Dans l’ombre de Bachar El-Assad

Ce que nous savons officiellement de Bachar Al Assad? C’est ce que nous disent les médias occidentaux, et donc le son de cloche est en rapport avec les intérêts géopolitiques du moment, sachant que le but est de remplacer l’actuel président par un plus servile qui laissera les « pays gentils » se servir dans les stocks de pétrole, mais aussi dans les coffres chargés d’or du pays, n’est-ce pas ce qui est arrivé en Ukraine? Et ne soyons pas surpris, la même technique a été utilisée pour Kadhafi, un dictateur immonde qui représentait un gros danger pour son peuple, et pourtant… Nous voyons maintenant dans quel état est le pays.

Il faut aussi accepter de voir certaines réalités qui ne sont pas trop mises en avant. Bachar un mauvais président? Pourquoi, vous pensez que nos présidents occidentaux sont meilleurs?

Bouthaina-CHAABANEEntretien avec Bouthaina CHAABANE

Conseillère politique du président Bachar el-Assad  conduit par Frédéric PICHON, Chercheur associé à l’équipe “Monde arabe Méditérranée” de l’université François Rabelais (Tours).

Frédéric Pichon –

 

Bouthaina Chaabane –

 

 

 

Si vous le voulez bien, j’aimerais d’abord revenir sur l’expression que vous avez utilisée, celle de visage « sophistiqué » de la Syrie. Les Occidentaux ont tendance à penser que les gens qui adoptent des comportements semblables aux leurs sont plus civilisés et plus modernes que les autres. Pour moi, au contraire, les personnes civilisées sont celles qui restent fidèles à la terre qui les a vues naître. Qu’y a-t-il de rétrograde à aimer son pays, à le servir, surtout dans les circonstances dramatiques que nous connaissons ? L’Occident a commis une grosse erreur en encourageant les Syriens à fuir le régime. Du reste, ces défections ont été très peu nombreuses malgré la constitution par le Qatar d’un fonds spécial destiné à aider financièrement les candidats à l’exil (1).

J’ai pu mesurer combien cette démarche participait d’une sorte d’aveuglement occidental. L’Occident n’a rien compris à la Syrie, à son peuple et à son histoire. Notre pays a son propre agenda guidé par ses propres intérêts. Il refuse de voir sa politique dictée de l’extérieur. Je sais que mon départ aurait fait plaisir à tout le monde en Occident ; mais, que voulez-vous, ce n’est pas dans ma nature. Et soyez sûr que je n’ai pas choisi la facilité. J’aimerais être considérée comme « moderne », tout simplement parce que je reste déterminée à défendre mon pays et ma famille.

F. P. – Pourtant, en tant que proche conseillère de Bachar el-Assad, vous faisiez partie de ceux qui soulignaient la nécessité d’entreprendre des réformes. Ces réformes auraient-elles pu éviter la crise qui a éclaté en 2011 ?

B. C. – Vous avez raison, mais les réformes ne peuvent venir que de l’intérieur. Nous l’avons vu en Libye et en Irak : chaque fois que les médias ou les gouvernements occidentaux ont tenté de promouvoir la démocratie, cela a tourné au fiasco. Les « printemps arabes » se sont mués en « catastrophe arabe ». Quand est venu le tour de la Syrie, les mêmes ont commencé à parler de démocratie, de liberté, de droits de l’homme. Malheureusement, les gens soutenus par l’Occident pour mener à bien cette mission étaient soit des individus qui vivaient hors de Syrie depuis longtemps et qui ignoraient tout du pays, soit des extrémistes auxquels l’idée de démocratie était totalement étrangère. Dans leur esprit, le problème n’était pas politique ; il ne s’agissait pas d’encourager un changement de gouvernement ou de président. En fait, dès le départ, les Occidentaux avaient décidé de briser la Syrie. C’est pourquoi la crise actuelle met en cause la sécurité de notre pays et son existence même. Les tentatives occidentales visant à mettre des pays à terre sous prétexte de se débarrasser de personnages comme Saddam Hussein, Kadhafi ou Bachar el-Assad constituent des ingérences inacceptables, illégales au regard du droit international et teintées de colonialisme. Je ne parle même pas du résultat…

F. P. – En 2011, la Syrie fonctionnait selon un système de parti unique. Ne devait-elle pas sortir de cette situation archaïque ?

