Yves Paccalet, le Vert aux idées noires..

 Les alertes sont lancées depuis très longtemps mais….qui a tendu l’oreille?

Le philosophe savoyard, ancien bras droit du commandant Cousteau, cultive désormais la misanthropie. Il tient l’homme pour “le cancer de la Terre” et annonce sa fin prochaine. Sur l’air du tradéridéra, “bon débarras !”

On a envie de lui lancer, tel le vieux Ronsard : “Écoute, bûcheron, arrête un peu le bras”. Rien n’y fait, il continue de cogner. Non pas contre les arbres de la forêt de Gastine, lui, mais contre ses frères humains. À 68 ans, Yves Paccalet publie une version “revue et aggravée” de son essai paru en 2006. Le titre, inchangé, résonne comme une épitaphe : “L’Humanité disparaîtra, bon débarras ! ” Sa course folle au “toujours plus” va la tuer, ou alors un joyeux et définitif “big bang” nucléaire. Date des obsèques ? “Ce sera au XXIe siècle”. Autant dire demain matin.  

Philosophe, écrivain et naturaliste, Paccalet ne vient pas soudain de découvrir la lune. Encore moins la terre et les océans lui qui fut, si longtemps, le bras droit du commandant Cousteau. Il a vu, de ses yeux, l’inexorable dégradation de la nature et tiré inlassablement le signal d’alarme. Il a publié des dizaines de livres, donné des centaines de conférences pour clamer l’urgence d’un sursaut. Et après ? On le retrouve à Tincave, hameau savoyard de son enfance : “J’ai essayé de prévenir en douceur, ça n’a pas marché. L’écologie, les gens s’en foutent ! J’ai pensé, dit et écrit que mon espèce avait un avenir. J’ai essayé de m’en convaincre, je n’y crois plus”.

“Notre ventre obèse explosera !”

Ici, pourtant -au moins en apparence- il n’y a pas de crainte urgente. Le perce-neige émerge, les derniers paysans s’activent à leur potager. Sur le versant d’en face, Courchevel boucle sa saison. Mais l’enfant du pays regarde au-delà : “Le chaos climatique nous revient dans la figure de manière terrifiante. Nous qui nous croyons malins, immortels, ne sommes que des crétins.” Notre quête éperdue de croissance, avec l’Asie qui pousse au portillon, ne serait qu’un aller simple vers l’enfer.

Le doux contemplatif, jadis auteur du “Bonheur en marchant”, sombre dans la misanthropie. Et pas qu’un peu : “On dresse des analyses humanistes, positives, mais l’homme est le cancer de la Terre.” Il s’apparenterait à un petit dinosaure omnivore, énervé et agressif dont l’extinction approche.

“Nous sommes tous un peu nazi”

Un génocidaire incorrigible, l’homme, incapable de surmonter ses pulsions de violence : “La seule créature qui s’autodétruit en tirant gloire de son suicide”. Toujours prêt à étriper le voisin “au nom de Dieu, d’Allah, d’une couleur de peau ou d’un tracé de frontière”. Ce vorace impitoyable pille les énergies, rase les forêts, sacrifie les sols cultivables. Il consomme jusqu’à l’écoeurement et croule sous ses propres déchets : “Notre ventre obèse explosera dans une gerbe de chairs, de sang et d’excréments.” Avec ça, prompt à se reproduire. L’Homo Sapiens pullule, 7 milliards d’individus en 2013, on ne sait plus où les mettre ni comment les nourrir. La pire bombe sera peut-être démographique : “Faire des enfants tue”.

Contre la malnutrition infantile..

 

Ah, notre Alceste des alpages n’y va pas avec le dos de la cuillère ! Son dernier essai prend des allures de pamphlet célinien : “Au fond, nous sommes tous un peu nazi”. Cherchant la bonté dans le coeur de ses semblables, l’auteur n’y déniche que “la moustache d’Hitler”… Et lui, que rumine-t-il dans sa barbe d’ancien soixante-huitard ? “L’utopie de Mai, côté écologique, posait l’impossibilité d’une croissance indéfinie dans un monde aux ressources limitées. C’était une idée juste. Seul le choix immédiat d’une décroissance raisonnable nous sauverait. Sauf que personne n’en veut”.

Planter les patates avant le chaos final

Voici donc, pour le genre humain, que sonnent les trompettes de l’apocalypse. Il va connaître le sort des tricératops et autres lézards terribles à la fin de l’ère secondaire : “Notre tour est venu”. D’accord, mais pourquoi le claironner avec une sorte de joie mauvaise ? Parce que l’homme, animal bête et méchant, mérite son châtiment : “Je suis désolé de noter que, si nous sommes le résultat de la volonté divine, le QI du Créateur avoisine celui de l’australopithèque…”

N’en jetez plus, la cour est pleine. Un cynique “bon débarras !” clos l’implacable réquisitoire. “Faites quand même la part de l’humour noir” glisse le procureur. On respire. Il existe un espoir, alors ? “Non.”

Yves Paccalet persiste et signe, l’humanité court au néant. Au pied du mont Jovet où il gardait jadis les chèvres, ne lui reste plus, voltairien en diable, qu’à cultiver son jardin. Vite planter les patates, avant le chaos final. Il l’attendra ici, à Tincave, point de départ de sa belle histoire. Celle du rejeton d’une modeste famille montagnarde, “à sept dans deux pièces”, devenu normalien par le mérite de l’école républicaine. Puis naturaliste mondialement reconnu. Sur les pentes familières, la nostalgie remonte : “Je garde le souvenir des sentiers, des fleurs, j’ai retrouvé les coins à champignons de mon père.” Son père qui travaillait à la mine d’en haut, “pour un salaire de Germinal…”

On peut encore, tendant l’oreille, savourer l’immuable “fri-fri-frii” du criquet arcyptère jaune et noir à cuisses rouges. Et demain ? Les pieds dans le pré, la tête ailleurs, Paccalet ne dit plus rien. La vie passera comme un rêve, l’homme descend du songe.

“L’Humanité disparaîtra, bon débarras !” par Yves Paccalet, édition Arthaud. Nouvelle édition “revue et aggravée”.

 

Un article publié par ledauphine.com et relayé par Kannie pour SOS-planete

6 commentaires