Egypte : les réactions internationales, entre embarras, félicitations et condamnation

Un char et un vélo dans les rues du Caire, jeudi 4 juillet.

Révolution ou coup d’Etat ? Les réactions de la communauté internationale au renversement du président Mohamed Morsi par l’armée traduisent un certain inconfort, voire de l’inquiétude, même si de nombreux pays se sont dit prêts à travailler avec le nouveau pouvoir en Egypte.

Aucune grande puissance occidentale n’a employé l’expression de « coup d’Etat » contre le dirigeant islamiste élu démocratiquement il y a un an, un événement que les démocraties seraient obligées de condamner. De nombreux pays occidentaux ont néanmoins appelé à un retour rapide au processus démocratique. Plusieurs pays arabes ont adressé leurs félicitations au président par intérim, Adli Mansour, saluant même le rôle de l’armée. Des régimes où les islamistes sont au pouvoir, comme la Tunisie ou la Turquie, dénoncent eux un « coup d’Etat » militaire.

RÉACTIONS MESURÉES EN OCCIDENT

  •  Allemagne

Une des plus vives réactions est venue d’Allemagne, dont le ministre des affaires étrangères, Guido Westerwelle, a évoqué « un échec majeur pour la démocratie en Egypte ». « Il est urgent que l’Egypte retourne aussi vite que possible à un ordre constitutionnel », a-t-il ajouté, se faisant l’écho du message envoyé par plusieurs dirigeants occidentaux.

  • Etats-Unis

Le président américain, Barack Obama, s’est dit « profondément inquiet » de l’évolution de la situation dans le plus grand des pays arabes, auquel les Etats-Unis apportent une aide militaire essentielle. « J’appelle maintenant le pouvoir militaire égyptien à rendre toute l’autorité rapidement et de manière responsable à un gouvernement civil démocratiquement élu selon un processus ouvert et transparent », a dit M. Obama.

Sans qualifier le coup de force contre M. Morsi, le président Obama a seulement annoncé qu’il allait demander aux agences et aux ministères concernés d’étudier les « implications » légales de la nouvelle situation pour l’aide que Washington verse annuellement à l’Egypte – et qui, en vertu de la loi américaine, ne peut aller à un pays où un coup d’Etat a eu lieu.

  • Grande-Bretagne

Son allié britannique a annoncé d’emblée qu’il coopérerait avec le nouveau pouvoir. « Nous ne soutenons pas les interventions militaires dans un système démocratique, a déclaré le chef de la diplomatie britannique, William Hague. Mais nous travaillerons avec les autorités en place en Egypte. » M. Hague a estimé que le renversement du gouvernement du président Morsi était un « dangereux précédent ». Mais « nous devons comprendre que cette intervention est populaire », a-t-il ajouté.

  • France

Le président Hollande a appelé jeudi à « tout faire » pour relancer le processus démocratique en Egypte. « Nous devons tout faire pour que [le processus] puisse reprendre sur la base du pluralisme et du rassemblement », a jugé M. Hollande lors d’une visite en Tunisie.

« Nous avons pris acte des évolutions intervenues hier dans la situation très dégradée et d’extrême tension de l’Egypte, ainsi que de l’annonce de nouvelles élections après une période de transition, a réagi le Quai d’Orsay. Ce qui importe maintenant, c’est que les prochaines échéances soient préparées dans le respect de la paix civile, du pluralisme, des libertés individuelles et des acquis de la transition démocratique, afin que le peuple égyptien puisse choisir librement ses dirigeants et son avenir. »

  • ONU

Le secrétaire général de l’Organisation des nations unies, Ban Ki-moon, a demandé jeudi qu’« un gouvernement civil soit remis en place aussi vite que possible, reflétant les aspirations du peuple ». Il a estimé qu’une solution devait unir l’ensemble des forces politiques.

LES PAYS QUI DÉNONCENT UN « COUP D’ÉTAT »

  •  Tunisie

Le parti islamiste Ennahda, est sorti de son silence attentiste jeudi en fin d’après-midi, pour dénoncer un « putsch ». Pour la direction d’Ennahda, seul le président Morsi est légitime et nul autre ne peut le remplacer.

Le parti du président tunisien, Moncef Marzouki, avait condamné un peu plus tôt l’éviction de Mohamed Morsi. Il s’agissait de la première réaction en Tunisie, berceau du « printemps arabe », à la destitution du chef de l’Etat en Egypte.

« Le parti condamne le coup d’Etat militaire contre le processus démocratique », écrit le Congrès pour la République dans un communiqué. « Nous considérons ce qu’a fait l’état-major de l’armée comme un retour en arrière sur le chemin de la révolution égyptienne et comme une tentative de restauration de l’ancien régime », ajoute le CPR, classé au centre-gauche.

