vème République pour le remplacement d’un Ministre d’Etat. Cela renvoie en fait à la situation de la IVème République et à ses crises ministérielles de longue durée…

Une politique rejetée

On le sait, la côte de confiance et de popularité d’Emmanuel Macron est tombée sous les 30%. Après un an et demi de mandat, cela signe un vrai problème de légitimité dans l’opinion. Mais, il est aussi important de voir que ce phénomène ne concerne pas que la seule personne du Président, une personne à laquelle on pourrait reprocher ses erreurs psychologiques et ses fautes politiques (qu’il s’agisse de l’affaire Benalla ou les photos prises lors de son récent voyage aux Antilles). C’est la politique, qu’il affirme être la sienne, dans des formulations qui sont par ailleurs contradictoires avec la Constitution (où il est dit que c’est le Premier-ministre qui dirige et conduit la politique du pays) qui est donc en cause. A cet égard, il est important de regarder le sondage réalisé par BVA et rendu public le 19 octobre.

Tableau 1

Diriez-vous que la politique économique menée actuellement par le gouvernement est très bonne, plutôt bonne, plutôt mauvaise ou très mauvaise?

Très bonne Plutôt bonne Plutôt mauvaise Très mauvaise Ne se prononcent pas
Ensemble des sondés 3% 27% 38% 31% 1%

Source: https://staticswww.bva-group.com/wp-content/uploads/2018/10/BVA-pour-La-Tribune-Les-Français-et-la-politique-économique-dEmmanuel-Macron-au-lendemain-du-remaniement-Octobre-2018.pdf

Ce sondage montre que plus des deux-tiers des personnes interrogées ont une mauvaise, voire très mauvaise opinion de la politique menée par le gouvernement. Bien entendu, cela n’empêchera pas le gouvernement, qui est appuyé sur une confortable majorité à l’Assemblée, de continuer à mener sa politique. Mais, on est en droit de se demander jusqu’à quand, et avec quelles conséquences, on peut ainsi gouverner contre les deux-tiers des français/

Tableau 2

Répartition par âge des résultats

Bonne ou très bonne Mauvaise ou très mauvaise
Total sondage 30% 69%
Moins de 35 ans 25% 75%
35-49 ans 26% 71%
50-64 ans 27% 73%
65 ans et plus 42% 57%

Source: https://staticswww.bva-group.com/wp-content/uploads/2018/10/BVA-pour-La-Tribune-Les-Français-et-la-politique-économique-dEmmanuel-Macron-au-lendemain-du-remaniement-Octobre-2018.pdf

Il est ici intéressant de constater que les personnes les moins opposées à la politique du gouvernement sont les retraités. Ils ne sont « que » 57% à considérer cette politique « mauvaise ». Par contre, pour les personnes de moins de 64 ans, on est au dessus de 70%. C’est un résultat significatif, surtout pour celui qui entend mener une politique en faveur des actifs…

Une défiance installée

Il est alors particulièrement intéressant de regarder les points sur lesquels la politique du gouvernement est contestée. Le sondage nous en donne une indication.

Tableau 3

Pensez-vous que la politique qui est menée par Emmanuel Macron et le gouvernement permettra d’obtenir des résultats dans les domaines suivants?

Oui, dans les prochains mois Oui, avant la fin du mandat présidentiel Total

des

Non

Ne se prononcent pas Total des oui Résultats de janvier 2018
Réduction du déficit public 5% 31% 62% 2% 36% 43%
Lutte contre le chômage 5% 25% 69% 1% 30% 44%
Pouvoir d’achat 6% 18% 75% 1% 24% 34%

Source: https://staticswww.bva-group.com/wp-content/uploads/2018/10/BVA-pour-La-Tribune-Les-Français-et-la-politique-économique-dEmmanuel-Macron-au-lendemain-du-remaniement-Octobre-2018.pdf

On constate que la défiance des français touche TOUS les objectifs affichés par le gouvernement. Bien entendu, c’est sur les objectifs plus sociaux que la défiance est la plus forte. Il n’y a que 30% des français à avoir confiance dans la politique du gouvernement de lutte contre le chômage (ils étaient 44% en janvier dernier) et 24%, soit moins du quart, à avoir confiance dans la politique de ce gouvernement par rapport au pouvoir d’achat. Mais, et c’est aussi significatif, il n’y a que 36% des sondés à avoir confiance dans la politique du gouvernement concernant la réduction du déficit public. Or, ce dernier point est un « marqueur » de l’électorat de droite, alors que les deux autres points étaient plus des marqueurs de l’électorat de gauche. Emmanuel Macron et le gouvernement d’Edouard Philippe perdent donc sur les deux ailes de la vie politique française. C’est la preuve que le « et en même temps » ne fonctionne plus.

Un remaniement raté?

On l’a dit, la France a connu un remaniement ministériel qui s’est fait dans la douleur. Il devait être l’occasion, pour le Président comme pour le gouvernement, de se relancer. D’ailleurs, le jour même de l’annonce du remaniement, le Président Emmanuel Macron s’est adressé directement aux français. Mais, cette adresse du 16 octobre a été un flop retentissant: peu commentée, elle a été happée par une actualité soit dramatique (les inondations de l’Aude) soit politique (les conséquences de la perquisition au domicile de M. Mélenchon et dans les locaux de la France Insoumise).
Ce remaniement n’a donc visiblement pas convaincu les français, ainsi que le montre le sondage BVA. Le pourcentage de personnes satisfaites atteint à peine les 30%

Tableau IV

A l’issue du remaniement ministériel qui a eu lieu le 16 octobre et d’après ce que vous en savez, diriez-vous que vous êtes satisfait de la composition du gouvernement sur le plan économique?

Très satisfait Plutôt satisfait Plutôt insatisfait Très insatisfait Ne se prononcent pas
3% 27% 39% 26% 5%

Source: https://staticswww.bva-group.com/wp-content/uploads/2018/10/BVA-pour-La-Tribune-Les-Français-et-la-politique-économique-dEmmanuel-Macron-au-lendemain-du-remaniement-Octobre-2018.pdf

Le gouvernement, et le Président, apparaissent donc comme isolés, sans attache durable avec un secteur de l’opinion, et tributaire d’une base sociale, les plus de 65 ans, qui sera logiquement en réduction. L’échec de l’opération politique du remaniement signifie qu’il sera de plus en plus difficile pour Emmanuel Macron de se relancer ou de trouver un nouveau souffle.

Les attaques contres les partis d’opposition, comme vient récemment d’en faire l’expérience la France Insoumise, ne sont pas étrangères à cette situation. Elles ne rétabliront cependant pas l’image du gouvernement et du Président dans l’opinion.

Jacques Sapir

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