Pourquoi les Etats-Unis vont couper « automatiquement » les dépenses publiques

Le président Barack Obama s’exprime sur le budget fédéral des Etats-Unis lors d’un discours, le 19 février 2013 à Washington

Les coupes budgétaires automatiques prévues pour le 1er mars sont la conséquence d’un mécanisme voté en 2011 par le Congrès, avec l’aval de Barack Obama, pour surmonter l’impasse politique à Washington et, enfin, contrôler le déficit public.

Au départ, les coupes automatiques devaient simplement servir de menace pour inciter les deux partis à forger un compromis alternatif.

Mais, comme dans un mauvais film à suspense, ce qui devait arriver arriva: en pleine campagne électorale, ni les démocrates ni les républicains n’ont cédé sur leurs propres exigences. Aucun plan de remplacement n’a vu le jour, et le budget de l’Etat fédéral sera donc coupé « automatiquement ».

Au menu: une réduction des dépenses de 85 milliards de dollars entre le 1er mars et le 30 septembre, fin de l’exercice fiscal 2013. Et 109 milliards pour chacune des neuf années suivantes, au terme desquelles le déficit serait réduit à 3,6% du produit intérieur brut, contre 5,3% cette année.

La somme, 85 milliards, peut sembler faible sur un budget total de quelque 3.500 milliards. Mais l’impact est localisé sur certains programmes.

La défense sera la plus durement frappée, avec un budget raboté d’environ 8% en 2013. Les militaires sont immunisés, mais les 800.000 civils du Pentagone passeront au chômage partiel un jour par semaine à partir de fin avril –une réduction de salaire de 20%.

La Marine réduira le nombre de jours en mer de ses navires de 30 à 35%. Le déploiement d’un second porte-avions dans le Golfe a été annulé. Et la maintenance des bases et équipements militaires est déjà différée, forçant les sous-traitants de la défense à licencier.

Le reste du budget subira une réduction d’environ 5% cette année, puis d’environ 6 à 7% chacune des neuf années suivantes, selon les calculs du centre de réflexion CBPP à Washington.

Les grands programmes sociaux sont exemptés: la retraite, la santé pour les plus démunis, les bons alimentaires. Mais ailleurs, de l’agriculture à l’éducation et la justice, chaque ligne budgétaire sera touchée.

Barack Obama pendant son discours sur l’état de l’Union, le 12 février 2013 devant le Congrès américain à Washington

La Maison Blanche a fait ses calculs: sont menacés 10.000 emplois de professeurs, des centaines de procureurs fédéraux, ou encore les services d’inspection alimentaire.

A qui la faute ?

Mais la calamité économique des coupes automatiques n’a pas précipité d’accord au Congrès.

A deux semaines de l’échéance, le Congrès a même suspendu ses travaux une semaine, et les parlementaires passent plus de temps sur les plateaux de télévision à pointer l’autre camp du doigt qu’à négocier au Capitole.

Mardi, le président a organisé une conférence de presse, entouré d’agents en uniformes, pour tancer ses adversaires et dénoncer le « couperet » qui décimerait les services d’urgence du pays.

Dans une campagne médiatique coordonnée, les républicains répliquent en citant le journaliste Bob Woodward, qui racontait dans un livre que l’idée des coupes automatiques était née à la Maison Blanche.

« Au départ, c’est la Maison Blanche, c’est Obama, Jack Lew (ex-secrétaire général et actuel candidat au Trésor) et Rob Nabors (un autre collaborateur) qui ont proposé cette solution au chef des démocrates du Sénat, Harry Reid, mais tout le monde a laissé ses empreintes dessus », expliquait-il dimanche sur Fox News.

Quoiqu’ils en disent aujourd’hui, républicains comme démocrates ont voté la mesure en août 2011.

Les démocrates du Sénat vont déposer une proposition de loi lundi pour remplacer le dispositif automatique par des hausses d’impôts sur les millionnaires, mais le pessimisme domine.

On murmure même, côté républicain, que ces coupes sont la solution de dernier recours pour dégraisser le mammouth fédéral. En espérant que, pour l’opinion publique, Obama sera perçu comme le responsable de cette situation sans précédent.

« Pour beaucoup d’élus, les coupes automatiques ne sont pas aussi graves qu’on le dit », dit à l’AFP Tripp Baird, fin connaisseur du Sénat au centre de réflexion conservateur Heritage Action for America.

Source: Boursorama

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