Quand la mauvaise foi remplace l’économie: le PCF et le mythe de “l’autre euro”…

Il a t-il vraiment des raisons de faire peur quant à la sortie de l’€uro?? A qui ça profite de rester avec une monnaie en voie d’effondrement, comme prédit de plus en plus, par des économistes sérieux ?? J.Sapir décrypte pour nous,  un article publié par le PCF dans sa revue officielle et qu’il estime être de « mauvaise foi », il nous explique pourquoi. L’article est de 2013, mais toujours d’actualité, puisqu’on parle de plus en plus de la possibilité de la sortie de l’€uro..

La revue « officielle » du PCF sur l’économie, Economie et Politique vient de publier un article d’une rare nullité sur la question de l’Euro1. Il ne vaudrait pas la peine d’être cité s’il ne contenait de telles erreurs qu’il en devient un bon exemple d’un discours d’aplatissement complet devant Bruxelles et la BCE. Cet article, sans les citer, se veut une « réponse » aux différentes notes qui ont été publiées sur le carnet « RussEurope ». C’est une deuxième raison de l’analyser.

Il commence tout d’abord par une affirmation :

«Le commerce extérieur de la France, souffre d’un déficit annuel de 60 à 70 milliards d’euros. Le retour au Franc, qui se ferait alors au prix d’une dévaluation de l’ordre de 25 % par rapport à l’euro, entraînerait automatiquement un enchérissement du même ordre du coût de nos importations. »

Visiblement les auteurs de cet article qui se prétendent économistes semblent manifestement ignorer la notion d’élasticité-prix qui est pourtant fondamentale dès que l’on parle de dévaluation ou de réévaluation d’une monnaie. Cela signifie que, sauf pour les produits pour lesquels il n’existe pas de substituts directs ou indirects, une hausse des prix (dans le cas d’une dévaluation) va provoquer un changement plus ou moins importants des quantités importées.

Ce changement s’explique par le fait que les consommateurs vont se tourner soit vers le même produits, mais fabriqué en France, soit vont se tourner vers des produits légèrement différents dont le coût est moindre mais dont l’usage procure une satisfaction équivalente, ce que l’on appelle l’effet de substitution. La hausse des prix ne concerne pleinement QUE les produits considérés comme non-substituables (par exemple les carburants). Cependant, là, il faut savoir que le prix à l’importation (hors taxes) ne représente que 25% du prix du produit. Donc, une dévaluation de 25% n’augmentera d’un quart que le quart du prix, soit de 6,25%. Par ailleurs, ces produits non-substituables ne représentent qu’environ 30% de nos importations. Croyez vous que l’on trouvera de tels chiffres dans l’article ? Que nenni ! Messieurs les économistes du PCF sont bien au-dessus de ces considérations qui leurs semblent terre à terre.

Par ailleurs, la question des élasticités-prix doit être aussi évalué non seulement pour les importations mais pour les exportations. Nos produits, dans le cas d’une dévaluation, coûteraient 25% de moins. Les volumes consommés par les clients étrangers augmenteraient et ceci même en économie stationnaire. En fait, ces élasticités ont été calculées par de nombreuses sources (dont l’équipe de recherche économique de NATIXIS2 ) et tous les résultats sont très favorables pour la France dans le cas d’une dévaluation. En réalité, la valeur de l’élasticité totale du commerce extérieur (importations et exportations) dépend du montant de la dévaluation (ou de la réévaluation). Si l’on postule une dévaluation de 25% par rapport au Dollar mais de probablement 35% par rapport au « nouveau » Deutschmark on obtient des élasticités encore plus favorables dans le cas de la France.

