La vie en communauté… avant…

Lire le blog d’Hélios le Bistro-Bar-Blog, c’est se ressourcer, revenir aux fondamentaux avec des articles qui font réfléchir. De plus, il illustre ses publications, par de magnifiques images d’animaux. Il a publié l’extrait d’un livre qu’il a lu « La Billebaude » (1978) et je l’ai trouvé exceptionnel, parce qu’il parle des générations qui savaient vivre entre elles, se soutenir, s’entraider, faire d’une maison, un havre de paix et de joie par l’implication de tous, à faire la part des choses qui faisaient leur quotidien. Pas de maison de retraite, de crèche, de maternelle. Le partage du savoir des anciens, pour simplement vivre le bonheur d’être ensembles. Temps révolu, tant la course folle que nous avons entrepris, a détruit cette relation inter-générationnelle.

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Je viens de relire le roman d’Henri Vincenot, « La Billebaude » (1978) qui raconte une époque où toutes les générations cohabitaient. Un mode de vie à jamais disparu dans les pays occidentaux… pour le plus grand mal des enfants. Je vous ai transcrit deux passages.
Vincenot est né en 1912.

Henri Vincenot (1912-1985)

« Puisque j’en suis aux portraits de famille, il me revient que j’ai parlé de mes « six grand-mères ». On aurait tort de croire à une erreur typographique, aussi vais-je donner tout de suite des précisions, car, dans la suite du récit, vous ne vous y reconnaîtriez certainement pas.

Je vivais le plus souvent chez mes grand-parents maternels Joseph et Valentine, dont je viens de vous parler abondamment, mais vivaient également dans la maison du bourrelier, sa mère, mon arrière-grand-mère, Anne, surnommée simplement Mémère-Nanette, la guérisseuse, qui avait alors quatre-vingt-cinq ans, je crois, puis la mère de ma grand-mère, dont le prénom était Claudine et que je nommais Maman Daudiche (Daudiche c’est Claudine en patois). Celle-là était âgée de quatre-vingt-dix ans. Dans le village tout proche vivaient mes grand-parents paternels, Alexandre et Céline, que j’allais voir souvent, avec leurs mères, Mémère Étiennette, quatre-vingt-quinze ans et Mémère Baniche âgée de quatre-vingt-douze ans. J’avais donc bien six grand-mères. Mais ce n’est pas tout ! car j’ai conservé le meilleur pour la fin. J’avais aussi cinq grand-pères, car, en plus de mes deux grand-pères, j’étais chaperonné par trois arrière-grand-pères. Un seul manquait à l’appel. Un laboureur, disait-on, qui était mort accidentellement pour être tombé à la renverse d’un char de paille vers les quatre-vingt-deux ans. À la fleur de l’âge, quoi !

Les trois survivants de l’Ancien Régime avaient respectivement quatre-vingt-dix, quatre-vingt-douze et quatre-vingt-quinze ans. En tout onze aïeuls et je vous prie de croire que je faisais, en fin décembre, pour les étrennes, une fameuse fricassée de museaux ! Onze vieux-qui-piquent à embrasser, car ils piquaient tous, les femmes aussi drûment que les mâles ! Sacrée sinécure ! Mais rente appréciable, car si les uns ne me donnaient que des poires séchées ou une poignée de noix, les autres me glissaient dans la poche une pièce de bronze à l’effigie de Napoléon III et qui valait le dixième de l’ancien franc. Un seul, qui n’était pas le plus riche, tant s’en faut, me faisait cadeau en grande cérémonie d’un louis d’or, plutôt d’un napoléon, en me recommandant de n’en jamais faire la monnaie et de le garder dans ma tirelire jusqu’à la mort inclusivement.

Tout cela pour dire, entre autres, à propos de chasse, deux choses : premièrement, la jeunesse d’aujourd’hui aurait tort de s’imaginer que tout le monde, jadis, mourait de sous-développement à quarante-cinq ans, comme les astuces de la statistique tendent à le faire croire aujourd’hui. Secondement, que le genre de vie absolument primitif et aussi peu hygiénique que possible qu’avaient mené ces vieilles gens, ne conduisait pas à la déchéance, tant morale que physique. Mes vieux et mes vieilles avaient tous moissonné à la grande faucille, et la plupart se soutenaient encore chaque jour d’un bon bol de trempusse au ratafia, dont je me repentirais de ne pas donner ici la recette : verser un quart de litre de ratafia dans un bol, y tremper de grosses mouillettes de pain frais ou rassis selon les goûts, et manger les mouillettes. Comme on voit, cela n’est pas boire, puisque l’on se contente de manger le pain et que c’est lui qui a tout bu. Quand au ratafia, mon grand-père disait : c’est la boisson la plus saine qu’on puisse imaginer car on la fait en versant un quart de marc à 55° dans trois quarts de litre de jus de raisin frais. Le jus de raisin ainsi traité se conservait indéfiniment en se bonifiant, bien entendu.

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Auteur Helios pour Bistro-Bar-Blog

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7 commentaires

  • GROS

    Tout le charme des temps chimériques anciens.

