Le scandale des mines d’or en Grèce (partie 1) : le gouvernement grec au service des entreprises minières

  1. PROTESTATIONS, PUBLICITE ET LA « DOCTRICE DEKLERIS »
  2. UN TRANSFERT SCANDALEUX, UNE FAILLITE ANNULEE ET LES HOMMES DE BOBOLAS
  3. 0 % DE REDEVANCES, 10 % D’IMPOTS, 10 ANS DE PROTECTION
  4. DES “COMMUNISTES” A LA COUR SUPREME

Cet article est la traduction d’une adaptation d’une enquête d’Unfollow sur la mine d’or en Chalcidique. L’enquête d’Unfollow a été réalisée par Mariniki Alevizopoulou et publiée dans le magazine UNFOLLOW  (N° 14, février 2013). Vous pouvez lire l’adaptation en anglais chez borderlinereportsArticle traduit et publié avec l’accord de Borderline Reports. Traduction par Roumelie

La controverse relative aux activités d’orpaillage en Chalcidique, une province dotée d’une beauté naturelle rare dans le nord de la Grèce, est dominée par le spectre de destructions environnementales vastes et durables. Mais des manœuvres politiques douteuses entre représentants du gouvernement grec et sociétés privées, des accords scandaleux contre les intérêts de l’Etat grec, et une violente répression policière contre les riverains qui protestent contre les mines pèsent aussi sur cette question profondément disputée. Aujourd’hui, nous apprenons qu’Eldorado Gold, le principal investisseur, a un plan rusé pour consolider son investissement : recourir à l’article 107 de la Constitution grecque sur la protection du capital étranger. Le gouvernement grec, de son côté, est prêt à soutenir l’entreprise. Mais la question reste entière : l’investissement sera-t-il globalement profitable à la Grèce ? Les éléments disponibles suggèrent que non.

Un employé de Hellas Gold sur le site en Chalcidique (photo: Stefania Mizara/UNFOLLOW)

Il y a quelques jours, après une attaque perpétrée par des individus cagoulés sur le site de la mine d’or [de Skouriès] et la destruction de machines et d’équipements, le Premier ministre grec Antonis Samaras déclarait au Wall Street Journal : « Ce type d’acte ne peut être toléré. La Grèce est un pays européen moderne, et nous protégerons à tout prix les investissements étrangers dans le pays« .

Il apparaît donc que la multinationale canadienne Eldorado Gold, l’une des plus grandes entreprises minières de la planète, est en passe de gagner la bataille, ayant trouvé dans le gouvernement grec un allié dévoué. Ce n’est pas vraiment nouveau. Cela fait des décennies que les gouvernements grecs soutiennent les intérêts des sociétés minières. L’entreprise a assuré qu’elle ferait « tout son possible » pour protéger la nature unique de Chalcidique. Dans tous les cas, selon les partisans de l’investissement au sein du gouvernement, au Conseil d’Etat (le tribunal administratif suprême en Grèce), et parmi la plupart des médias grecs, il convient de ne pas faire des questions environnementales un problème trop important : même si l’environnement souffre jusqu’à un certain point, disent-ils, c’est un prix acceptable à payer pour un tel investissement, censé apporter un développement plus que nécessaire à la Grèce minée par la crise.

Mais est-ce le cas ? Les preuves disponibles et l’histoire des mines d’or de Chalcidique convergent pour contredire le point de vue des partisans de l’investissement. Elles tendent plutôt à montrer que l’investissement d’Eldorado Gold ne sera pas du tout bénéfique à la Grèce – du moins dans les conditions que le gouvernement grec semble si enclin à proposer. Il sera certainement profitable à l’entreprise, laquelle est prête à exploiter une réserve estimée à près de 13 milliards d’euros.