L’article affirme ensuite la chose suivante :

«C’est ne pas comprendre à quel point le surcroît de compétitivité-prix que cela prétendrait donner aux exportations françaises se ferait surtout au détriment de nos partenaires d’Europe du sud, l’Allemagne voyant au contraire son excédent commercial gonflé par une dévalorisation du travail des Français qui rendra meilleur marché ses importations en provenance de son principal partenaire commercial. Tout cela dans un contexte de spéculation déchaînée. »

Ici encore on combine les approximations avec la mauvaise foi. La compétitivité-prix ne se ferait pas au détriment des pays de l’Europe du Sud, dont toutes les estimations montrent qu’il auraient intérêt à dévaluer plus que nous. Les gains quant aux exportations se feraient essentiellement au détriment de l’Allemagne qui verrait son excédent commercial de 5% du PIB se transformer en un déficit de -3% du PIB. La situation de l’Italie serait en réalité plus favorable que celle de la France. C’est ce que l’on a montré dans une note publiée sur RussEurope3. Ensuite, on prétend que l’excédent commercial de l’Allemagne sera gonflé, ce qui est une affirmation contraire non seulement à toutes les estimations mais au simple bon sens économique. En réalité, l’Allemagne verra son excédent se transformer temporairement en déficit, mais devrait bénéficier d’un effet de baisse des prix non négligeable4. Enfin, et c’est là où les auteurs de l’article ne sont pas simplement de mauvais économistes mais sont aussi d’une mauvaise foi remarquable, c’est quand ils affirment que Tout cela [se passerait] dans un contexte de spéculation déchaînée. Or, il est très clair qu’une dévaluation, autrement dit une sortie de l’euro, ne pourrait avoir lieu que dans le cas où l’on aurait un contrôle des capitaux des plus stricts, comme celui existant actuellement pour Chypre. On a dit et répété que la crise chypriote avait été l’occasion de vérifier la possibilité matérielle d’un contrôle des capitaux au sein de la zone Euro et en contradiction avec le Traité de Lisbonne. Non seulement nos auteurs de l’article d’Économie et Politique sont aveugles mais à l’évidence, ils sont sourds !

Troisième point, et c’est là ou éclate toute la mauvaise foi des auteurs de cet article, on trouve l’affirmation suivante :

« Notre dette publique a été très internationalisée depuis les années 1980. Aujourd’hui elle est détenue à 60 % par des opérateurs non résidents, banques, sociétés d’assurances, fonds de pension… Le retour au Franc dévalué entraînerait automatiquement un enchérissement de 25 % sur les quelques 1140 milliards d’euros de titres de dette détenus hors de France ».

Rappelons ici que le problème n’est pas dans le statut de l’opérateur mais dans le lieu d’émission du contrat. C’est un fait de droit international que nos auteurs soit ignorent superbement (et ils devraient d’urgence aller suivre des cours) soit cachent à leurs lecteurs, et donc font de la désinformation. En réalité, 85% des montants de la dette française est émise dans des contrats de droit français. Ces contrats stipulent que la dette sera remboursée dans la monnaie ayant cours dans notre pays. Cela signifie qu’en cas de sortie de l’Euro cette dette sera re-libellée en Francs pour les mêmes montants qu’en euro. L’effet de réévaluation de la dette ne portera que sur les 15% restant. Ici encore 15% augmenté de 25% ne représentent que 3,75% du total et non de 25% comme il est affirmé. Il est clair que les auteurs jouent sur la méconnaissance de leurs lecteurs, et cherchent à provoquer un effet de peur afin d’écarter toute discussion sérieuse sur une sortie de l’Euro. C’est bas, et c’est lamentable !

Les affirmations qui suivent ne sont qu’une manière de farder la vérité. Croire que l’on peut faire changer la structure de la zone Euro sans en passer par une crise majeure et par une dissolution de la monnaie unique est une vue de l’esprit, qui sied peut-être à des discussions de café du commerce mais certainement pas à un débat raisonné sur les alternatives à la crise actuelle. Les auteurs de cet article n’ont pas seulement commis un mauvais coup contre les peuples de France et des pays de l’Europe du Sud, ils ont, par les inexactitudes et fausseté répétées que cet article contient, déshonoré le nom d’économiste qu’ils se donnent à des fins de pur et simple propagande.