  • Turquie

La Turquie a jugé jeudi antidémocratique la destitution du président Morsi. « Le changement de pouvoir en Egypte n’est pas résultat de la volonté du peuple. Il ne s’inscrit pas dans le respect de la démocratie et de la loi », a déclaré à Ankara le vice-premier ministre, Recep Bozdag.

« Dans tous les pays démocratiques, les élections sont le seul moyen d’arriver au pouvoir (…) Cette situation est inacceptable », a-t-il dit, espérant que « l’Egypte retourne à la démocratie, à une structure où la volonté du peuple l’emporte ».

Le gouvernement islamo-conservateur qui est au pouvoir depuis plus de dix ans en Turquie était un important soutien du président déchu et des Frères musulmans en Egypte.

LE SOUTIEN DE CERTAINS PAYS ARABES

  • Qatar

Le Qatar, seul pays ayant apporté un soutien officiel aux Frères musulmans, est resté circonspect, mais a affirmé jeudi continuer à soutenir l’Egypte, et son émir a félicité le nouveau président intérimaire, Adli Mansour.

« Le Qatar continuera à soutenir l’Egypte dans son rôle de leader des mondes arabe et musulman », a déclaré un porte-parole du ministère des affaires étrangères, à Doha. « Le Qatar continuera à respecter la volonté et les choix du peuple d’Egypte », tout en souhaitant « un renforcement de l’unité nationale des Egyptiens (…) dans le respect de l’esprit de la révolution du 25 janvier 2011 », qui avait renversé le régime de Hosni Moubarak, a-t-il ajouté.

Le groupe de télévision qatari Al-Jazira, qui avait été la boîte de résonance des révoltes arabes, a annoncé que les services de sécurité égyptiens avaient fait irruption mercredi soir dans ses bureaux du Caire et interrompu la transmission de sa chaîne exclusivement consacrée à l’Egypte. Le directeur d’Al-Jazira au Caire a été interpellé avec d’autres membres du personnel, a indiqué la télévision, demandant leur libération.

  • Arabie saoudite

Les termes mesurés de la réaction du Qatar contrastent avec le ton plus chaleureux et direct de la réaction de l’Arabie saoudite, dont le roi a été le premier chef d’Etat à féliciter M. Mansour, qualifié de « président de la République arabe d’Egypte sœur », avant même sa prestation de serment.

« Au nom du peuple de l’Arabie saoudite et en mon nom, nous vous félicitons pour votre arrivée au pouvoir en Egypte à ce stade crucial de son histoire. Nous prions Dieu pour qu’il vous aide à assumer la responsabilité qui vous incombe afin d’accomplir les ambitions de notre peuple frère d’Egypte », a déclaré le roi Abdallah dans un message de félicitations à Adli Mansour.

  • Koweït, Emirats arabes unis, Bahreïn…

Les dirigeants du Koweït, des Emirats arabes unis et de Bahreïn ont emboîté le pas au roi Abdallah, se disant prêts à collaborer avec la nouvelle administration égyptienne et saluant le rôle de l’armée de ce pays.

Pour sa part, le roi Abdallah II de Jordanie a assuré M. Mansour dans un message de félicitations du « soutien de la Jordanie à la volonté du grand peuple d’Egypte et à ses choix nationaux », tandis que son ministre des affaires étrangères, Nasser Jawdeh, a souhaité dans un communiqué que l’Egypte retrouve « la stabilité, la concorde et la propérité ».

  • Syrie

La Syrie, avec laquelle le président Morsi avait rompu les relations diplomatiques, a estimé que sa chute représentait un « grand accomplissement ».

  • L’embarras de l’Iran

L’Iran, qui défendait encore mardi la légitimité de Mohamed Morsi, a réagi avec prudence jeudi à sa destitution, soulignant « les revendications légitimes » du peuple, tout en mettant en garde Le Caire contre « l’opportunisme des ennemis et de l’étranger ».

La déclaration de Téhéran est beaucoup plus nuancée que celle faite lors de la chute de Hosni Moubarak, en 2011, saluée par Téhéran comme « le réveil de l’islam ». Elle contraste aussi avec celle d’un responsable iranien mardi, qui insistait sur le fait que Mohamed Morsi avait été légitimement élu et appelait les forces armées égyptiennes à « bien tenir compte du vote du peuple ».

  • Territoires palestiniens

Coté palestinien, le président Mahmoud Abbas a félicité le nouveau président égyptien « dans cette phase transitoire » et a « rendu hommage au rôle joué par les forces armées pour (…) empêcher [l’Egypte] de basculer vers un destin inconnu ».