PROTESTATIONS, PUBLICITE ET LA « DOCTRICE DEKLERIS »

Le combat de la population contre l’orpaillage en Chalcidique dure depuis des années. Les gouvernements grecs, par le passé comme aujourd’hui, ont répondu en recourant à une violence policière accrue. Les grands mouvements de protestation publics ont parfois été émaillés d’actes de sabotage sur les sites d’exploitation minière, actes auxquels les gouvernements ont répondu par la surenchère, multipliant les interventions de la police antiémeutes, recourant aux gaz lacrymogènes, aux balles en caoutchouc, aux arrestations injustifiées, et imposant même des prélèvements ADN aux habitants de la région.

Police anti-émeutes utilisant des gaz lacrymogènes contre les manifestants (gauche) ; Manifestant montrant la marque laissée par une balle en caoutchouc utilisée par la police (centre) ; Une balle en caoutchouc trouvée à Skouriès (droite). (photos via antigoldgreece.wordpress.com)

Police anti-émeutes utilisant des gaz lacrymogènes contre les manifestants (gauche) ; Manifestant montrant la marque laissée par une balle en caoutchouc utilisée par la police (centre) ; Une balle en caoutchouc trouvée à Skouriès (droite). (photos via antigoldgreece.wordpress.com)

Pendant ce temps, les gouvernements grecs ont continué à accorder des zones d’exploitation de plus en plus vastes. Les célèbres Mines de Cassandre, revendues en 1995 à la multinationale canadienne TVX GOLD, incluent en réalité trois mines : la mine de Madem Lakkos, la mine de Mavres Petres et la mine Olympiada. En 2000, la société a débuté ses activités d’orpaillage sous le village de Stratoniki. Les glissements de terrain devenant quotidiens en raison des détonations, le Conseil d’Etat a décidé de suspendre les activités de l’entreprise en 2002. La société a alors décidé… d’engager une procédure de mise en faillite.

En 2003, au terme d’une procédure tellement scandaleuse qu’elle n’a cessé de gagner en notoriété depuis, les Mines de Cassandre ont été transférées à l’entreprise fraîchement créée, Hellas Gold.

En 2006, Hellas Gold a lancé un plan d’études pour des activités minières à ciel ouvert dans la forêt de Skouriès Megalis Panagias. Le ministère de l’Environnement a donné son accord initial au projet en 2009, mais les habitants de la zone ont construit des barrages et ont empêché les tentatives de forage.

Giorgos Papakonstantinou (photo via TVXS.gr)

Giorgos Papakonstantinou (photo via TVXS.gr)

En 2011, le ministre de l’Agriculture Giorgos Papakonstantinou a approuvé l’étude environnementale de l’entreprise, et un an plus tard, le Conseil d’Etat a rejeté la pétition de la population contre cette étude. Il s’est prononcé en faveur de la poursuite de l’exploitation des mines d’or de Chalcidique, arguant que « l’investissement est particulièrement avantageux pour l’économie nationale ».

Que s’est-il passé entre le premier jugement du Conseil d’Etat et le second ? Certaines sources sur place évoquent le changement des responsables, après le départ en retraite de Michalis Dekleris, l’ancien vice-président du Conseil. Ils évoquent la « doctrine Dekleris », qui avait influé sur le jugement de plusieurs de ses collègues. « On ne pouvait pas couper un seul arbre », expliquent-il. Et puis ? Et puis il y a eu la crise, la visite de la troïka au Conseil d’Etat, et son appel au « développement ».

Hellas Gold a récemment lancé une grande campagne de publicité dans les médias grecs. Cette vaste offensive de communication, relativement soudaine si l’on rappelle que Hellas Gold n’avait même pas de site Internet depuis sa fondation en 2003 (le site affichait le message « en construction »), met l’accent sur l’importance du développement que rapportera l’investissement. L’objectif de la compagnie est double : atténuer les accusations contre l’entreprise quant à l’environnement, et faire le lien entre l’investissement et la crise. C’est-à-dire forger le concept qu’en dépit des possibles inconvénients, les bénéfices pour le développement de la Grèce seront plus importants compte tenu des tourments du pays.

En ce qui concerne l’impact environnemental, la prudence serait plutôt de mise. Les expériences, au niveau international comme en Grèce, contestent ce que prétend l’entreprise. Il suffit de faire un tour sur le site d’exploitation de lignite à ciel ouvert de la Compagnie publique d’électricité (DEI), à Ptolemaida, pour trouver peu convaincantes les déclarations relatives à la régénération des terres et des forêts.