Auteur J.Sapir pour Russeurope.Hypothèses

  1. Paul BOCCARA, Frédéric BOCCARA, Yves DIMICOLI, Denis DURAND, Jean-Marc DURAND, Catherine MILLS, « Contre l’austérité en Europe luttons pour un autre euro » , 16 juin 2013 []
  2. Artus P., (rédacteur) « Quels pays de la zone euro profiteraient d’une dépréciation de l’euro ? », NATIXIS, Flash-Economie n° 148, du 13 février 2013. []
  3. Sapir, J., Quels scénarii pour une dissolution de la Zone Euro ? , note publiée le 21 mai 2013 sur RussEurope, URL : http://russeurope.hypotheses.org/1254 []
  4. Sapir, J., Excursions allemandes, note publiée le 24 mai 2013 sur RussEurope, URL : http://russeurope.hypotheses.org/1278 []

 

7 commentaires

  • Grognard

    Pour comprendre les positions du PCF, il faut avoir à l’esprit que le PCF n’est plus un parti national.
    Sa force il la tire essentiellement de grandes villes qui constituent ses derniers bastions.
    Hors la conservation de ces bastions suppose des arrangements avec le PS quand le noyautage du tissu associatif ne suffit pas*.

    C’est aussi un des motifs de la stagnation du front de Gauche puisqu’il arrive en période électorale que les intérêts du PCF soient antinomiques avec ceux du FDG.

    *(C’est pour cette raison qu’il est impératif de limiter à deux mandats celui de maire et dans réduire la durée d’au moins un an parce que c’est là que se construisent de véritables féodalités tous partis confondus.)

    Revenons au PCF.
    Son erreur historique s’illustre par le fameux slogan: « Il vaut mieux avoir tord dans le parti que raison à l’extérieur ».
    Voilà ce qui arrive quand on confond le dogme et l’idéologie.

    La formulation de la « pensée économique » elle aussi répond avant tout à des impératifs électoraux.

  • Bardamu

    Voilà ce qui arrive quand on confond le dogme et l’idéologie.

    —>

    Justement non,

    Pour Marx, la monnaie c’est l’or ou éventuellement l’argent et rien d’autre, certainement pas l’Euro !

    Aussi je dirais plutôt, voilà ce qui arrive quand on galvaude l’idéologie pour aller chercher le vote petit bourgeois.

    • Grognard

      J’aime bien la sociologie, pourtant je lui reproche une chose c’est de ranger les personnes dans des cases.
      Le PCF fait la même chose.

      On connait la suite.
      Ceux qui ne rentrent pas dans des cases sont des anomalies et pour les classer on a inventé les goulags.

      A propos d’anomalie, en dehors de la ceinture rouge, la carte géographique des fortes implantations du PC, recouvrait assez exactement celles des fortes implantations des cathos.
      Tiens donc encore des dogmatiques.
      Vous avez dit hasard?

      Ou je suis d’accord avec toi c’est en ce qui concerne le vote petit bourgeois.
      Aucun parti n’a autant gavé la gauche culturo intellocrate ex collabo que le PCF.