Source: Le Monde

5 commentaires

  • fotoulaver fotoulaver

    Leur dictature de lèchent cul qu’ils appellent démocratie, les Grecs n’en veulent pas.

  • papillon papillon

    Défaite des Frères musulmans : quatre raisons!!!

    IRIB-Personne n’y croyait pas !

    les Frères musulmans d’Egypte ont été renversé au bout d’un an de pouvoir par un mouvement de révolte populaire que d’aucuns qualifient de seconde révolution. des analystes misaient au moins sur deux ou trois ans avant que les erreurs, nombreuses, de orsi ne s’accumulent et n’entrainent pas sa chute. Middle East On line écrit :  » mis à part le délai , long ou court selon les prévisions, la chute de Morsi était bien prévisible. car la direction des Frères avait un grand handicap : le soutien absolu à l’extérieur . ce soutien a poussé les Frères à commettre des erreurs et à les cumuler . en voici quelques unes:

    1 les Frères n’ont pas pu comprendre qu’un pays aussi grand que l’Egypte , avec un passé , un présent et surtout une place géostratégique aussi importante ne peut suivre aveuglément un micro Etat comme le Qatar . le leadership des Frères s’est manifesté comme une appendice de l’émir inculte du Qatar et de son mufti, Qaradawi. l’influence de ce dernier a fini par faire de la diplomatie égyptienne , la porte voix de l’émir Al Thani, ce qui s’est surtout manifesté dans le dossier palestinien et syrien. les ingérences du Qatar dans les affaires intérieures de l’Egypte , les crédits anormaux qu’il débloquait à l’endroit du Caire , les appels d’offre qu’il a gagné pour le canal de Suez , pour l’exploitation des gisements gaziers égyptien ont provoqué l’indignation puis l’opposition des personnalités politiques et culturelles égyptiennes bien qu’une partie d’entre elles aient des tendances pro islamistes. les documents découverts au cours de l’assaut contre le siège des Frères musulmans montrent que les leaders de la confrérie recevaient des primes régulières de Doha !

    2 Les Frères n’ont pas compris non plus à quel point les flirts avec les salafistes leur portait préjudice et donnaient d’eux l’image des satellites saoudiens alors que l’Egypte n’est pas l’Arabie saoudite. entre 2005 et 2010 les salafistes ont pu remplir le vide laissé par les Frères au sein de la socitété égyptienne. une société partisane de la modération et non pas de l’extrémisme salafiste. c’est cette contradiction qui n’a pas pu être tolérée . les accoitances salafistes au sein des Frères ont contribué à faire émerger des personnalités violentes et radicales dans les rangs de la confréries , ce qui va à rebours de l’esprit même de la pensée akhwaniste. pour les jeunes , l’emergence de ces radicaux brossait un tableau obscure de l’avenir du pays et on ne pouvait plus le supporter. les membres des Frères se baladaient de plus en plus en habits des cheikhs du Golfe et en portant de longue barbe. les egyptiens ne se sont plus reconnus en eux

    3 les Frères n’ont pas compris que la présidence d’un Etat est différente de la présidence des collectifs étudiants ou des syndicaux et qu’en président au destin d’un grand peuple, ils ne peuvent tout se permettre, s’emparer de tout. 55% des voix pour Morsi ne lui pouvait pas permettre de s’accaparer de tous appareils de l’etat , de la justice surtout. Morsi aurait du apparaitre comme un père pour sa nation ce qu’il n’était pas .

    4et puis cette extrême faiblesse face aux américains , ce suivisme aveugle envers Washington et Israël n’ont pas pu convaincre. et ont fait des Frères aux yeux de l’opinion des hypocrites, des menteurs, des gens au discours et aux actes divergents. les Frères insultaient les politiques US et israéliennes et défendaient la Palestine mais une fois au pouvoir , ils ont expulsé l’ambassadeur syrien !! et Morsi s’est dit ami de longue date de Shimon Peres. Morsi s’est laissé tomber dans le piège d’Erdogan . Erdogan l’a convaincu d’user de son influence auprès du Hamas pour garantir la sécurité d’Israel et ne plus l’attaquer à coup de missiles et de roquettes . et cela en échange de rien!! Morsi n’a même osé réclamer la levée du blocus de Gaza aux américains , une fois aux Etats Unis et il est rentré au pays , sourire sur les lèvres !!! la présidence des Frères a été une défaite totale, une calamité pour les Arabes « …

    http://french.irib.ir/info/afrique2/item/264261-egypte-pourquoi-les-fr%C3%A8res-ont-%C3%A9chou%C3%A9

  • papillon papillon

    Les vrais perdants du coup d’état anti Morsi?

