Les camps de concentration des aborigènes

Il y a des génocides qui sont volontairement oubliés, ce sont généralement « ceux qui n’arrangent pas les affaires » de certains, c’est le cas avec le génocide des indiens d’Amérique qui a fait entre 80 et 100 millions de victimes, et c’est le cas également des aborigènes. Et étrangement, à chaque fois, l’histoire semble les oublier, le nombre de documents sur le sujet peu nombreux. Mais tout cela, c’est également pour ne pas oublier que sur l’ensemble de l’histoire de l’humanité, un seul génocide compte et représente un sujet d’étude dans les systèmes éducatifs, celui qui permet la « Shoah business » comme l’explique si bien Tova Reich, fille de rabbin et auteure d’un livre ayant fait polémique.

Voici un court extrait de l’excellent et terrifiant documentaire Utopia de John Pilger sur les aborigènes d’Australie.

Source: Quenelplus.com

Ce documentaire n’étant pas encore disponible sous nos contrées dans la langue de Molière, voici quelques explications supplémentaires sur l’histoire des aborigènes:

40 000 ans avant notre ère : les Aborigènes découvrent l’Australie. 1770 : les Britanniques entament l’une des plus sanglantes colonisations de l’histoire. Les Aborigènes, attachés à leurs terres comme à leur propre vie, n’abdiqueront jamais. Les conséquences seront terribles : chute démographique et sociale, perte d’identité et déchirements familiaux. Etape par étape, les Aborigènes tentent aujourd’hui de faire appliquer leurs droits et de retrouver un semblant de dignité humaine. L’espoir existe mais les cicatrices sont profondes.

De l’origine des espèces, la montée des eaux et une Terra nullius

Terra nullius. Un terme latin, à la sonorité presque chantante. En 1770, quand l’explorateur britannique James Cook prend possession de l’Australie au nom de la couronne d’Angleterre, Londres proclame alors la loi de Terra nullius : une terre vacante avant l’arrivée des Européens. Sans propriété, sans liens, sans hommes. Contre les ordres du roi George III, Cook ne conclura aucuns traités avec les Indigènes. Des hommes primitifs, à la peau aussi noire que l’ébène, qui vivent de la chasse, de la pêche et de la cueillette. Dans son journal de bord, James Cook écrira : « En réalité, ils sont bien plus heureux que nous les Européens… Ils vivent dans la tranquillité qui n’est pas troublée par l’inégalité de la condition. La terre et la mer leur fournissent toutes les choses nécessaires pour vivre… Ils vivent dans un climat agréable et ont un air très sain… ils n’ont aucune abondance ». Pendant plus de trois cent ans, jusqu’en 1992, les Aborigènes (subdivisés en deux groupes : les Aborigènes d’Australie et les Indigènes du détroit de Torrès), qui vivent depuis plus de 40 000 ans en Australie, seront privés de leurs terres. Privés de leur essence et de leur rapport au monde.

Quand les Britanniques posent le pied en Australie à la fin du XVIIIe siècle, la population aborigène est estimée entre 300 000 et 750 000… En 1900, il ne reste plus qu’entre 60 000 et 100 000 Aborigènes en Australie..

Aborigènes. En latin, les origines. Par définition, les peuples premiers, les habitants originels. La majorité des historiens pensent que les Aborigènes auraient atteint l’Australie dans une période comprise entre 40 000 et 50 000 ans, en provenance d’Asie du sud-est. Certaines recherches prônent une ancienneté de plus de 100 000 ans. L’homme de Mungo, découvert en Nouvelle-Galles du Sud, reste le plus vieux fossile humain découvert à ce jour en Australie, et serait daté d’environ 40 000 ans. Les théories sur les origines des premiers habitants sont multiples. Les Indigènes ont pu arriver par voie terrestre, à travers le passage qui reliait la Nouvelle-Guinée à l’Australie, et qui a été coupé par la montée des eaux il y a 9 000 ans. Ou par embarcations, en petits groupes, en provenance d’Indonésie via la mer du Timor. Voire simplement par plusieurs vagues de migrations vers différentes côtes du continent. Il y aurait de plus des ressemblances à la fois génétiques et linguistiques entre les Polynésiens et les Aborigènes. Enfin, les dingos seraient originaires de Thaïlande. Ces chiens sauvages auraient débarqués sur le continent australien il y a 3 500 ans, ce qui renforce les origines asiatiques des Aborigènes, et prouve que les contacts entre l’Australie et l’Asie se seraient prolongés.