      • samlours94

        Bonjour

        Je pense que vous faites la même erreur « fonctionnelle » de pensée que le PCF en lui reprochant de ranger des personnes dans des cases.
        Car en fait, que vous le vouliez ou non, c’est un fait et non un choix de point de vue que ce que vous appelez « cases » existent bel et bien.
        Et c’est justement l’idéologie des bourgeois (une case) que de tenter par le slogan d’affirmer depuis 25 ans qu’il n’y a plus de …classes (cases?) sociales en France et qu’à ce titre, la lutte des classes est un combat d’arrière garde.
        Je suis précisément ouvrier au départ et ça ne me gêne pas de me sentir en effet plus proche la plupart du temps avec mes compagnons ouvriers qu’avec bien d’autres personnes . Ca ne veut pourtant en aucun cas dire que je mets de coté ces autres personnes, simplement , elles ne réagissent souvent pas de la même manière aux choses que moi, c’est tout.
        L’erreur historique du PCF a été précisément de laisser tomber ses « étais » originaux, cette base ouvrière sur laquelle s’était toujours appuyé ce parti. Et en ceci, il a trahi en effet son idéologie et pire encore, ses compagnons de route. Le Parti Communiste ne peux pas se remettre de cette trahison car les anciens ne pardonnent pas ce genre de chose. Je suis persuadé que la tête du PCF a été gangrénée pour ça, tout comme depuis quelques années la tête de la CGT par exemple.
        L’analyse recouvrement catho etc en terme de structure « géographique » de l’implantation du PCF cache qu’en fait, le petit peuple, le peuple des sans grade et des ouvriers était bien souvent catho et ce n’est pas une vue culturo/religieuse qu’il faut y voir mais juste encore une fois une analyse de base et rien que ça.
        Maintenant, si l’on rajoute que le PCF a fichu par terre sa notion de patriotisme, laquelle était très chère justement à sa base ouvrière, on comprendra d’une part que cette base ait fini par le fuir mais également que les gens de l’extrême droite (FN) aient réussi à la capter en grande partie.
        L’internationalisme du PCF est la seconde grosse trahison de ce parti. Saurait-il retourner à ses bases historiques ? Ca demanderait en effet une rupture totale d’alliances avec le PS et donc la perte de certains fauteuils…
        La garde haute du PCF n’y tient pas et continuera donc sa collaboration avec le iV e Reich Européen entre autre !

  • BA

    Mercredi 25 février 2015 :

    Grèce : après l’accord, les questions qui fâchent.

    Quelle forme prendra le « nouveau contrat » que la Grèce veut conclure avec ses partenaires d’ici fin juin ? Le journal allemand Rheinische Post faisait circuler mercredi un chiffre pour un éventuel troisième programme d’aide, 20 milliards d’euros, sur la foi de sources proches de la coalition au pouvoir à Berlin.
    Ce serait pour Athènes un sérieux revers que de devoir se soumettre à nouveau à un programme assorti de conditions draconiennes et alors que les précédents (en 2010 puis en 2012) ont transformé le pays en « colonie de la dette » et volé leur « dignité » aux Grecs, selon les dires du bouillant ministre des Finances Yanis Varoufakis.
    La Grèce préférerait une ligne de crédit, mais « il est plus probable qu’on aille sur un nouveau programme qu’une ligne de crédit », confiait mardi un haut responsable européen.

    http://www.lepoint.fr/economie/grece-apres-l-accord-les-questions-qui-fachent-25-02-2015-1907739_28.php

    Dette publique de la Grèce : 315,509 milliards d’euros, soit 176 % du PIB.

    Si le troisième programme d’aide est mis en place en juillet, la dette publique de la Grèce augmentera de 20 milliards d’euros.

    La dette atteindrait environ 335 milliards d’euros, soit environ 187 % du PIB.

    De toute façon, la Grèce est en faillite, alors un peu plus ou un peu moins …

  • Pkpas

    Pourtant il y a des conférences qui reprennent tous les arguments des pro euros et les démontent un par un :
    http://www.youtube.com/watch?list=PLKVgrNogVYWLgit_zf_g4zkIt4qhufk5o&v=t6oQqHeYvvg

  • Thierry92 Thierry92

    Point n’est besoin de discuter vainement sur le sujet de la sortie de l’euro.
    Il suffit de lire cette étude.
    http://www.fondation-res-publica.org/etude-euro/

    Par contre il est conseillé de la diffuser.
    Ce ne sont que des économistes non homologués par BFM et TF1.
    L’incompétence et la souplesse d’échine étant un critère de sélection et non la compétence pour ces deux propagandistes européistes.