B. C. – Je sais bien que nous ne vivons pas dans un monde parfait. Il est clair que nous n’avons pas atteint tous les objectifs que nous nous étions fixés, y compris en matière de corruption comme l’a rappelé le président Assad lui-même lors de son discours d’investiture (2). Mais, en 2012, la Constitution syrienne a été modifiée : le système de parti unique a laissé place au multipartisme ; l’état d’urgence a été aboli ; des élections municipales et législatives ont été organisées. Ces réformes étaient nécessaires et sont absolument capitales. Comme à leur habitude, les Occidentaux ont accueilli ces avancées avec scepticisme. C’est à se demander s’ils sont vraiment intéressés par les réformes. Savent-ils qu’avant la crise la Syrie ne comptait aucun sans-abri, que les infrastructures sanitaires et éducatives fonctionnaient ? Chaque village comptait son école gratuite. Les étudiants allaient à l’université pour à peine 20 dollars par an ! Et, surtout, la Syrie n’avait pas de dette extérieure. C’est un point essentiel qui nous a attiré des haines tenaces. La crise a été un désastre pour le développement du pays…

F. P. – L’élection présidentielle du 3 juin 2014 a, elle aussi, suscité des réactions négatives de la part des médias occidentaux…

B. C. – Le contraire eût été étonnant. Pourtant, il fallait voir les milliers de personnes qui se sont précipitées dans les isoloirs, que ce soit en Syrie ou à l’étranger. À l’exception, bien entendu, de la France et de l’Allemagne qui ont interdit que cette consultation soit organisée dans nos consulats. N’est-ce pas un drôle de paradoxe ? Ces élections ont clairement montré que le peuple syrien soutenait le président. Pour une bonne raison : les Syriens veulent la sécurité et c’est lui, n’en déplaise à l’Occident, qui l’incarne. Le président Assad est perçu comme le seul qui soit capable d’assurer l’intégrité du pays et la paix. Les médias occidentaux et leurs gouvernements nous ont sous-estimés. Vous savez, nous sommes un peuple millénaire. Parlez avec les gens dans la rue, discutez avec les chauffeurs de taxi : s’il y a bien une chose qui ressort, c’est cette fierté. Nous appartenons, je le répète, à l’une des plus vieilles civilisations au monde. Damas fut l’une des premières villes habitées de l’histoire de l’humanité. Les Syriens ne sont pas naïfs, ils n’ont pas besoin des conseils de l’Occident. Ils n’acceptent pas qu’on leur dise pour qui voter, comme à l’époque des colonies…

F. P. – Vous avez participé aux négociations de Genève avec l’opposition. N’envisagez-vous pas de dialoguer un jour avec ces opposants ?

B. C. – Depuis trois ans, nous avons perdu tant d’hommes et de ressources que notre situation peut sembler désespérée. Mais un élément a été préservé : notre indépendance. Et c’est là l’essentiel. J’ai passé le tiers de ma vie dans les coulisses du pouvoir, j’ai participé à des conférences internationales, à des négociations pour le processus de paix, à l’Assemblée générale de l’ONU… L’impression que j’en ai retirée, c’est que l’Occident n’a cessé de sous-estimer notre indépendance politique. Or nous avons toujours préservé notre souveraineté, sans dépendre de quiconque. J’ai vécu six ans en Grande-Bretagne, j’y ai passé mon doctorat, j’y ai enseigné. Jamais je n’ai eu la prétention de savoir mieux que les Anglais ce qui était bon pour eux. Les gouvernements français et anglais sont allés chercher des émigrés de longue date installés à Paris ou à Londres et ont décrété qu’ils étaient les représentants du peuple syrien. Franchement, cela ferait rire si ce n’était pas tragique. Même les terroristes armés leur dénient toute représentativité !

Quand je les ai rencontrés à Genève, je n’ai pu m’empêcher de penser : « Mais qui sont ces gens ? Qui représentent-ils sinon les fantasmes de leurs commanditaires occidentaux ? » Lors des pourparlers auxquels j’ai participé, ces opposants ont clairement montré qu’ils ne connaissaient rien à la Syrie et qu’ils étaient sous influence. Un journaliste français a révélé qu’avant de partir à la conférence de Genève ils ont été briefés par Ahmet Davutoglu, le ministre turc des Affaires étrangères de l’époque. Les instructions étaient claires : ne surtout pas parler de la lutte contre le terrorisme (dont on sait aujourd’hui qu’il a été encouragé par les autorités turques) et demander le départ du président ainsi que la formation d’un gouvernement de transition. Le départ du président Assad, c’est décidément une véritable obsession ! Comment dialoguer avec des gens qui se font dicter leur agenda par des pays comme la France ou la Turquie ? Auriez-vous de l’estime pour un politicien français dont les positions seraient soufflées par John Kerry ? Robert Ford, l’ambassadeur américain, a joué ce rôle au début de la crise en manipulant l’opposition. La Turquie également, ainsi que le Qatar qui a torpillé le processus en achetant tout le monde. Ce sont les interférences extérieures qui ont aggravé la situation. Même le vice-président américain Joe Biden l’a admis récemment (3).

