Lienemann : « Hollande doit comprendre la différence entre ténacité et obstination… »

Comment faire boire un âne qui n’a pas soif?

Au lendemain de la défaite du PS et plus globalement des formations de gauche aux départementales, la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann, animatrice de l’aile gauche du parti, tire le bilan de cette « défaite pourtant annoncée ». Une claque qui, selon elle, devrait pousser le chef de l’Etat à prendre conscience de la nécessité de changer de politique. Et elle prévient : il sera bientôt trop tard pour agir…

Marianne : Au lendemain du deuxième tour des départementales, avec des résultats mauvais pour le Parti socialiste et les partis de gauche dans leur globalité, quelles leçons tirez-vous ?

Marie-Nöelle Lienemann : Que la défaite pourtant annoncée s’est hélas concrétisée. Qu’il n’y a pas eut de grande efficacité dans la méthode, même en essayant de mobiliser contre le Front national. Ce qui n’est pas illégitime, mais qui ne règle pas les problèmes politiques de fond.

Depuis le début du quinquennat, à aucun moment François Hollande n’a donné de signes et n’a essayé de construire d’accords avec les forces politiques qui ont permis son élection. Et plus le temps a passé et plus il y a eu des fractures créées par la politique menée par les différents gouvernements et le président de la République. Une politique éloignée des engagements que nous avions pris devant les Français et qui, par ailleurs, donne du crédit aux thèses de nos adversaires libéraux.

Ces élections ont démontré qu’il y a un véritable décrochage des couches populaires : ouvriers, employés ou salariés que ce soit dans les banlieues ou dans les zones péri-urbaines. Toute une série de gens qui n’ont pas vu le début d’une once d’amélioration de leur situation depuis que François Hollande est président. Ils ont même plutôt assisté à une dégradation… Donc on observe un décrochage sociologique de toute une partie de la population sans laquelle la gauche ne gagne jamais.

Il est urgentissime de renouer avec une politique qui instaure pour ces catégories de la population qui vivent mal, qui ne voient pas d’avenir pour leurs enfants, non pas comme dit François Hollande des « marqueurs de gauche », mais des actes qui relancent leur pouvoir d’achat et améliorent leurs conditions de vie. On le voit bien, la politique de l’offre est inefficace avec une croissance économique très faible. Et quand le gouvernement dit que tous les indicateurs économiques sont au vert, c’est à se demander s’ils ne sont pas daltoniens ! Et ce n’est sûrement pas la loi Macron qui va améliorer la situation. C’est même l’inverse qui va se passer.

Vous parlez de la nécessité du rassemblement à gauche. Mais finalement, le rejet par « le peuple de gauche » de cette politique menée depuis le début du quinquennat n’est-il pas devenu si grand que même rassemblée, la gauche ne peut plus convaincre ? En Essonne, malgré un rassemblement des partis de gauche, une situation exceptionnelle par rapport aux autres départements, la droite a quand même remporté l’élection…

Bien sûr. Le rassemblement des appareils, s’il ne se fait pas en symbiose avec le sentiment de l’ensemble de la base des partis de gauche et écologistes et s’il n’y a pas une dynamique, n’est pas possible. Quand Martine Aubry dit : « Il ne peut pas avoir d’unité sans contenu », c’est aussi ça qu’elle constate. Quand on plaide pour l’unité des forces de gauche, ce n’est pas simplement des coups tactiques. Hollande pense la gauche du seul point de vue de la tactique. Il croit, in fine, que pour avoir des postes de conseillers généraux, les appareils politiques accepteraient de faire des accords. Mais d’une part, les accords sont de plus en plus difficiles à faire lorsque vous avez une politique qui fracture la majorité et ensuite, les électeurs de chacune de ces forces ne sont pas des automates. Ils ont besoin d’être convaincus que leurs revendications sont prises en compte et que les perspectives sont bonnes.

Pour vous, qui sont les responsables de cette déroute du parti socialiste : Hollande, Valls, Cambadélis ?

Le responsable politique des orientations qui ont été prises, c’est le président de la République. Premièrement, il n’a pas fait le rassemblement. Ensuite, il a signé le traité « Merkozy ». Enfin, il a fait venir Valls après une première alerte majeure, celle des élections municipales. C’est aussi lui qui a parlé de la politique de l’offre. Sauf que, maintenant, Hollande doit comprendre que l’obstination, ce n’est ni de la cohérence, ni de la lucidité. Entre la ténacité et l’obstination, il y a une différence. La ténacité, c’est lorsque l’on voit réellement les choses progresser sur le terrain politique et sur le terrain économique et social. L’obstination, c’est lorsque l’on voit que rien ne marche, que l’on se plante et que l’on dit : « Ce n’est pas grave, un miracle arrivera ».

Valls semble être tout de même un sacré repoussoir pour les autres forces de gauche…

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Source Marianne.net via Crashdebug

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