    Qu’il était bon d’avoir une espérance de vie de 35 ans et de descendre à la mine pour gagner deux pièces par jour, permettant de mettre un demi crouton de pain dans la main (il n’y avait pas d’assiette) de chacune des 12 personnes de la famille nombreuse, rassemblées dans ce logement de 45 m2, dont 4 atteints d’une toux glaireuse sévère et 2 en phase terminale.

    C’était le bon temps. Tout fout le camp.

  • Graine de piaf Graine de piaf

    Gros, je crois que la majorité des anciens se tient entre les deux cas, celui de l’auteur et ce que tu cites.
    je suis assez âgée maintenant pour dire que j’ai connu le temps où toutes générations confondues on vivait mieux, même si c’était parfois très chichement. Il y avait une solidarité qui n’existe plus maintenant, temps où c’est chacun pour soi.
    Les « vieux » n’allaient pas à l’hospice-mouroir, les petits n’étaient pas remis dans des mains étrangères pratiquement dès leur naissance.

    C’est vrai que ce n’était pas toujours tout rose, car les « vieux » avaient leur franc parler et souvent leurs enfants ou petits-enfants faisaient les frais de réflexions pas toujours agréables, mais ils n’en étaient pas moins aimés, et les petits trouvaient leur compte de tendresse généreuse, et non de soins mercenaires – car ce n’est pas autre chose qu’ils reçoivent de ceux qui s’en occupent contre argent comptant – même s’ils sont dans l’ensemble bien traités. Cela ne remplace pas le giron d’une grand-mère pour s’endormir bien à l’abri, les genoux d’un grand-père qui raconte des histoires qui font rire ou avoir peur…

    • blackh

      franc parler vis-à-vis des enfants ou petits-enfants = éducation et franchise. Maintenant, c’est le monde des bizounours, où on essaie de supprimer le moindre petit bobo ou effort. Le « monde d’avant » avec sa rudesse forgeait les caractères et préparait pour la vie, et personne n’y trouvait quelque chose à dire.

  • Je ne sais si on peut parler d’amour, GDP. Les mères étaient des poules pondeuses, et un gamin mort-né était remplacé par un autre. On ne devait surtout pas s’attacher. D’ailleurs, il ne fallait même pas parler aux bébés, ce n’était pas bon pour leur développement. Enfants, ils se développaient en bande. Oui, là, c’était des belles histoires de copains.
    Et le soir, quand les gamins rentraient, ils ne devaient pas parler, mais se ternir tranquilles dans un coin.

    On peut toujours enjôler toutes les époques. Peut-être même aujourd’hui. Il y a du bon et du mauvais partout. Et je comprends la nostalgie de ceux qui ont connu ce temps car la présence du clan semblait protectrice malgré tout.
    Plus de clan aujourd’hui, où on est tombé dans l’excès inverse. Il nous faut connaître cet excès, et bien penser que, si on en est là, c’est peut-être parce que le poids du clan a finalement été trop lourd à porter.
    Alors on s’en est débarrassé. On a jeté le bébé avec l’eau du bain. Parce que plus un poids est lourd, plus il faut être fort pour le jeter, et alors ça se fait sans ménagement.

    Espérons que nous reviendrons à une époque plus juste, un juste milieu, une solidarité d’individus en recherche d’épanouissement à la fois individuel et collectif. Mais cela demande une toute autre organisation de la société, tant au niveau du logement que du travail en passant par le partage des tâches.

    Il y a aussi des personnes âgées qui ne voudraient pas venir habiter chez leurs enfants tant elles sont elles-mêmes indépendantes et n’accepteraient pas qu’on leur dise quoi que ce soit.
    L’inverse est tout à fait vrai aussi, bien évidemment, et probablement majoritaire.

  • Ned

    Bonjour .
    Habitué et proche du blog BBB Je voulais souligner que Hélios n’est pas un homme mais une femme .!
    Ce qui explique peut-être cette belle sensibilité aux animaux et aux plantes.
    Hélios qui tient ce Bistro depuis bientôt 8 années avec ses traductions Anglais/Français d’articles introuvables dans notre belle langue .
    Oui le BBB mérite de s’abonner à sa newsletter ! Hélios, elle à des idées plein la tête !

  • ROSSEL

    Ce livre est extraordinaire. De nos jours il aurait du mal à trouver un éditeur et Vincenot serait l’objet de persécutions judiciaires en vertu des lois muselières. Il est pathétique de voir certains encenser cet immense écrivain tout en approuvant l’invasion migratoire et la perte de notre identité contre lesquels il nous avait mis en garde.

  • keg

    Les vieux ca était original quand ils décident de prendre leur vieillesse en main… revesd’automne@lilo.org en est une preuve….
    Certes la vie communautaire a du plomb dans l’aile mais quand des veiux s’organisent pour s’ouvrir aux autres, tout espoir n’est pas perdu….

    https://wp.me/p4Im0Q-2eI

    Bonne année à toutes et tous. Quelle soit la moins mauvaise possible!