    IRIB – Pour Ghassan Ben Jadou ,expert des questions moyen orientales et directeur d’Al Mayadin,

    « le coup d’état en Egypte a pris de court les Américains »! « ces dernières semaines,l’ambassadrice US a tout fait pour éviter la chute de Morsi mais elle a échoué… » Selon Jadou, le soutien US à Morsi et aux Frères musulmans n’a été jamais entier et les Américains restaient attachés aux militaires .  » et l’extrême confiance des Frères aux Américain a fini par les perdre , ce qui devrait leur servir de leçon . les USA n’ont pas de constance dans leurs positions  »  » il est étonnant d’entendre les Frères parler d’un coup d’état américain à leur encontre.Depuis un an, les Frères et leur président , Morsi n’ont rien fait pour déplaire aux Américains.  » les relations entre les Frères musulmans et la résistance sont totalement anéanties après la rupture diplomatique avec la Syrie. c’est une décision aux conséquences éminemment dévastatrices dans la mesure où elle a mis hors jeu syrien l’Egypte, et a détruit des liens historiques entre Le Caire et Damas. il n’y a donc aucune raison pour que les Etats Unis s’inquiètent des politiques des Frères musulmans ». Jadou a critique le confessionalisme qui a marqué le discours et la politique de Morsi pendant un an de mandat: » le lynchage de 4 chiites n’a pas provoqué l’indignantion de Morsi ni celle d’aucun autre leader des Frères musulmans.  » le vrai perdant du départ forcé de Morsi ne sont pas des Frères mais bel et bien les opposants d’Assad qui ont perdu un allié de poids et surtout que le nouveau gouvernement égyptien ne sera pas comme son prédécesseur et aura des positions beaucoup plus modérées sur le dossier syrien » . Al Sisi est un patriote et s’il sent que les Etats Unis sont entrain de l’isoler , il faut qu’il se tourne vers Moscou car Poutine est parfaitement prêt à le soutenir…l’Egypte de Moubarak a perdu sa grandeur mais celui de Morsi a perdu sa dignité »… » il faut que cela change »

    http://french.irib.ir/info/afrique2/item/264253-les-vrais-perdants-du-coup-d-%C3%A9tat-anti-morsi

  • Mundus Mundus

    HS :
    Salut les ME j’aimerais vous faire partager une excellente critique du dernier blockbuster hollywoodien!

    SPOIL et Critique sur WORLD WAR Z avec Brad Pitt
    ATTENTION GROSSE MACHINE DE PROPAGANDE AMERICANO-SIONISTE

    http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/07/02/world-war-z-voici-venu-le-film-d-horreur-familial_3440118_3246.html

    World War Z n’est pas dépourvu de discours politique pour autant. Mais lorsque celui-ci se manifeste enfin, on reste bouche bée.

    S’enquérant de l’endroit le plus sûr de la planète auprès de militaires, Gerry Lane file sur leurs conseils à Jérusalem. Le territoire a été préservé de l’invasion zombie grâce à la barrière de séparation érigée par les Israéliens contre les terroristes palestiniens. Le mur de la honte comme atout géopolitique ? On n’en revient pas.

    Sur ces entrefaites arrive un agent du Mossad qui se targue de la capacité d’anticipation des Israéliens, lesquels cohabitent par la force des choses et dans l’actuelle situation de crise, avec les Palestiniens. Film d’anticipation progressiste, se prend-on à penser, malgré l’épisode scabreux sur la lucidité politique des Israéliens ?

    L’affaire achève de se compliquer quand une femme voilée s’empare d’un micro pour entamer un chant, bientôt relayée collectivement, côté arabe. Excités par le bruit, les zombies à l’extérieur de l’enceinte se mettent à s’entasser pour finalement envahir le sanctuaire. Les Palestiniens responsables de la violation d’un territoire jusqu’alors intact ? On laissera le spectateur juger de l’idéologie rance à l’oeuvre ici qui se double d’une belle part de misogynie, puisque celle à l’origine de la catastrophe est une femme.

    Le film enfonce le clou du machisme quand l’épouse du héros déclenche à son tour une tuerie malgré elle, à cause d’un coup de téléphone inopportun, passé dans un moment de désoeuvrement.

    Réac, machiste, World War Z est une altération du film de zombie qui s’achève sur un ultime empilement : celui de corps dans de vastes charniers auxquels on met le feu » pour régler le problème « . Image glaçante et cynique, à l’image d’un film d’action pure, dangereusement désinvolte.

    Sandrine Marques