Les premiers hommes s’installeront en Terre d’Arnhem dans le Territoire du nord. Puis rallieront toute l’Australie, dont la Tasmanie, alors reliée au continent. Une culture, un art et une religion se développeront progressivement. Des traditions liées à l’environnement, à la terre, aux animaux et aux plantes. Quand les Britanniques posent le pied en Australie à la fin du XVIIIe siècle, la population aborigène est estimée entre 300 000 et 750 000. Pour quelques historiens, elle dépasserait même le million à travers 250 langues, subdivisées en différents clans. En 1900, il ne reste plus qu’entre 60 000 et 100 000 Aborigènes en Australie. Bien que le terme soit contesté et débattu, en droit de la guerre, il n’y a qu’un mot : génocide.

Les générations volées, la résistance et les traqueurs

Les Européens emportent sur leurs bateaux les maladies et la répression. Contrairement aux Maoris de Nouvelle-Zélande qui signèrent le traité de Waitangi, jamais les Aborigènes ne se soumettront et reconnaîtront la colonisation. En 1831, alors que la Tasmanie est livrée à des actes de violences extrêmes qui a pour conséquence la proclamation de la loi martiale, un colon de Launceston, écrit au journal local : « Nous sommes en guerre contre eux ; ils nous considèrent comme des ennemis – des envahisseurs ; ils considèrent que nous les opprimons et que nous les persécutons ; ils résistent à notre invasion. Ils n’ont jamais été vaincus, et donc ils ne sont pas des sujets en rébellion, mais une nation injuriée, et ils défendent, à leur manière, les possessions qui sont les leurs de droit et qui leur ont été arrachées par la force. » Quand le célèbre Charles Darwin visite Hobart en 1836, il déclare être le témoin de vols et de meurtres commis par les Aborigènes, mais que ces violences trouvent leurs origines dans la « conduite infâme » de quelques britanniques.

Entre 1901 et 1969, une loi oblige les enfants métis à être élevés parmi des institutions blanches. Les enfants vont être arrachés de force à leur famille, placés dans des orphelinats ou des centres sociaux, pour être éduqués à l’européenne.

Au cours du XIXe siècle, les conflits entre colons et Indigènes vont s’accentuer. Les Aborigènes vont commettre de nombreux meurtres sur des Blancs. Dans les campagnes, les massacres de moutons ou de vaches, cumulés à des incendies, vont provoquer la faillite de plusieurs fermes. Jamais l’Australie ne sera en paix. Les Blancs vont répliquer par des tueries, parmi elles des femmes et des enfants, comme à Pinjarra (60 à 70 morts)et Myall Creek (la première fois où des Blancs seront exécutés pour leurs actes). Les bushrangers, bagnards qui sévissent dans les terres isolées, seront pistés par des traqueurs aborigènes, engagés par les Blancs. Pemulwuy sera connu comme l’un des premiers résistants à l’empire britannique. Membre du clan Bidjigal, vivant dans la région de Sydney à la fin du XVIIIe siècle, il répliquera par chaque acte de violence blanche par des attaques contre les colons. Tué en 1802, on lui trancha la tête, qu’on en envoya à Londres. Symbole d’une résistance aborigène, Pemulwuy aura même le respect de des ennemis : « En dépit d’une terrible peste pour la colonie, il possédait un caractère courageux et indépendant, un chef actif et audacieux », déclarait le gouverneur Philip Gidley King.

Le XXe siècle sera le théâtre d’un des épisodes les plus sombres de l’histoire australienne : les générations volées. Entre 1901 et 1969, une loi oblige les enfants métis à être élevés parmi des institutions blanches. Les enfants vont être arrachés de force à leur famille, placés dans des orphelinats ou des centres sociaux, pour être éduqués à l’européenne. La justification est le sang « blanc » des enfants, et la politique, décidément bien dans son époque, celle de la montée des totalitarismes, est celle de la White Australia, de « l’Australie aux Blancs ». Il y a de la xénophobie, du fascisme et des relents abjects de tout parti d’extrême-droite européen de l’époque qui évoquent la pureté d’une race, d’un sang ou d’une éducation. Il faudra attendre 2008 pour que le gouvernement australien, celui de Kevin Rudd, demande pardon à toutes les familles concernées par les générations volées. Le nombre d’enfants séparés de leurs familles n’a pas été établi clairement. Mais en 1997, le rapport « Bringing them home » (« Les ramener chez eux »), évoque le chiffre terrifiant de 100 000 enfants.

Source et fin de l’article sur: Australia-australie.com

 

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