Le Washington Post publie le « Black Budget » du Programme National d’Intelligence américain

Des ressources additionnelles sont venues depuis : 
- Des tables relatives aux requêtes des agences et à leurs personnels.
- Un article qui détaille (un peu) le programme suivi pour la traque puis l'assassinat de Ben Laden
  • Le Washington Post a aujourd’hui publié le budget « secret » du programme d’intelligence américain qui consiste en une vaste nébuleuse d’agences (17 (16 selon les sources) au total).
  • Ce « budget » a été obtenu par l’intermédiaire d’Edward Snowden. Sa mise en ligne fournit une base d’analyse qui s’annonce passionnante. Le titre de l’article du Washington Post en rend compte : « Les réussites, échecs et objectifs du réseau espion américain détaillés dans le résumé du « Black Budget«  »
  • Ce document constitue la justification des dépenses à engager pour le programme d’intelligence nationale. Il est communiqué aux commissions du renseignement du Congrès qui fixe le montant des crédits alloués aux diverses agences (seul le montant global est communiqué depuis 2007).
  • Il couvre la plupart des organismes de grande envergure, tels que la CIA et la NSA, ainsi que des programmes moins connues, y compris au sein du Trésor, l’Etat et le département de l’Énergie. Ce budget n’inclut pas les financements pour la collecte de renseignements par les militaires.
  • Néanmoins le Washington Post a retenu une bonne part des informations du rapport et ne publie que le résumé et quelques graphiques clés, en effet : « après consultation avec les autorités américaines qui ont exprimé des préoccupations au sujet du risque pour les sources et les méthodes de renseignement. Les détails sensibles sont si répandus dans les documents que le journal publie uniquement des tableaux récapitulatifs et des graphiques en ligne. »

Le Washington Post commence à peine à éplucher ces documents mais produit des informations très utiles dans son infographie et son article.