UN TRANSFERT SCANDALEUX, UNE FAILLITE ANNULEE ET LES HOMMES DE BOBOLAS

Qu’en est-il alors des bénéfices pour la Grèce ? L’argument qui a constitué la base de la décision du Conseil d’Etat du 24 juillet 2012, lorsque celui-ci a rejeté la requête des habitants, qui demandaient la suspension des activités minières dans l’attente du jugement final de la Cour suprême, c’est celui de la nécessité du développement en période de crise. Comme le disent les partisans de l’entreprise, pour chaque projet de développement, il faut évaluer non seulement les nuisances potentielles, mais aussi les perspectives de profit. Il faut soupeser coûts et bénéfices. Alors résumons. Qui l’emporte ?

D’une part, les actionnaires. Comme on l’a appris, la valeur des actions de l’entreprise a augmenté de 9,6 pour cent depuis que le ministre de l’Environnement de l’époque, Giorgos Papakonstantinou, a approuvé l’étude environnementale le 26 juillet 2011.

ChristosPachtasMais revenons à 2002 pour voir les manœuvres – pour le moins controversées – auxquelles ont recouru les actuels protagonistes de l’histoire pour arriver sur le devant de la scène. A l’époque, la séance plénière du Conseil d’Etat a décidé d’annuler les décisions des ministères compétents (le ministère des Travaux publics, ainsi que les ministères de la Culture, de l’Agriculture, du Développement de l’Economie), lesquels avaient donné le feu vert à la multinationale TVX HELLAS (une filiale de la maison mère et garante financière canadienne TVX GOLD, rachetée par la suite par la Kinross Gold Corporation) pour l’exploitation des Mines de Cassandre. La Cour a justifié sa décision en attirant l’attention sur la violation de la législation relative à la protection de l’environnement, l’étiolement des ressources d’eau, et la nécessité de préserver la santé des résidents des explosions.

Quelques mois plus tard, en mai 2003, TVX HELLAS a engagé une procédure d’insolvabilité, invoquant des dettes de 216,56 millions d’euros vis-à-vis de sa maison mère, de la société sociale, de l’Etat, de ses employés et de ses fournisseurs. Beaucoup ont estimé que la faillite était un moyen certain d’éviter les responsabilités. Les travailleurs impayés se sont barricadés dans les galeries de la mine et certains ont même entamé une grève de la faim, alors que débutaient les discussions relatives à la demande de mise en faillite de la société.

Il est bien connu aujourd’hui que Christos Pachtas a été contraint d’abandonner le cœur de l’arène politique en raison de forêts illégalement répertoriés à Porto Carras, en Chalcidique, en 2004. Cela ne l’a pourtant pas empêché en 2010 d’être élu maire de la ville d’Aristotelis, en Chalcidique, et d’être un fervent supporter de l’orpaillage aujourd’hui.

Article complet sur okeanews.fr

3 commentaires

  • Lilith Lilith

    Ils osnt en train de détruire tout ce qui a de beau dans mon pays
    – il y a quelques années de gigantesque feu de foret avait ravagé la région.
    – l’ile de Thassos Nord de la grece ravagée pour sont marbre blanc et le minerai contenu dans son sol
    – les iles en générale défigurée par le development du tourisme je pense en particulier a la côte nord de la crête.
    – les recherches d’hydro carbure en mer ionienne, au nord de la Crête et dans le Dodecanese ect ect

    et le pire la destruction de l’âme Grec………..

    • Harry

      L’or le plus grrros canular de la planète

      Coucou Lilith! Gros Bisou!!

      La Cupidité n’a d’égal que la Stupidité des gens

      L’or: j’m’en fous – c’est simple de saboter tout le système spéculatif.

      Pauvre hères morts pour des brillants et dorures
      Quelle horreur Chambre des Députés et Sénateurs!
      Tous ces psychopathes se parent de la stupidité des ptites gens.