 

 

 

Suite de l’interview à lire dans l’excellente revue Politique Internationale

Trouvé sur Les-crises.fr

 

7 commentaires

  • SURICATE

    C’est tout « CON » on salit EL ASSAD, on l’accuse de tous les maux pour faire de son Pays ce que BHL et SARKO ont réussi à faire de la LIBYE !

  • Thierry92 Thierry92

    Merci Benji pour ce relais d’info.
    Cela va peut etre permettre a certains de voir un peu mieux ce qui se passe en réalité.

  • Thierry92 Thierry92

    « Auriez-vous de l’estime pour un politicien français dont les positions seraient soufflées par John Kerry »

    On voit exactement l’estime que l’on a pour flamby

  • Bien sûr que El Assad a toujours eu le soutiens de son peuple n’en déplaise d’un côté les incultes conditionné par les médias mainstream, et de l’autres les fondamentalistes de tout bord qui on essayé en vain de faire croire que le peuple syrien se rangeait du côté de l’EI. Malheureusement pour eu, la vérité sur le terrain démontre qu’ils s’agissaient bien de pure propagande sur fond de prosélytisme religieux…

    Toujours un must d’actualité cette vidéo enregistrée dans une émission en Australie ou deux femmes ‘surtout une) qui explique avec lucidité quel est la réalité en Syrie question du gouvernement souverain :

    http://www.youtube.com/watch?v=-kn-DrSJ6NU

    Un autre must et une réponse pleine de bon sens, mais dur à entendre pour beaucoup. Cette femme démontre ce qu’est ce qu’on appelle « les musulmans modéré »

    http://www.youtube.com/watch?v=rCLj5jKnsIU

    Une interview vérité de El Assad, magistrale :

    Le président Al-Assad au magazine Paris Match : Les Syriens n’accepteront jamais que leur pays devienne un jouet entre les mains de l’Occident (Texte intégral de l’interview)

    http://lenouveaumonde.skyforum.net/t40p23-irak-et-syrie-l-ei-arnaque-ou-veritable-mouvement-revolutionnaire

    Akasha.

  • ConscienceU12 ConscienceU12

    http://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_good.gif Très bonne interview, à lire en intégralité, comme ça vous comprendrez peut-être enfin pourquoi entre autre (car c’est un très bon exemple) je suis remonté comme une pendule, et ne supporte plus aucune collaboration de près ou de loin avec ce qui fait perdurer ce système de merde (consommation, fête de Noël et de nouvel an compris bien sûr), et que de ce fait je vous parais si intolérant et agressif envers tout le monde ou presque ! …je ne cherche aucune excuse, mais c’est devenu tellement insupportable de voir tant de monde continuer à collaborer à tout ce qui fait la misère de ce monde. Bref voilà quoi !

  • Thierry92 Thierry92

    Ne pouvant plus virer Al Assad comme ils le voulaient, les usa ont exporté daesh en Libye.

    Fabius va t’il dire qu’ils font du bon boulot?

    http://fr.sputniknews.com/international/20160104/1020744939/libye-daech-petrole.html

  • Panurgie

    Cette femme défend son président, c’est normal. Mais elle répond exactement comme un homme politique, aux questions….
    Je doute qu’avant la guerre la Syrie n’es était un Eldorado comme elle le décrit.
    Cet interview doit être prise pour ce qu’elle est de la communication pour l’Occident.
    Je suis content quand même, ce n’est pas tout les jours qu’on a la ligne officiel syrienne.
    Pour ce qui est de la guerre civile, si un régime tombe c’est bien souvent grâce q une aide extérieur et une rébellion intérieur Forte. Si Bachar est toujours la c’est que une bonne part de la population le soutient. Mais si il n’a pas écraser les rebelles c’est que ils sont assez nombreux.
    Bachar n’est pas un gentil président,