  1. Le budget évoqué est de 52.6 milliards de dollars.
  2. La CIA, NSA, et NRO concentrent 68% de ce budget alors que le budget du Programme National d’Intelligence Géospatiale a vu son budget augmenter de 100% depuis 2004. (+50% pour la CIA et la NSA).
  3. Les 5 premiers postes budgétaires par agence sont les suivants :
    – La CIA : Ses objectifs sont de recueillir, analyser, évaluer, et diffuser le renseignement étranger et de mener des opérations clandestines.
    – La NSA : Elle protège les systèmes d’information du gouvernement et intercepte les signaux des renseignements étrangers (pas que).
    – La NRO : Elle conçoit, construit et exploite les signaux et l’imagerie des satellites de reconnaissance nationaux.
    – La National Geospatial-Intelligence Program : Elle produit et fournit des images et de l’intelligence cartographique, qui est utilisée pour la sécurité nationale, les opérations militaires américaines, la navigation et les efforts d’aide humanitaire.
    General Defense Intelligence Program : Elle fournit des évaluations sur les intentions militaires étrangères et des moyens pour les responsables politiques et les chefs militaires. Elle conduit la collection de l’intelligence humaine et technique, ainsi que la documentation et la gestion des médias.
  4. Il y a 4 catégories principales de dépenses (ventilés sur l’infographie par agences) :
    La collecte de données
    – Le traitement et l’exploitation des données
    – L’analyse des données
    – La gestion, les installations et les services de soutien
  5. 5 objectifs sont identifiés (dans l’ordre décroissant):
    D’avertir les leaders américains sur les évènements critiques (20.1 milliards (incluant sans doute toute la partie collecte, renseignement etc…)).
    Lutter contre le terrorisme (17.2) : Surveiller et perturber les extrémistes violents et les suspects de terroristes qui prévoit de porter atteinte aux USA, à ses intérêts ou à ses alliés (ça doit en faire du monde ça).
    Arrêter la propagation des armes illicites (sans doute pour protéger le marché de ses propres entreprises d’armement)
    Conduire des cyber-opérations : Prévenir les cyber-intrusions et empêcher la prolifération d’armes de destruction massive (sans doute perturber le programme nucléaire iranien)
    – Se défendre contre l’espionnage étranger (ciblé sur le gouvernement US).
  6. Chaque agence voit son financement ventilé entre différentes dépenses et programmes qui sont indiqués dans l’infographie du Washington-Post.
    – Par exemple pour la CIA, le poste actions clandestines pèse 2.5 milliards de dollars.
    – Pour la NSA, ce sont les équipements et la logistique qui pèse le plus lourd… etc…
  7. Dans son article, le Washington Post relève les éléments suivants (dans tout le rapport) :
    – « Ce rapport dessine un paysage opérationnel et bureaucratique qui n’avait jamais été soumis au débat public« .
    – « Les 16 agences du renseignement emploient plus de 100 000 personnes ».
    – La NSA cherche à renforcer sa sécurité contre les « comportements anormaux » internes qui pourraient menacer ses activités (trop tard on pourrait dire).
    Les services de renseignements américains s’intéressent autant à leurs ennemis qu’à leurs alliés. Le Pakistan y ait décrit comme « an intractable target » (la traduction est sujette à nuances), les opérations de contre-espionnages sont ciblés sur l’Iran, la Russie, la Chine, mais aussi Israël.
    L’ennemi le plus difficile à cerner est la Corée du Nord dont les agences de renseignement ne savent presque rien sur ses intentions et l’état de son programme nucléaire.
    – Le document date de Février 2012. Cette année, et jusqu’en 2017, les montants annuels ne devraient pas varier énormément au vu des débats qui ont eu lieu au Congrès
    – « Ce résumé donne un aperçu détaillé de la façon dont la communauté du renseignement américain a été reconfiguré par l’ injection massive de ressources qui a suivi les attentats du 11 septembre. Les Etats-Unis ont dépensé plus de 500 milliards de dollars pour l’intelligence durant cette période« .
    – « Le résultat est un empire de l’espionnage » sans rival dont les montants mobilisés rivalisent ou sont supérieurs à ce qui a été mobilisé dans les périodes les plus sombres de la Guerre Froide. « Les données historiques sur les dépenses du renseignement américain sont largement inexistantes. Par extrapolation, les experts ont estimé que les dépenses de la guerre froide ont probablement atteint un pic à la fin des années 1980, pour un montant qui serait l’équivalent de 71 milliards de dollars, d’aujourd’hui ».
    – Un ancien responsable d’une chambre du renseignement du Congrès a affirmé qu‘il était temps d’avoir un « débat public éclairé » (malheureusement toujours provoqué par des fuites pénalement répréhensibles). Les répercussions sur la vie quotidienne des citoyens est très importante et ils ne peuvent pas rester en dehors du processus. Il affirme également que c’est une culture du secret – « Laissez le nous, nous pouvons y faire face » – qui a empêché la transparence de jouer jusque la.
    – Des experts du renseignement soulignent que l’accès à ce matériau est un évènement « sans précédent ».
    – Apparemment, le législateur a cédé budgétairement aux exigences de la CIA et des agences de renseignement si on se fie à la comparaison des montants en jeu par rapport à 94 notamment (10 fois moins de budget).
    Le directeur du renseignement national James R. Clapper a déclaré que les montants en jeu ne représentaient qu’1% du PIB dans un monde instable.
    Les montants en jeu pour la CIA vont « surprendre les observateurs » qui la voyaient en perte de vitesse (néanmoins c’est tout à fait logique quand on sait que c’est toujours elle qui gère les opérations extérieures et clandestines (et il y en a). Les journalistes soulignent que l’agence s’est plutôt transformer d’une agence de renseignement en une force paramilitaire.
    – La CIA a dépensé des milliards de dollars dans la formation de nouveaux agents dont les effectifs ont augmenté en 10 ans (+ 4 000 agents).
    – 68,6 millions de dollars sont utilisés pour créer et maintenir les couvertures de ses agents à l’étranger.
    – Il n’y a pas d’entrée particulière pour le budget « drones » de la CIA (qui doit être éparpillé entre la recherche, l’équipement et les opérations clandestines, ou non).
    La conduite des missions quotidiennes à l’étranger (assimilé au coût des interventions en Afghanistan et en Irak par l’article) pour le renseignement est estimé à 4.9 milliards de dollars pour toutes les agences dans le cadre de leurs missions respectives)
    Au titre des « angles morts » des agences, l’article note la perfectibilité de nombreux domaines ou les agences font état d’échecs à répondre aux questions qu’elles se posent tout en signalant en général des progrès (rappelons que nous sommes en quelque sorte dans une demande de fonds). Les agences font état de « progrès modérés » sur plus des 3/4 de leurs lacunes et de leurs angles morts. Certains concernent le Hezbollah, dont l’article souligne qu’il n’a pas intéressé directement les intérêts US depuis très longtemps. D’autres angles morts concernent les capacités des futures avions de combats chinois, le transport de composants nucléaires au Pakistan, mais aussi la capacité des dirigeants russes à réagir à une attaque terroriste ou à de grandes manifestations.

Source et suite de l’article: points-de-vue-alternatifs.over-blog.fr

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